Les premiers tests utilisateurs sur les produits et les équipements des gares du Grand Paris Express ont récemment été menés afin d’appréhender leur ergonomie, ainsi que la bonne compréhension de leur usage. Des personnels de nettoyage, des agents d’accueil, des voyageurs valides, mais aussi à mobilité réduite, ont bien voulu se prêter au jeu.

« On a l’impression d’être à la maison. Les couleurs et les matériaux sont plus chaleureux » affirme Malika, agent d’exploitation à la RATP. Assise derrière son prototype de guichet, elle reçoit aujourd’hui des utilisateurs témoins qui découvrent pour la première fois les futurs équipements des gares du Grand Paris Express, maquettés à échelle 1 à la Fabrique du métro.

Des maquettes plus vraies que nature

« C’est la première fois que je participe à des tests utilisateurs » poursuit Malika, qui travaille habituellement sur la ligne 13, à la station Saint-Denis - Porte de Paris. « Le décor, très réaliste, est bien différent de celui que je côtoie au quotidien. D’après les différents cas de figure que j’ai vus aujourd’hui, je pense que les équipements du Grand Paris Express seront plus adaptés aux besoins des usagers, et notamment à ceux des personnes à mobilité réduite. »

Guichet de vente, quai de métro, ascenseur, mobilier d’assise, réceptacle à déchets, boîtier d’extincteur, bornes d’appel : les maquettes de ces produits, conçus par les agences P. Jouin et Intégral Ruedi Baur, sont confrontées aux futurs usagers du métro. Ils analysent ainsi la capacité des objets à suggérer leur propre utilisation, leur ergonomie, mais aussi leur facilité de repérage dans l’espace.

Ce travail collaboratif alimentera les réflexions menées entre la Société du Grand Paris, chargée de la construction de l’infrastructure et des gares, et Île-de-France Mobilités, garante de la qualité de service des nouvelles lignes.

Un large panel d’utilisateurs et de scénarios

« Pour l’instant, le guichet fonctionne bien à l’extérieur, mais Malika a identifié quelques points de perfectionnement à l’intérieur » souligne Soizick Berthelot, fondatrice du Studio d’Ergonomie. « Pour apporter d’éventuelles améliorations à ces maquettes, il faut prendre en considération un grand nombre de facteurs » ajoute l’ergonome qui supervise ces tests assistée d’un infographiste 3D et d’une architecte d’intérieur. Taille et corpulence, latéralité manuelle, limitations physiques : les utilisateurs témoins ont été choisis selon des critères précis afin que les tests soient les plus exhaustifs possible. Plusieurs scénarios - achat d’un billet, recharge du pass Navigo, paiement par carte bancaire, appel de secours - leur permettent d’évaluer le positionnement des équipements et de déterminer si leur utilisation est assez intuitive. Sur le quai, le banc, ses accotoirs et les trois types d’assis-debout sont aussi analysés de près, de même que la poubelle, visiblement placée à une hauteur satisfaisante, mais dont la dimension de l’orifice doit être augmentée.

L’autonomie complète des personnes à mobilité réduite

« Faire appel à des personnes représentant différents types de handicap pour réaliser ces tests est une excellente démarche. Cela permet de se rendre compte physiquement des contraintes et d’aider à faire changer les choses » confie Danièle. Dans le prototype de l’ascenseur, cette personne atteinte d’un handicap moteur ne peut pas lever son bras droit pour atteindre les commandes intérieures. « Je me déplace en voiture aménagée, mais il m’arrive de prendre les transports en commun pour sortir dans Paris. Je ne prends plus la ligne 14 car je suis restée coincée dans l’ascenseur. Une autre fois, à Madeleine, j’ai dû rebrousser chemin car l’ascenseur était en panne. Je suis retournée à Saint-Lazare pour pouvoir sortir. J’ai fini le trajet à pied jusqu’à l’Olympia » ajoute-t-elle, dépitée. Pour assurer une accessibilité permanente, les ascenseurs seront doublés dans toutes les gares du Grand Paris Express, voire triplés dans les plus profondes ou dans celles qui généreront un flux important de voyageurs. Les rames présenteront des accès de plain-pied et la largeur de la lacune entre le quai et la rame sera inférieure à 5 cm. Ainsi, les personnes en fauteuil roulant pourront monter dans le métro en toute autonomie, sans l’intervention d’un agent ou d’un dispositif d’assistance à l’embarquement.

Des aménagements adaptés aux déficients visuels et auditifs

« Les personnes non-voyantes ne s’attardent jamais au guichet. Elles sont très directes dans leur demande » constate Malika. « Comme les personnes âgées, elles refusent la machine suite à des mauvaises expériences, un titre de transport bloqué ou non délivré par exemple. »  Pour faciliter la circulation des déficients visuels, la direction des gares et de la ville de la Société du Grand Paris a également mis en place des tests en association avec la Fédération des Aveugles de  France (FAF). Une carte du réseau en braille ainsi qu’un plan de la Fabrique du métro et un plan de coupe d’une gare type ont été présentés à des personnes non-voyantes afin qu’elles y apportent des ajustements. Dans les futures gares du Grand Paris Express, des bandes de guidage pour les déficients visuels seront matérialisées au sol, contrastées visuellement et tactilement. Un principe de balises sonores complète ce dispositif pour permettre le repérage des services et du parcours jusqu’aux quais. 

Des jeux de lumières et des écrans d’information dynamiques seront placés dans les gares et à bord des rames  pour permettre une information continue des personnes sourdes et malentendantes sur l’ensemble de leurs parcours. Des pictogrammes seront associés à la signalétique pour faciliter la compréhension des personnes en situation d’illettrisme et les personnes étrangères.

L’efficacité cognitive de l’information voyageurs

Dans le cadre d’un partenariat de recherche et de développement entre la Société du Grand Paris et SNCF Innovation et Recherche, de nouveaux tests utilisateurs seront réalisés à partir du mois de septembre, toujours à la Fabrique du métro. Il s’agira cette fois-ci d’analyser l’efficacité cognitive de l’information voyageurs dans trois domaines : l’orientation et la cartographie, les systèmes signalétique et l’information dynamique et l’illustration narrative pour les usagers du Grand Paris Express. Ces expérimentations, menées par des laboratoires de recherches spécialisés dans le domaine des sciences cognitives, permettront de valider un certain nombre de principes spécifiques à l’information voyageurs et d’établir des prescriptions pour optimiser le design graphique et la signalétique utilisés dans les futures gares du réseau.

Le but : que tous les usagers du Grand Paris Express, quelle que soit leur situation, aient accès aux mêmes informations et bénéficient de la même qualité de parcours.