Le 28 février prochain, le film Les Misérables sera en lice pour décrocher le César du meilleur film. A Clichy-sous-Bois et Montfermeil, le film, déjà distingué au festival de Cannes, est source d’une grande fierté. Même si, sur place, les habitants comptent bien sur l’arrivée du métro et de la ligne 16 pour écrire un nouveau scénario.

C’est à Montfermeil que la jeune Cosette allait chercher l’eau du puits, pour le compte du terrible couple Thénardier. Dans Les Misérables, Victor Hugo a rendu célèbre cette  bourgade, « qui n'était sur la route de rien », comme il l’écrit. À l’époque déjà, cette contrée rencontrait un problème de transport. Un siècle et demi plus tard, cet enjeu de la mobilité est devenu d’autant plus stratégique que la région s’est considérablement peuplée et urbanisée. Quant aux difficultés sociales, elles ont traversé le temps et ont été dépeintes par le réalisateur Ladj Ly dans Les Misérables. Inspiré des émeutes de banlieues de 2005, l’enfant de Montfermeil y raconte avec subtilité les tensions et les violences entre la police et la population. « Le film n’exagère pas la situation », expliquent les habitants qui ont vu le film en salles, comme plus de deux millions de spectateurs en France. Selon eux, par sa crudité, il délivre beaucoup de vérités, la rivalité entre bandes, l’entêtante odeur de drogue dans certains lieux, les insultes contre la police taguées sur les murs...

La révolution de la mobilité

Destruction de la tour Utrillo
Les spectateurs les plus attentifs se souviennent de cet angle montrant une palissade de chantier de la future gare. Comme la promesse d’une amélioration tant attendue et déjà perceptible. La politique de réhabilitation urbaine menée depuis quinze ans a redessiné la physionomie du quartier. Des barres d’immeubles ont été détruites, remplacées par des constructions à taille humaine, de quatre à cinq étages maximum. Les hautes tours, outre leur aspect sinistre, avaient la réputation de concentrer des trafics. La tour Utrillo en était la plus emblématique. Avec son envergure imposante, elle incarnait une densification urbaine datée, à l’origine de bien des difficultés rencontrées à Clichy-sous-Bois. Détruite en 2017, c’est la base vie du chantier qui occupe désormais son ancien emplacement. Une fois le chantier achevé, les bâtiments définitifs des Ateliers Médicis s’y élèveront et donneront à la culture une vue sur la gare.

À gauche, les constructions récentes, à dimension humaine.
Cette gare, tous les riverains l’attendent de pied ferme. Elle est signe d’espérance et de l’ouverture sur d’autres villes. Elle facilitera surtout la vie à bien des habitants. Pendant longtemps, il n’y a eu que des bus pour desservir ce territoire résidentiel. Des étudiants qui doivent assister aux cours à la première heure à l’autre bout de l’agglomération doivent parfois se lever à 4 heures. La révolution de la mobilité a commencé avec l’arrivée du tramway T4 en décembre 2019. Il relie Clichy-sous-Bois et Montfermeil à Gargan et à Aulnay-sous-Bois. L’arrivée de la ligne 16 parachèvera cette évolution. En attendant début 2025 et l’inauguration de la gare Clichy – Montfermeil, un certain nombre d’habitants profitent de l’activité générée par les chantiers pour y trouver du travail.

Fresque d’un territoire enclavé

Ambassadeurs de ce territoire aujourd’hui enclavé, et acteurs d’un scénario dont les mobilités auront le premier rôle, une trentaine de jeunes ont fait le voyage jusqu’aux États-Unis pour la cérémonie des Oscars, d’où le film est malheureusement reparti sans la fameuse statuette. Désormais, les espoirs se tournent vers les César, où le long métrage concourt, notamment, dans la catégorie du meilleur film. Verdict le 28 février prochain. Lorsqu’elle sera mise en service, la gare de Clichy – Montfermeil permettra de gagner la Cité du cinéma, à Saint-Denis, en une trente minutes, contre 1h12 à ce jour. De quoi susciter des vocations…

Perspective de la future gare Clichy - Montfermeil