OuiHop’ propose une application d’autostop connectée. Actuellement testée à Antonypôle, cette solution fait partie des expérimentations retenues par la Société du Grand Paris et Île-de-France Mobilités dans le cadre de l’appel à projets innovant pour tester et développer les mobilités du futur.

Franck Rougeau, co-fondateur de la société OuiHop’

« Je suis un habitué du RER B. Et, croyez-moi, ça rend créatif ». Franck Rougeau est le co-fondateur de la société OuiHop’, spécialisée dans une nouvelle forme de co-voiturage. Comme tant d’autres Franciliens, il s’est souvent interrogé, à la sortie d’une gare RER, sur les moyens d’achever son périple. Certes, il existe des lignes de bus qui desservent les gares vers de multiples directions mais, dès qu’on s’éloigne des zones à forte densité urbaine, l’offre se tarit. Et difficile financièrement d’opter pour un taxi pour chacun de ses trajets quotidiens menant du domicile au lieu de travail. D’où l’idée d’utiliser les flux existants. Mais quel flux ? Témoin du défilé incessant de voitures face aux gares, Franck a eu une idée. « Avec en moyenne 1,2 personne par véhicule francilien, les voitures représentent le réseau de communication le plus sous-utilisé ». Emerge alors une solution évidente : remettre l’autostop au goût du jour. Sauf que le pouce a été remplacé, entre temps, par le smartphone : c’est donc de l’autostop connecté.

Une nouvelle solution pour le « dernier kilomètre »

De quoi s’agit-il, concrètement ? Au cours de leurs trajets quotidiens, des automobilistes entrent leur lieu de destination dans leur application OuiHop’. Le GPS habituel de l’automobiliste calcule l’itinéraire à emprunter mais l’application OuiHop’ récupère l’itinéraire et le publie à tous les utilisateurs le long du chemin. N’importe qui sur ce trajet peut alors demander à monter à bord du véhicule. Ici, pas de planification, pas de détour et pas de point de rendez-vous. Un système idéal pour les courtes distances, réalisées quotidiennement pour se rendre à l’université ou au travail. « C’est un peu comme si chaque automobiliste ouvrait sa propre ligne de bus éphémère », commente Franck Rougeau. Dans l’affaire, tout le monde y est gagnant. Le passager, évidemment, qui arrive à destination gratuitement s’il-vous-plaît - s’il est détenteur d’une carte Navigo. Le conducteur y trouve également un intérêt : pour chaque kilomètre réalisé et chaque passager à son bord, il gagne des « hopiz », qu’il peut ensuite « dépenser » dans une loterie, dans des parkings parisiens ou dans des places de théâtre ou de cinéma.

OuiHop’ apporte une solution à la problématique du « dernier kilomètre », c’est-à-dire du dernier tronçon du trajet d’un usager, allant de la gare à sa destination définitive. Sans surprise, la Société du Grand Paris et Île-de-France Mobilités, à l’affût de toute innovation, se sont penchés sur cette start-up. Elles financent une expérimentation, lancée en novembre à Antonypôle. Un cas d’école puisque plusieurs milliers de salariés se rendent chaque jour sur ce site, pourtant éloigné de 3 kilomètres de deux gares du réseau RER.

L’idée a éclos, la technologie est au rendez-vous… Reste à convertir les usagers. Télécharger l’application, l’allumer à chaque trajet, laisser sa voiture chez soi, autant de nouveaux réflexes à acquérir. Pour doper le démarrage, deux ressorts doivent être activés : rendre le dispositif visible et incitatif. Visible par le biais d’une campagne de communication déployée localement. Incitatif complémentaire par le versement par Île-de-France Mobilité de deux euros pour chaque autostoppeur pris dans sa voiture.  Ces dispositifs sont provisoires, le temps que ces usages s’ancrent.

L'application contribue, par le partage des véhicules, à diminuer la circulation automobile.

Une baisse de 6% des flux automobiles

L’outil mis en place par OuiHop’ propulse bien au-delà du confort individuel. C’est un cercle vertueux qui s’esquisse. Sur un plan écologique, il réduit les flux d’automobilistes. Une expérience menée à Saclay auprès des salariés du CEA a permis de mesurer une baisse de 6% des flux de voitures sur un axe. Dès qu’il existe une assurance que des conducteurs les prendront en autostop, certains automobilistes délaissent leur véhicule au profit des transports collectifs. L’autre vertu est économique : certains bassins d’emplois restent difficiles à relier en transport, causant une discrimination de fait. « 50% des demandeurs d’emplois ont déjà refusé un emploi ou une formation pour des raisons de mobilité et 25% des demandeurs d’emploi ne disposent d’aucun moyen pour se déplacer (source : mobiliteinclusive.com) », rappelle Franck Rougeau. Et si les grosses entreprises peuvent mettre en place des navettes, les plus petites structures, à Saclay par exemple, doivent tout simplement renoncer à embaucher des candidats démunis de moyens de locomotion. Pour elles en particulier, l’application permet de réaliser un nouveau saut dans la mobilité. Allez, hop !