À chaque gare du Grand Paris Express correspond une maquette. Même à l’époque des casques d’immersion 3D, ces reproductions restent indispensables pour se projeter dans ces lieux publics, ces centralités de demain. Réaliser ces objets requiert un savoir-faire très particulier. Et nous avons eu la chance d’assister à la finalisation de deux d’entre elles…

Quand on leur demande s’ils ont une gare favorite, ils esquivent poliment la question. Mais ce qui est certain, c’est qu’ils mettent le même soin pour représenter chacune d’elles en miniature. Et à s’approcher au plus près de la réalité. Les artisans de la société Alpha Volumes comptent à leur actif la réalisation des maquettes de cinq gares du Grand Paris Express. Ils viennent de finaliser les deux dernières à sortir de leur atelier : Le Bourget Aéroport et Triangle de Gonesse, toutes deux sur la future ligne 17.

Des mains et une souris informatique

La musique de fond est douce, le cadre lumineux et les maquettistes minutieux. Ils complètent leurs deux maquettes, en habillant les esplanades. Ils disposent des vélos stationnés et des usagers en fauteuil roulant dans la proximité de Triangle de Gonesse. Ils se préoccupent des derniers détails du mobilier urbain du Bourget Aéroport et intègrent ainsi les plots en respectant scrupuleusement les distances de sécurité. Chez ces passionnés, la répartition des tâches se fait naturellement : « il y a même un spécialiste arbres, par exemple », sourit le maquettiste Hervé Perrin. Cela ne surprendra personne mais la patience, le perfectionnisme et la méticulosité sont des qualités indispensables pour exercer ces métiers. « Mais il nous arrive aussi de nous énerver », s’amuse Bou Sin. Une autre qualité, encore plus recherchée, s’avère nécessaire : « le plus compliqué, en voyant un plan, est de le concevoir en volume », explique Hervé Perrin. Un exercice visuel qui s’acquiert avec le temps.

 

Si nos maquettistes sont foncièrement manuels, l’informatique s’est aussi invitée dans le processus de fabrication. « Quand j’ai commencé à travailler, dans les années 1980, jamais je n’aurais pensé passer une partie de ma journée devant un écran », rapporte Hervé. Auparavant, il dessinait les pièces, les sculptait et les sciait. « C’était assez jubilatoire de voir se concrétiser tout ce travail manuel », explique-t-il.  Depuis est arrivée l’impression 3D. Avec un argument massue : le gain de temps. Notamment quand il y a des séries. « On crée un bonhomme à l’ordinateur et il est duplicable autant de fois qu’on veut », explique-t-on. Les objets sont composés à l’ordinateur et découpés au laser. Ça a été bien pratique pour dessiner la statue des trois Fougas Magister, les avions aux couleurs de la Patrouille de France disposés à l’entrée du Musée de l’Air et de l’Espace. « On a mis une après-midi pour dessiner un avion en 3D avant de le répliquer automatiquement deux fois ». De même, Google a remplacé les chronophages reportages sur place. C’est grâce à des recherches sur Internet qu’ils ont retrouvé précisément le modèle d’avion correspondant à ceux de la statue.

Retour en enfance

Ce sont deux mois de travail artisanal intensif qui s’achèvent. Les maquettes sont presque achevées. En contempler chaque détail provoque toujours une forme d’émerveillement. « Ça fait tomber les apparences. À la vue des maquettes de plexiglas, des élus ou des personnalités éminentes en oublient leur statut et retournent en enfance », relate Hervé. À notre tour, on observe tels des enfants. Grâce à la suppression opportune de certains murs, on embrasse facilement la totalité des édifices, intérieurs compris. On note ainsi que la lumière naturelle descend jusqu’aux quais de la gare Triangle de Gonesse. Quant aux quais du Bourget Aéroport, le maquettiste prend son double décimètre, mesure et calcule qu’ils se situent à 20 mètres de profondeur. À l’entrée de la gare, on visualise parfaitement les haubans qui symbolisent l’avion de Louis Blériot, le premier aviateur à avoir traversé la Manche, et l’hommage aux frères Montgolfier.

Outre leur dimension poétique, les maquettes sont surtout des outils de choix pour se projeter sur les lieux. C’est parfois en s’appuyant sur ces représentations que des décisions sont arrêtées.

Direction Versailles

Dévoilées le 15 mai à l’occasion de la conférence de la ligne 17, les deux maquettes de gare, elles, voyagent déjà. Quelques heures à peine après la fin de cette réunion, elles ont pris la direction de Versailles, où se tenait, jusqu’au 13 juillet la Bap !, la biennale d’architecture et du paysage.

Une partie de l'équipe Alpha dans son atelier