A l’horizon 2030, les parvis des 68 gares du Grand Paris Express se verront ornés d’un Paulownia Tomentosa, un arbre connu pour son extrême robustesse. Un signe distinctif qui n’est pas sans rappeler les édicules de Guimard qui surplombent encore aujourd’hui les bouches du métro parisien. Thierry Boutonnier, 38 ans, est l’artiste à l’origine de ce projet baptisé « Appel d’Air » qui, à l’image de son parcours, s’inscrit dans une démarche à la fois artistique, environnementale et participative.

C’est naturellement à la pépinière Vive les Groues !, basée à Nanterre et aménagée par le groupement Yes We Camp et ses partenaires (BVAU, TN+ et ABCD Culture), que nous retrouvons Thierry Boutonnier. A quelques jours de son inauguration, le 26 novembre, celle-ci est encore en friche : un énorme monticule de terre fertile, issue des déblais du chantier de la gare Noisy – Champs, trône en plein milieu de cet espace de 2000m3 qui se prépare progressivement à l’arrivée des 68 arbres du Grand Paris Express, plantés par leurs parrains, des habitants des villes traversées par le nouveau métro.

Sculpter le vivant
Ce cadre sied à ravir à Thierry Boutonnier, un artiste pas comme les autres. Sa matière de prédilection : le vivant, le végétal, une évidence pour celui qui ne conçoit pas l’œuvre d’art comme un objet inerte et figé, uniquement destiné à décorer un lieu donné. Quand on lui demande en quoi consiste exactement son métier, il répond simplement que son travail s’inscrit dans une pratique artistique appelée la sculpture sociale : « Je sculpte du bois vivant avec les gens. En m’adossant au végétal, je développe leur puissance d’agir et leur fais prendre conscience de la créativité et de la liberté qui sont en chacun d’eux. Le vivant propose une hétérogénéité de formes et de couleurs. Les végétaux sont des êtres qui nous aident à aiguiser notre sensibilité et notre contemplation ».

Cet amour de la nature n’est finalement pas si étonnant pour ce fils et frère d’éleveurs laitiers, qui a lui-même été ouvrier agricole pour financer ses études. « J’ai cultivé tout un univers d’affects dans cette exploitation familiale » nous confie Thierry. « Les contraintes quotidiennes, comme se lever tôt et se coucher tard, le dur labeur et surtout le fait de concrètement travailler pour manger amènent à se poser plein de questions, notamment sur le mépris de l’alimentation. Peu de gens le savent, mais j’ai aussi été vendeur de fromage de chèvre frais sur le plateau de la Croix-Rousse à Lyon, une expérience enrichissante qui m’a réconcilié avec l'environnement urbain ».

Après des études scientifiques à l’école municipale de Castres, Thierry Boutonnier intègre l’école des beaux-arts de Lyon et prend la voie du paysagisme, ce qui lui a permis de combiner son goût pour les sciences, la nature et le dessin. « L’histoire de l’art, et surtout les travaux de Marcel Duchamp et Joseph Beuys, m’ont beaucoup inspiré. Ils ont changé ma manière de réfléchir, de créer et de percevoir le monde. Grâce à eux, j’ai réussi à faire en sorte que mon processus artistique prenne en compte les questions paysagères et architecturales, sans pour autant suivre une logique trop rude. Je ne souhaite pas adapter le vivant jusqu’à un point aliénant et l’intégrer à des environnements urbains trop durs ».

Des racines et des êtres
Comme Thierry Boutonnier se plaît à le dire, sa démarche artistique est « buissonnante, un peu comme les arbres ». Tel un système racinaire complexe, son réseau professionnel s’étend au-delà de Lyon, sa ville d’adoption, et ses projets le mènent dans toute la France. Preuve en est : son implication dans la création de l’identité du Grand Paris Express, mais aussi des ateliers en cours dans le Gers et à Poitiers, qui s’intéressent cette fois-ci à la biodiversité. Au centre de toutes ses œuvres, l’environnement, mais aussi une démarche participative qui favorise la symbiose entre l’homme et la nature. « A travers mes travaux, je souhaite rappeler aux gens à quel point notre univers est source d’un imaginaire incroyable et notre place fragile ». Au toulousain d’ajouter : « On s’attache trop à la notion d’état de l’art, c’est pourquoi je m’intéresse davantage à la manière de faire. Et le processus est d’autant plus important lorsqu’il est porteur d’une histoire, d’une prise de conscience, d’une expérience collective et partagée qui permet de multiplier les horizons, de décupler la puissance d’agir de chacun ». Initié en 2009 dans un quartier lyonnais, son projet « Prenez racines ! », pépinière urbaine rassemblant des arbres choisis et plantés par les habitants, lui a valu le prix COAL Art et Environnement, association avec laquelle il a collaboré afin de créer le projet « Appel d’Air » pour la Société du Grand Paris.

Du souffle pour le métro
Au regard de son parcours et de sa relation quasi fusionnelle avec la nature, il était logique que Thierry Boutonnier donne naissance aux arbres repères du Grand Paris Express, concept imaginé par les architectes Jacques Ferrier et Pauline Marchetti. Son projet participatif « Appel d’Air », qui permet aux parrains de greffer leur souffle sur le tronc des arbres qui marqueront le parvis des 68 gares, est une façon de créer du lien, mais pas seulement. « L’idée est aussi d’améliorer la vie des personnes qui subissent des temps de transport parfois très longs, mais aussi la qualité de l’air » explique l’artiste. « La construction de ce nouveau réseau express va permettre la réduction du trafic routier et donc de la pollution. Il n’est pas normal aujourd’hui d’accorder une place aussi importante aux voitures, alors que l’arbre n’est bon qu’à faire des zones d’ombrage et peupler quelques parcs ». Pour ce faire, le Paulownia Tomentosa n’a pas été choisi au hasard : « C’est un arbre impérial chinois lié à l’édification du Phoenix, symbole de la régénérescence. Quand on le coupe, il peut facilement renaître de son système racinaire ». Les usagers du Grand Paris Express profiteront donc longtemps de sa jolie floraison rose, vouée à devenir l’emblème du métro du 21ème siècle.

Pour obtenir plus d'informations sur le projet artistique "Appel d'Air" et le parrainage des arbres, cliquez ici.