« Imaginer un métro 100% accessible à tous » : pour que ces quelques mots ne sonnent pas comme un slogan publicitaire, une démarche associant étroitement les personnes en situation de handicap à la conception du métro est menée depuis 2014 par la Société du Grand Paris. Exemple ce 10 janvier 2019, lors d’une rencontre consacrée au matériel roulant qui circulera sur les lignes 15, 16 et 17.

Ce 10 janvier, l’ambiance est particulièrement studieuse à la Fabrique du métro, qui s’illustre une fois de plus comme un espace de conception du Grand Paris Express à l’échelle une : dans la salle immersive, les membres de l’atelier d’accessibilité découvrent en 3D les images des projets d’aménagement intérieur du matériel roulant des lignes 15, 16 et 17. Au total, plus d’une trentaine de personnes sont là : les représentants des associations  de personnes en situation de handicap (avec lesquelles la Société du Grand Paris a signé un protocole de concertation) et de l’association des usagers des transports d’Île-de-France, mais aussi des représentants de l’État (la Délégation ministérielle à l’accessibilité), d’Île-de-France mobilités, d’Alstom et de la Société du Grand Paris et ses prestataires, Systra et RCP.

Réalité virtuelle et cas pratiques

Équipé de lunettes 3D, le public navigue dans la rame et se livre à un travail méticuleux et exigeant destiné à garantir la qualité des aménagements et la prise en compte des besoins des personnes en situation de handicap à bord du nouveau métro. « Il faut que les écrans destinés à l’information voyageur soient disposés en quinconce », dit l’un. Vérification faite, c’est le cas dans les trois options de design qui sont soumises aujourd’hui. « Une diffusion en douche est préférable pour les personnes malentendantes », ajoute un second. On scrute les espaces sous certains sièges pour les chiens-guides. Ou encore l’emplacement et l’ergonomie des barres de maintien dans les rames. « Si ces barres sont placées à l’horizontale dans la zone ʺutilisateur de fauteuil roulantʺ, c’est trop inconfortable ! », juge une femme. Situées face aux portes d’accès au train, les barres de préhension sont examinées sous toutes les coutures. Avec une vitesse commerciale moyenne de 55 km/h sur la ligne 15 Sud et de 60km/h sur les lignes 16 et 17, et des pointes pouvant atteindre les 110 km/h, elles sont en réalité des éléments stratégiques et peuvent, en fonction de leur dessin, être une aide ou un obstacle. « Regardez, ici, je me cogne fatalement l’épaule », explique un monsieur qui progresse en fauteuil dans la rame à l’aide d’un casque de réalité virtuelle. « Et même pour un valide, franchement, ce n’est pas idéal… »

Inéluctablement, un débat s’engage rapidement sur le nombre de places assises à bord du nouveau métro, sur des options avec ou sans strapontins (« si vous optez pour des strapontins, on doit pouvoir les utiliser facilement »), il se poursuit sur la luminosité dans les rames et vers les portes d’accès, les coloris du sol et des sièges, des emplacements réservés et des signaux lumineux. L’endroit où sont prévus les pictogrammes fait l’objet de recommandations précises : « ici, ils sont trop près du sol, note une experte en découvrant l’une des versions élaborée par Alstom. Quand la rame sera bondée, on ne les verra plus, il faut corriger cela. » L’accès à la visiophonie est une autre préoccupation pratique du public,  pour permettre la bonne information des personnes sourdes.

En marge de ce débat, les participants en viennent naturellement à parler du comportement plus ou moins civique des usagers valides. Dans l’assistance, on note que, la plupart du temps, des personnes se lèvent spontanément pour céder une place assise. Il faut aussi croiser l’exigence de l’accessibilité avec d’autres enjeux, comme celui de la sécurité, qui, dans une option présentée, se traduit par des dossiers de siège un peu plus haut : « cela limite le risque de vol à la tire », explique Benoît Barthe, ingénieur train de la Société du Grand Paris. Toutes les remarques sont notées, consignées. « En tout cas, on voit clairement les changements depuis notre réunion du 6 novembre, chapeau ! », lâche une représentante de l’État, à l’œil aiguisé.

Pour les lignes 15, 16 et 17, le design des rames sera finalisé avant l'été 2019. Le matériel roulant de la ligne 18 fera l'objet d'un marché spécifique.