Menée dans un milieu urbain très contraint, la traversée du tunnelier a fait l’objet d’un contrôle de chaque instant. Autant de défis relevés qui permettront à la ligne 14 de rejoindre la gare Saint-Denis Pleyel, futur hub du Grand Paris Express.

Le puits en cours de vidange

À Saint-Denis, l’ouvrage Cachin a vécu le 15 avril une arrivée peu commune. Au préalable, une partie du puits avait été remplie d’eau, créant une fausse impression de piscine au

milieu de l’emprise du chantier. Vers 10 heures du matin, l’eau s’est mise à frémir intensément, rejetant des bulles d’air en abondance. Peu à peu, une écume mousseuse a commencé à flotter à la surface. Autant d’indices qui annonçaient que le tunnelier Valérie était arrivé à destination. Les bulles d’air et la mousse émises depuis la machine, témoignaient du succès de la jonction entre le tunnel et l’ouvrage.  On a même fait appel à un scaphandrier qui a plongé pour vérifier à tâtons l’étanchéité. « Là-dessous, je suis les yeux et les mains des ingénieurs » assurait le plongeur professionnel. Cette tête était là, profondément sous l’eau, sans que l’on puisse la distinguer à l’œil nu. L’eau du puits sera ensuite vidée. Quant à la roue de coupe et le bouclier, une fois à l’air libre, ils seront prochainement levés ici. En revanche, la partie du puits où l’opération est réalisée est de taille si réduite que le reste du tunnelier repartira sur ses pas. Le train-usine ressortira à l’ouvrage Mandela, où il avait commencé sa course en mai 2020, et y sera démonté. Ainsi se terminera l’incroyable aventure du tunnelier Valérie.

 

Vidange en cours

Sous le contrôle de capteurs

Tunnelier Valérie
Ce creusement aura été, en tous points, hors norme. Pour le comprendre, jetons un œil sur les défis techniques qui ont jalonné son chemin. Premier obstacle, Valérie a traversé le faisceau ferroviaire du Landy, le plus fréquenté d’Europe, qui dessert notamment la gare du Nord : 42 voies, 280 m de largeur, 1 000 trains au passage quotidien. Il a fallu contrôler, en lien permanent avec SNCF Réseau, la traversée souterraine de cette succession de voies de chemin de fer pour s’assurer que le creusement ne causait pas de tassement de terrain. Une multitude de capteurs terrestres (théodolites et prismes réflecteurs), disposés sur chacune des 42 voies ferrées, détectaient en temps réel d’éventuels mouvements. En cas de difficulté majeure, le passage de trains aurait été immédiatement interrompu.

Deuxième obstacle, le tunnelier Valérie est passé à proximité de trois infrastructures de la ligne 13 du métro :
- un tunnel voyageurs ;
- un tunnel de débranchement ;
- un atelier souterrain de maintenance.
Là encore, des capteurs assuraient son passage en toute sécurité et, en cas de besoin, il aurait fallu interrompre la circulation de la ligne 13.

Troisième et dernier obstacle : l’arrivée de Valérie à l’ouvrage Cachin, construit par la RATP lors du prolongement de la ligne 14 entre Saint-Lazare et Mairie de Saint-Ouen. Cachin sert en même temps d’ouvrage de service pour la ligne et de puits de sortie pour Valérie. Il est donc, simultanément, en exploitation et en travaux. C’est la ligne 14, cette fois-ci, qui pouvait voir son fonctionnement interrompu en cas de problème. On a volontairement noyé une partie de l’ouvrage sous 4 000 m3 d’eau pour compenser la pression de la nappe phréatique sur le puits. Il fallait se prémunir d’une soudaine infiltration d’eau depuis la nappe, provoquée par l’arrivée du tunnelier qui aurait déstabilisé le terrain. Le remplissage et la vidange se font très progressivement pour sécuriser le maintien des murs. À nouveau, tout se fait sous surveillance des capteurs qui permettent une réactivité quasi immédiate des équipes en cas de mesures anormales.

La traversée du tunnelier Valérie illustre la complexité technique du creusement dans un milieu urbanisé aussi contraint. Au croisement de plusieurs lignes de métro et de train, les solutions audacieuses imaginées par les ingénieurs se sont révélées concluantes. Surtout, cette opération à l’ouvrage Cachin permet à Valérie d’assurer la connexion stratégique de la ligne 14 à Saint-Denis Pleyel. Une jonction opérationnelle, mais aussi très symbolique pour le Grand Paris Express.

Nettoyage du tunnelier