Les travaux du Grand Paris Express sont protégés par de hautes palissades. Des enceintes qui nous réservent bien des surprises.

Clôtures ceinturant les camps militaires romains, les palissades sont familières aux lecteurs d’Astérix. Mais aussi aux riverains des chantiers du nouveau métro. En effet, les palissades sont sorties depuis longtemps du registre de l’architecture militaire pour rejoindre celui du BTP. Elles font leur apparition de manière mobile ou fixe dès les travaux préparatoires. Puis, elles sont dressées de manière fixe pour plusieurs années quand le chantier entre en génie-civil, lors des travaux de construction. Et avec près de 300 chantiers, entre les futures gares et les ouvrages de service, que suppose la réalisation du Grand Paris Express, elles peuvent difficilement passer inaperçues… Une raison suffisante pour s’y intéresser de plus près.

Sanctuarisation du chantier

De leur passé militaire, les palissades ont gardé leur fonction première : la protection. Hautes de deux à quatre mètres, elles bloquent l’accès du chantier aux individus non autorisés. Ces zones de travaux, où circulent d’énormes engins, représentent en effet des enceintes à hauts risques. Concrètement, un intrus qui s’y aventurerait peut tomber dans un trou profond de plusieurs dizaines de mètres ou de se faire couler dans du béton... C’est pour éviter un tel drame que les emprises de chantier sont gardées jour et nuit. Mais les humains ne sont pas les seuls à être persona non grata sur les emprises de chantier. Lorsque de la petite faune protégée (l’Écureuil roux et le Hérisson d’Europe, etc.) se situe à proximité, on s’assure que la clôture soit bien hermétique. Là encore, c’est pour leur sécurité. Dans cette zone étanche, les entreprises peuvent donc travailler en toute sécurité.

Les palissades protègent également la ville des nuisances générées par le chantier. En premier lieu, de la poussière et de la boue. C’est ainsi que tous les engins de chantiers qui quittent la zone de travaux sont nettoyés : les roues des camions par exemple sont lavées avant toute sortie. En second lieu, de la vue du chantier. Éviter autant que possible les nuisances visuelles est un gage de la bonne tenue du chantier. Enfin, du bruit. Dans les territoires urbanisés où des riverains vivent à proximité, on érige des palissades acoustiques. S’élevant à quatre voire huit mètres, elles limitent les nuisances sonores. À Villejuif - Louis Aragon ou au Blanc-Mesnil, ce type de palissades se retrouve régulièrement sur les chantiers du Grand Paris Express, construits dans des zones urbaines particulièrement denses.

Une connexion avec les riverains

La fonction des palissades aurait pu s’arrêter là. Mais avec 165 kilomètres de clôture prévus (plus que la distance Paris-Auxerre), la Société du Grand Paris a adopté le parti d’en faire le premier média du chantier. Par nature, elles rendent le chantier invisible. Ce qui ne manque pas de susciter de la curiosité. Pour l’assouvir, plans, textes et photos recouvrent largement les palissades, pour informer au mieux les riverains. Parfois, des fenêtres sont intégrées pour rendre le chantier visuellement accessible aux riverains. Sur certains sites, les clôtures sont surmontées de belvédères qui permettent d’embrasser le chantier en un coup d’œil. Ces belvédères peuvent même offrir de véritables expériences au service du paysage métropolitain en pleine mutation. Après Noisy – Champs, le Pavillon des points de vue de l’artiste Alain Bublex s’est installé à Vitry Centre. Il y restera jusqu’en décembre 2019. .

Situées à l’interface du chantier et de la société, les palissades ont été « habillées ». Plutôt que de tenter de les rendre invisibles, elles ont au contraire été mises en valeur pour rendre les chantiers esthétiques et informatifs. Les palissades se sont même parées de couleurs festives pour annoncer une bonne nouvelle : l’arrivée prochaine d’un métro dans des territoires qui en sont actuellement dépourvus. L’art s’y est également invité. La Société du Grand Paris a confié la décoration de certaines d’entre elles à des artistes, comme sur le chantier de l’ouvrage des Acrobates (ligne 16, à Saint-Denis).

Des artistes amateurs y sont aussi les bienvenus. À la gare Saint-Maur – Créteil, les palissades ont ainsi abrité une exposition scolaire. Qui aurait pensé que, dans l’attente du futur métro, elles servent de lieux de partage avec les riverains ? Yes We Camp en a fait un haut lieu participatif à la Courneuve - Six Routes ou à Arcueil - Cachan. Dans des « chantiers partagés », le collectif a récolté des anecdotes d’usagers qu’il a déployées sur les palissades.

Exceptionnellement, les palissades peuvent être camouflées et fondues dans le paysage. C’est le cas lorsque les chantiers prennent pied à proximité de sites protégés. Sur l’Île Monsieur, au pied du parc national de Saint-Cloud, se construit un ouvrage annexe de la ligne 15 Sud. Les palissades abritant les travaux épousent au maximum le caractère paysager et historique du site. En harmonie avec cet espace arboré, les palissades sont en bois.

Ces clôtures n’ont pas fini de nous étonner. Récemment, une nouvelle génération a vu le jour : les palissades connectées. La première a vu le jour à Saint-Denis, sur le chantier de l’ouvrage des Étoiles, sur la ligne 16. Grâce à un écran tactile intégré et connecté en 4G pour une actualisation régulière et en temps réel, les riverains accèdent à toutes les informations sur le Grand Paris Express, les travaux en cours sur le chantier avec de nombreuses vidéos pédagogiques. Quant aux voyageurs de passage, ils y trouvent un panorama pratique du quartier. Enfin, les riverains en rade de batterie en profiteront pour recharger leur téléphone. À ceux qui douteraient encore que ces palissades sont caméléons…