Pour construire la future ligne 15 Sud  du métro , il est parfois nécessaire de défricher des terrains et de couper des arbres. Pour compenser ces coupes, la Société du Grand Paris finance des travaux sylvicoles, réalisés par l’Office Nationale des Forêts. Parmi les massifs forestiers concernés par ces travaux figure la forêt domaniale Notre-Dame, à La-Queue-en-Brie (94). Ici, le chêne est bien le roi de la forêt.

Forestier de l'ONF dans la forêt de Notre-Dame

Les passionnés de jardinage le savent bien : « à la Sainte Catherine, les arbres prennent racine ». C’est effectivement à la fin de l’automne que les agents de l’Office National des Forêts (ONF) replantent des chênes, profitant qu’ils soient dépouillés de leurs feuilles et dénués de leur sève. La Société du Grand Paris appuie ces travaux de sylviculture dans cinq massifs forestiers franciliens. En vertu d’une convention signée avec l’ONF en 2013, l’entreprise compense ainsi les défrichements opérés pour construire la ligne 15 Sud du nouveau métro. En effet, même si le choix d’une ligne entièrement souterraine limite au maximum les perturbations, les ouvrages annexes (puits de sécurité, puits d’aération, etc.) et ses 14 gares demeurent en surface.

Les chênes en émulation

Six mois après la plantation, le cycle de vie a repris dans la nature. Un moment idéal pour aller observer les frondaisons des chênes replantés. C’est que, dans la forêt Notre-Dame Forêt, à La-Queue-en-Brie (94), cette essence est traitée avec les plus grands égards. Il faut dire que la concurrence est féroce. Dans le voisinage du chêne, des essences pionnières, bouleaux et  trembles, croissent plus vite. De leur côté, les herbacés, la fougère en particulier, montent le temps d’une saison à deux mètres de hauteur, aspirant l’eau et ôtant la lumière aux alentours.

Plant de chêne
Autre challenge : les espèces invasives, comme les lauriers du Caucase, qui tapissent des parcelles entières. Et au milieu, le petit chêne, tapi dans les ronces, attend  son heure pour prendre de la hauteur.  Son échelle de temps est tout autre puisqu’il finira doyen de la forêt. Mais contrairement au hêtre, qui parvient à croître à l’ombre pendant une trentaine d’année,  le chêne a besoin de lumière rapidement, faute de quoi il végète et meurt. Sans parler de ses feuilles dont les chevreuils raffolent.  Bref, sans intervention humaine, le cycle naturel permettant au chêne de s’enraciner dans une trouée serait très long. Et c’est là qu’intervient la Société du Grand Paris, via l’ONF.

Les agents forestiers rivalisent d’imagination pour  lui donner un coup de pousse. Un bouquet  est composé d’une  vingtaine de petits plants de chênes, disposés les uns auprès des autres. « On joue sur l’émulation : ces plants sont placés en concurrence pour pousser plus vite », explique Vanessa Joly, de l’ONF. De toutes ces tiges d’une dizaine de centimètres, une seule émergera pour devenir, peut-être, un tronc centenaire.   

Un peu plus loin, dans une large trouée au cœur du massif Notre-Dame, c’est la fougère qui profite de cette fenêtre de lumière. Cette espèce foisonnante s’est installée dans ce milieu humide, là où pâturaient jadis des bisons.  Les agents de l’ONF, là encore, s’attèlent à accélérer le cycle naturel. Ils créent une ambiance forestière en y replantant des bouleaux pour qu’ils protègent les frêles petites pousses de chênes.

Au service de la biodiversité

Chêne d'âge adulte

En tout, ce sont 5000 chênes qui sont plantés. Pourquoi des chênes ? Le chêne remplit un rôle important dans la biodiversité d’un espace forestier. Même mort, il garde une fonction dans la forêt, abritant des chauves-souris ou des frelons, pendant que les coléoptères se nourrissent de son bois. Outre sa valeur patrimoniale et paysagère, cet arbre présente aussi un intérêt financier en raison de la qualité de son bois. Une belle matière première pour confectionner des tonneaux de vin, des meubles, des traverses de chemin de fer ou des charpentes. « Qui n’a pas de bois chez lui, aujourd’hui ?», conclut le forestier Patrick Laurent.