Une personnalité haute en couleurs propose des observations commentées des chantiers du Grand Paris Express. Carmen Atias, médiatrice culturelle, est aujourd’hui la porte d’entrée idéale pour tous les curieux désireux de découvrir le projet.

D’emblée, le ton est donné : « On se croirait dans un film de Kubrick ». En réalité, nous entrons dans la base-vie du chantier de Noisy – Champs, dont la gare sera le terminus de la ligne 15 Sud et de la ligne 16. Carmen Atias est aux commandes d’une visite dont des passionnés attendent beaucoup. Carmen nous mène aux abords du chantier. Passionnée des sciences d’une part, de l’histoire de Paris d’autre part, c’est en tirant ces deux fils qu’elle déroule toute l’histoire du Grand Paris Express. Carmen Atias est médiatrice culturelle pour le nouveau métro. Mais elle-même se décrit comme « venant d’une autre planète : la planète cinéma ». Telle une Zazie dans le métro, devenue adulte. La Société du Grand Paris, qui est prête à toutes les audaces, s’est allié les talents d’une comédienne pour animer les visites guidées autour des chantiers. Des visites ouvertes à tous et toute l’année, à partir de belvédères ou de points d’observations d’où l’on peut embrasser toutes les dimensions du Grand Paris Express.

Un parcours hors des rails

Sa famille fuyant son Chili natal, Carmen débarque à l’âge de dix ans en France. Elle grandit dans un  environnement peuplé d’artistes nourris de fiction… C’est tout naturellement qu’elle pensait suivre les traces de son père, un écrivain réputé. Elle lit beaucoup, son salon de lecture favori est le métro. Un lieu où décidemment elle se sent bien. Le hasard d’une partie de frisbee la fera repérer dans la rue au cours d’un casting sauvage. Elle décroche ainsi son premier rôle, à 20 ans, dans un film danois. S’en suivront plusieurs années de cours d’art dramatique. Sa pièce préférée ? Qui a peur de Virginia Woolf ? On peut aussi la voir jouer dans un clip de I am.

Mais la course aux castings se révèle harassante. Aussi, elle relance les dés et candidate au Forum des images des Halles, un lieu qui rassemble toute la mémoire visuelle de Paris et de sa banlieue. « J’ai envoyé mon CV, écrit à la main au crayon de bois », sourit-elle. Le Forum lui ouvre ses portes et lui offre accès à 9000 films. Au fil des années, Carmen se découvre un besoin de transmettre. Notamment auprès des séniors, son « public préféré », encore habités par la « mémoire des places parisiennes ». Elle monte des ateliers où elle leur dévoile Varda ou Méliès. « J’ai accumulé une énorme culture générale en cinéma, j’avais trop de choses à raconter », se remémore-t-elle. Jusqu’à un jour où elle ressent le besoin d’accomplir un virage complet. Elle s’inscrit au Cnam  pour y suivre des cours. Et c’est le déclic. Vulgariser la science et la technique, telle est la passion qu’elle se découvre.
 

Laisser traîner ses oreilles

C’est alors que son chemin croise celui du Grand Paris Express. La maîtrise d’ouvrage cherchait un intermédiaire entre le gigantisme du projet et le spectateur. Ce sera Carmen. Elle rejoint l’aventure du Grand Paris Express en février 2019 face à un projet « pharaonique ».  « Et là, tu es face à l’Himalaya en tongs ». On lui donne carte blanche pour s’approprier le nouveau métro. « J’étais complètement libre, raconte-t-elle. Je récoltais une rosée… » Elle laisse traîner ses oreilles aux pauses-café, se plonge dans de volumineux dossiers techniques, et glane, ici et là, la  matière pour nourrir ses visites.
 

Carmen Atias sur le chantier de la gare Noisy - Champs
Cet été 2019, elle s’est rôdée auprès des premiers visiteurs sur les chantiers. À la manière d’une humoriste qui testerait ses blagues, elle expérimente ses histoires. Elle se retrouve face à des passionnés de l’aventure du Grand Paris Express qui n’en manqueraient aucun épisode. « J’ai déjà eu une visiteuse qui connaissait le projet mieux que moi », avoue-t-elle humblement. Mais ses visites sont aussi destinées à toutes les personnes curieuses du projet, sans en être expertes. Elle explique avec maestria la paroi moulée, une technique inventée par un Autrichien qui regardait sa femme cuisiner une charlotte. Par ailleurs, tous les ingénieurs du BTP savent que la boue destinée à faire les parois moulées s’appelle la bentonite. Mais avec Carmen, on découvre qu’on pourrait aussi s’en faire un masque pour le visage.

 

L’animatrice ne manque pas d’évoquer celui qu’elle considère comme la « star des chantiers » : le camion toupie. Pour illustrer le rôle des ouvrages de service, servant pour la ventilation et la sécurité, elle remémore la catastrophe du Mont-Blanc où les victimes sont mortes de la fumée.  Elle dévoile l’âme et la raison d’être de chacune des quatre nouvelles lignes. La 16 traverse un territoire encore en manque d’infrastructures de transports ; la 17 est celle des aéroports, qui va faire de Paris le premier hub européen.  

Une énergie contagieuse

Carmen Atias dans la base vie.
Pourquoi dit-on que Paris est une ville-monde ? Pourquoi a-t-on construit ce métro ? Combien de voyageurs sont attendus à bord ? Quelles sont les pouponnières d’insectes réalisées par les entreprises de travaux ? Qu’est-ce qu’un « métro boa » ? À quelle vitesse de pointe le métro va-t-il monter ? C’est pour obtenir des réponses à toutes ces questions que les visiteurs se pressent à ces visites qui se déroulent actuellement sur les chantiers de la ligne 15 Sud.

Sur le trajet du retour, la volubile Carmen s’installe dans une rame, au milieu d’inconnus. Et croyez-le ou non mais, d’un bout à l’autre du wagon, une conversation sur le BTP a traversé la rame, chacun se laissant transporter par l’art de la conteuse.

Pour participer à ces visites d’observation, cliquez ici.