#EnChantier - Pluie, vent, neige, froid, canicule : les compagnons des chantiers du Grand Paris Express sont soumis à des conditions difficiles tout au long de l’année. La chaleur est-elle plus facile à supporter que les températures glaciales de l’hiver ? Les compagnons sont-ils les seuls à souffrir des caprices de la météo ? La réalité n’est pas toujours celle que l’on croit…

« Il est plus dur de travailler quand il fait chaud », affirme spontanément Asik Fatih en ce jour hivernal de février, précédé d’un gros épisode neigeux qui a duré plusieurs heures. « En période de canicule, nos mains sont moites et nous sommes plus vite essoufflés. Nous sommes aussi moins actifs, alors que le remède contre le froid, c’est de bouger ! », poursuit ce coffreur-bancheur qui évolue sur le chantier de la future gare Villejuif Louis-Aragon, au sein du groupement CAP (Vinci Construction/Spie Batignolles).

Une déclaration qui dénote dans le concert de tous ceux qui aiment travailler au soleil. « Le froid sec n’est pas gênant et nous sommes habitués aux températures basses », renchérit en toute sincérité Henrique Fernandes, le chef de chantier. « Nous savons que nous avons l’hiver à passer et cela fait partie de notre travail. Nous ajoutons simplement des couches de vêtements quand nous avons froid. L’été, il est moins facile de s’adapter, car l’équipement de protection est obligatoire en toute circonstance. » Gants avec doublure molletonnée, cagoule ou bonnet sous le casque de protection, bottes fourrées, chaussettes de montagne, collants, parka softshell : tous les moyens sont bons pour les compagnons pour se protéger du froid. Mais qu’en est-il du matériel ?

Quand le béton devient frileux…

Asik Fatih, coffreur-bancheur (Groupement CAP)
Si les compagnons peuvent endurer des températures très basses sans sourciller, ce n’est pas le cas du béton. En dessous de -5°C, il est strictement interdit de bétonner. « Entre -5°C et 5°C, le béton doit avoir une température à l’état frais d’au moins 5°C », explique Nicolas Buridant, responsable logistique béton chez Vinci Construction. « Nous devons donc prendre les dispositions nécessaires pour effectuer le bétonnage par temps froid, à savoir couvrir la partie de l’ouvrage à réaliser avec des bâches et le chauffer avec des souffleurs d’air chaud. » Cette technique permet ainsi de préparer le ferraillage et le coffrage qui accueillent le béton, puis de les maintenir à une température positive entre 8 et 15°C. « Si l’eau contenue dans le béton gèle pendant la prise, il faut tout démolir. C’est ce que nous cherchons à éviter », indique Allan Sainte-Claire, directeur de travaux génie civil chez Vinci Construction. « Les conditions de démarrage sont les plus importantes. Quand les coffrages sont chauds, la réaction chimique de prise du béton, qui est exothermique (ndlr : qui dégage de la chaleur), peut commencer. Il est rare qu’il y ait un souci après. Cependant, les bâches et les chauffages sont laissés en fonctionnement jusqu’au lendemain du coulage. »

La vigilance est également de mise en cas de forte chaleur. « Le béton à l’état frais ne peut pas excéder 32°C », précise Nicolas Buridant. « Pour certains bétonnages, qui induisent des pièces plus ou moins massives, la température peut être abaissée à 28, voire 25°C. Dans tous les cas, quand le béton fait sa prise, sa température à cœur - que nous enregistrons à l’aide de capteurs, des thermocouples - ne doit pas dépasser les 72°C, pour éviter une réaction sulfatique et les risques de fissuration. »

La sécurité des compagnons avant tout

En France, dans le domaine des grands travaux, il est rare que les chantiers soient mis à l’arrêt à cause des conditions météorologiques. « Pendant ces deux jours de neige, nous avons recouvert les endroits où nous devions travailler et nous nous sommes occupés autrement », admet Henrique Fernandes. « Nous ne nous sommes pas mis en intempérie, contrairement à d’autres chantiers qui ont estimé que la phase de travaux dans laquelle ils étaient nécessitait un arrêt. En ce qui me concerne, je prends cette décision avec le chef de chantier et les compagnons », ajoute Allan Sainte-Claire. En matière de règlementation, c’est la notion de dangerosité qui entre en compte : « Il y a deux nappes dans le ferraillage, une inférieure et une supérieure. Il y a quelques semaines, nous étions sous la neige, nous avons arrêté les travaux sur la nappe supérieure qui devenait glissante. C’était trop risqué, donc nous avons travaillé en-dessous. »

Des prévisions météo de plus en plus fiables

Henrique Fernandes, chef de chantier (Groupement CAP)
Pour programmer les opérations qui exigent un environnement favorable, les directeurs de travaux se réfèrent aux prévisions climatiques, de plus en plus fiables et précises : « Nous avons un abonnement à Météo France. À partir d’un site Internet, nous imprimons un document qui nous indique, heure par heure, l’évolution des températures et la pluviométrie », spécifie Allan Sainte-Claire. Un dispositif d’autant plus indispensable que les conditions météorologiques peuvent impacter la logistique des chantiers, et notamment l’acheminement des matériaux sur les sites. « Il arrive que les camions poids lourds ne puissent pas circuler à cause de la neige ou des inondations, comme cela a été le cas l’année dernière, pendant trois semaines. Nous avons dû arrêter les chantiers, ce qui était très gênant pour l’avancement des travaux », commente le directeur de travaux de la future gare Villejuif Louis-Aragon. « Au Qatar, un système de drapeaux vert, orange et rouge est mis en place pour assurer la sécurité des compagnons. Comme sur les plages ! », souligne Nicolas Buridant, qui a effectué une mission dans cet émirat du Moyen-Orient. « Là-bas, il est interdit de travailler au soleil, donc on alterne les périodes d’activité et de repos. Il faut aussi surveiller en permanence les indices de chaleur et d’humidité. »