Une exposition consacrée à Otto Wagner permet de se plonger dans l’histoire de la Vienne impériale. Parmi les réalisations de l’architecte : le métro, véritable accélérateur urbain. Une ambition que porte également le Grand Paris Express.

Otto Wagner, Pavillon de Karlsplatz, Vienne, 1898

Quel plus beau privilège pour un architecte que d’assister à la révolution de son art ? L’Autrichien Otto Wagner y était aux premières loges. Cette révolution, il l’a même épousée et accompagnée.

Otto Wagner par Gottlieb Theodor Kempf von Hartenkampf, en 1896
L’architecte a grandi dans la Vienne impériale de Sissi, dans une société corsetée où régnaient le conservatisme dans les mœurs et l’historicisme dans les arts. En effet, l’empire tirait sa légitimité du poids de l’histoire et l’urbanisme était essentiellement dédié à la gloire de l’empereur. D’où les lignes ampoulées et les fioritures qui garnissaient les façades de ses palais. En ce XIXème finissant, les styles baroque et renaissance reprenaient de la valeur.

 

C’est dans ce style historiciste qu’Otto Wagner commence à proposer des projets urbanistiques grandioses. Tous refusés, ils sont demeurés à l’état de dessin. Mais là où Otto Wagner excelle, c’est dans sa capacité de projection. Il observe Vienne, engoncée dans des habits étriqués, qui fait face à un bouleversement historique. La capitale austro-hongroise attirait alors un afflux de populations bigarrées, venues des quatre coins de l’empire. Cet exode rural massif quadruple sa démographie en l’espace de 50 ans. Les remparts sont détruits et les faubourgs de la capitale sont investis. Wagner réfléchit aux conséquences de cette expansion. Il esquisse le plan de nouveaux quartiers, dessinés de manière rationnelle avec des avenues à angles droits. Mais pour lui, la clé du défi urbanistique réside dans les transports en commun. Il imagine dès 1873 un réseau métropolitain à Vienne. Il se représente un réseau concentrique desservant même des zones peu urbanisées, en prévision du lotissement prochain de ces terrains.

Avant-garde

Vingt ans après l’avoir pensé, le chantier du métro est lancé. Et c’est Otto Wagner qui en devient l’architecte. C’est à cette occasion qu’il assoit sa notoriété. Au-delà de sa dimension éminemment pratique, l’arrivée du métro enjolive le visage viennois. Pour les gares de métro, on remise les projets de châteaux aux tours crénelées, un temps envisagés par les académistes. Tout au contraire, les édicules construits sont dotés de structures métalliques, aux motifs inspirés du monde végétal. La pierre demeure, signe de la solidité pouvoir, mais l’unité de style frappe par sa légèreté. C’est l’Art Nouveau qu’Otto Wagner fait souffler sur l’ensemble du réseau.

Otto Wagner, Die Postsparkasse
On se situait alors au point de bascule entre deux âges de l’architecture. Le recul de l’histoire nous l’enseigne. Mais Wagner, lui, l’avait déjà compris. La démocratisation de la société change l’ordre des priorités : les bâtiments et la ville sont désormais au service des habitants. Wagner rompt avec l’historicisme et dessine un nouveau type de bâtiments, plus épurés. Sa sobriété choque. Il rejoint la Sécession, le mouvement artistique révolutionnaire, emmené par le peintre Gustave Klimt. Cette avant-garde se préoccupe davantage du désir des individus et cherche à se libérer de l’académisme. « À chaque âge, son art, à l’art sa liberté », clamaient-ils. Otto Wagner l’a appliqué à la lettre, lui qui construit des bâtiments parmi les plus modernes d’Europe. Sa Caisse d’épargne de la poste et son église Saint-Léopold am Steinhof nous projettent, avec 10-20 ans d’avance, vers l’Art déco voire le Bauhaus de l’entre-deux-guerres.


Otto Wagner partage avec les concepteurs du Grand Paris Express le même esprit d’anticipation, voyant dans le métro non seulement un moyen de transport, mais aussi un levier de l’aménagement d’une ville en mouvement. Mais autre temps, autres préoccupations : si l’Autrichien pensait l’étalement de la ville il y a 150 ans, le Grand Paris Express privilégie au contraire la densification de la ville autour des 68 gares qui jalonneront son tracé. L'heure est à la sobriété énergétique. Otto Wagner, en fin prospectiviste, aurait probablement approuvé.

Otto Wagner. Maître de l'Art nouveau viennois
Exposition à découvrir jusqu'au 16 mars 2020
Cité de l’architecture et du patrimoine 
1, place du Trocadéro et du 11-Novembre
Paris 16e