Assurant la maîtrise d’ouvrage du Grand Paris Express, la Société du Grand Paris a accueilli à la Fabrique du métro, le 7 février dernier, un hackathon consacré à « la gare de demain, verte et responsable ». L’équipe à l’initiative de cet événement revient sur les enjeux et les projets présentés au cours de cette journée.

Lors de ce hackathon de Fer de France, le « design thinking » a été utilisé pour améliorer l’expérience voyageur. Pourquoi ce choix ?

Magali Alexandre : La gare étant par essence un lieu de rencontres, nous tenions à réunir des personnes d’univers, de sensibilités et d’âges différents à l’occasion de notre projet. De ce fait, le processus de « design thinking » s’imposait comme le plus adapté par son caractère centré sur les utilisateurs de la gare. Nous souhaitions donner de la visibilité à de jeunes designers et les familiariser avec le milieu ferroviaire.
Samir Laoudedj : En parallèle, nous avions la volonté que notre environnement ferroviaire s’éloigne de son schéma traditionnel. Les cinq équipes qui ont participé au hackathon étaient donc constituées de designers, d’étudiants en architecture ou jeunes architectes, de quelques étudiants qui avaient pris part à une demi-journée d’idéation et de professionnels du ferroviaire. Ces personnes, qui ne se connaissaient pas avant ce hackathon, ont eu six heures pour dessiner ensemble les esquisses d’une gare verte et responsable, qui place l’usager au cœur du processus.
Magali Alexandre : La gare de Lille-Flandres, fréquentée par une population assez jeune, a été choisie comme support de réflexion. Nous ne leur avons imposé aucune contrainte technique ou économique. Une équipe a mis le côté vert et exubérant en valeur avec son projet « Le jardin de Baby’lone », qui prévoyait l’installation de micro-crèches dans la gare, d’un potager pédagogique et d’un parcours ludo-éducatif. Certains groupes ont misé sur l’utilisation verticale de l’espace pour une gare plus fonctionnelle. Avec son projet « Les poupées russes », l’équipe gagnante a travaillé sur la réversibilité des espaces en fonction des besoins des passagers à différents moments de la journée ou de l’année, dans un environnement très vert et nature. Le jury a principalement jugé l’aspect innovant de chaque projet, l’appropriation des valeurs et la pertinence des services rendus au public.

Pourquoi avoir privilégié l’axe de la gare verte et responsable ?

Maria Marqués : Plusieurs étapes de réflexion nous ont conduits à cela. En premier lieu, nous avons décidé d’écarter les sujets techniques liés à la gestion des flux ou à l’information voyageurs, thématiques demandant un niveau d’expertise et de technicité très profond et, par ailleurs, maintes fois traitées. Partant du principe que la gare est aussi un lieu d’émotions, nous nous sommes penchés sur les besoins des usagers, leur ressenti et leur perception quand ils évoluent dans cet espace. Pour dessiner la gare de demain, nous avons interrogé des jeunes d’aujourd’hui. Nous avons d’abord soumis un questionnaire à une centaine d’étudiants et d’actifs de moins de 30 ans pour savoir ce qu’ils en attendent, où ils achètent leur billet, ce qu’ils font en gare et comment ils l’imaginent en 2050. Puis nous en avons réuni une vingtaine lors d’une demi-journée d’idéation en novembre 2019. Nous les avons fait travailler plus précisément sur les valeurs que doit porter une gare.
Samir Laoudedj : Les notions de gare verte, responsable, collaborative et source de bien-être se sont rapidement imposées, aux dépens par exemple des sphères digitale et culturelle. La gare verte fait référence à un espace calme et lumineux, ouvert sur la nature, permettant de voir des arbres, d’entendre le bruit des oiseaux… Le terme « responsable » renvoie ici à l’autonomie énergétique, l’économie circulaire, la sécurité, le recyclage des déchets, l’inclusion des populations, la redistribution des invendus des commerces intégrés à la gare, la mise en place de locaux solidaires ou d’espaces professionnels.

En quoi cette journée s’inscrivait-elle dans le projet global de Fer de France et que va devenir le projet retenu ?

Aurélie Faitot : Notre association Fer de France, composée d’industriels, d’exploiteurs, de mainteneurs, de spécialistes de l’ingénierie et des autorités organisatrices des mobilités, se veut un lieu d’échanges et d’innovations. L’amélioration de l’attractivité et de l’image du ferroviaire fait partie de son ADN. En 2014, Fer de France a lancé un cycle d’étude, nommé « Moisson-Desroches ». Ce cycle d’un an réunit des jeunes dirigeants sélectionnés par leurs entreprises respectives pour prendre du recul sur les enjeux du ferroviaire et construire des projets avec un regard neuf et ouvert. C’est dans ce cadre que notre groupe de travail finalise actuellement le projet « Gare de demain » avec l’équipe gagnante. Nous le présenterons, sous la forme d’un « POC », à l’événement international « Lille, capitale mondiale du design 2020 » à partir du printemps prochain.

Ce hackathon avait pour décor la Fabrique du métro. Un lieu inspirant ?

Maria Marqués : Le choix du lieu pour tenir ce hackathon n’était pas un hasard ! C'est ici que la Société du Grand Paris, membre de Fer de France, nous avait présenté ses projets et les enjeux des travaux qu’elle pilote, qu’il s’agisse de la conception de nouveaux espaces voyageurs ou des tunnels en cours de construction. À ce titre, la Fabrique du métro, par essence laboratoire du métro du futur, nous est apparue spontanément comme le lieu idéal pour ce hackathon. Les différents projets exposés, les recherches sur la matière et l’espace ont clairement été une source d’inspiration et un catalyseur de réflexions pour les équipes qui se sont spontanément projetées dans la gare de demain. 

Magali Alexandre, Aurélie Faitot, Maria Marqués et Samir Laoudedj, équipe Gare de demain, association Fer de France