Chaque semaine, et pendant tout l’été, la Société du Grand Paris donne la parole à un dirigeant de TPE et PME intervenant dans la conception ou la réalisation du Grand Paris Express. Aujourd'hui, interview de Benjamin Pélissié, président de la société Segat.

1 – POUVEZ-VOUS NOUS PRÉSENTER VOTRE SOCIÉTÉ ?

Segat compte 75 collaborateurs répartis sur quatre antennes : Paris, Bordeaux, Marseille et Moulins.  Parmi eux, des négociateurs fonciers, des juristes, des urbanistes, des experts et consultants immobiliers, des aménageurs et des programmistes. Lors de sa création, en 1963, la société a été fondée pour acheter des terrains utiles à la construction des autoroutes. Elle était alors composée essentiellement de géomètres et de négociateurs fonciers.

Acheter le foncier nécessaire au passage des infrastructures fait toujours partie de notre champ d’activité, que nous avons élargi au fil du temps. Les projets sur lesquels nous travaillons actuellement sont des projets d’extension de métro de RER ou de Tramway, ainsi que des opérations d’aménagement nécessitant l’acquisition de foncier.

Nous avons aujourd’hui deux directions principales : l’une est spécialisée dans le conseil en aménagement et l’autre dans la stratégie immobilière.

En matière d’aménagement, nous avons quasiment travaillé sur toutes les LGV : la LGV Sud Europe Atlantique, le contournement ferroviaire de Nîmes et de Montpellier et la LGV Rhin/Rhône. En Île-de-France, nous travaillons pour la Société du Grand Paris, sur les lignes 15, 16 et 17, mais aussi sur le Charles de Gaulle Express, et sur les deux phases du Tram Express Ouest dans les Yvelines et la Tangentielle Nord.

Notre département dédié à la stratégie immobilière assiste les grands propriétaires fonciers publics et privés dans l’optimisation de leur patrimoine, et ce autour de quatre items : l’élaboration de schémas directeurs immobiliers, l’assistance à la cession et le conseil utilisateur, l’expertise et la valorisation.

Sur ce dernier volet, Segat, depuis le mois de mars 2020, est également l’expert attitré de l’État sur la France entière pour évaluer le patrimoine qu’il va céder.

2 – QUELLES SONT VOS MISSIONS POUR LA RÉALISATION DU GRAND PARIS EXPRESS ?

Notre collaboration avec la Société du Grand Paris a débuté en mars 2012. Nous avons gagné le marché de maîtrise foncière du tronçon Sud de la ligne 15. Nous faisions alors de l’expertise immobilière et gérions les négociations foncières avec les propriétaires, ainsi que le suivi de procédures d’expropriation. Puis nous avons étendu nos activités à plusieurs autres champs d’intervention, tels que la gestion de l’indemnisation des commerçants impactés par les travaux, le suivi d’une partie des référés préventifs, une fonction qui consiste à s’assurer du bon état des bâtiments après les travaux. Nous avons aussi remporté une mission de programmation commerciale des gares et des périmètres de gares avec notre filiale, Objectif Ville, une petite PME que nous avons acquis fin 2019.

3 – COMMENT AVEZ-VOUS TRAVERSÉ LES TROIS DERNIERS MOIS ?

Nous avons la chance d’avoir une clientèle assez diversifiée, ce qui nous a avantagés à deux niveaux. D’une part, les clients publics ont énormément raccourci les délais de paiement, que ce soit la Société du Grand Paris, la SNCF Eole et la SNCF côté agence tram – train, la Direction générale des finances publiques (DGFiP) ou encore l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT). Tous nous ont payés en un temps record. Sur ce plan, l’État a été exemplaire et a joué la carte de la solidarité.

Nous avons, d’autre part, constaté un accroissement de certaines opérations dans le secteur immobilier. L’inquiétude des gens face à la crise a, par exemple, accéléré les cessions de patrimoine ou encore les grandes mutations de patrimoine des entreprises. Les grands propriétaires fonciers, voire même certaines entreprises industrielles, ont aussi accéléré les arbitrages pour générer plus rapidement des revenus.

Du côté des utilisateurs, les opérations de renégociations ont également été multipliées à la recherche d’économies.

4 – COMMENT ABORDEZ-VOUS LES PROCHAINS MOIS ?

Juste avant le confinement, nous avons réalisé trois recrutements importants : un directeur du développement urbain et de la valorisation dont le rôle est de chapeauter notre nouvelle filiale, Objectif Ville et notre pôle immobilier, une directrice pour notre antenne bordelaise et un directeur des ressources. Nous avons géré ces arrivées grâce au télétravail, ce qui nous permet de continuer notre développement, comme nous l’avions prévu. Il n’était pas question de mettre cette procédure en suspens à cause de la crise sanitaire. Aujourd’hui, nous constatons simplement un décalage de notre chiffre d’affaire de l’ordre de 10 à 15%. Aucun contrat n’a été arrêté donc nous abordons les prochains mois avec sérénité.

5 – UN MESSAGE POUR CEUX QUI TRAVAILLENT ACTUELLEMENT SUR LE CHANTIER DU NOUVEAU MÉTRO ?

Depuis 2012, le développement de Segat a été rendu possible grâce à différentes réformes de la politique immobilière des entreprises (publiques et privés) et au chantier du Grand Paris Express. Selon nous, c’est la meilleure référence publique de France. Cela représente une belle vitrine pour notre entreprise. Cette longue collaboration nous a permis de développer des compétences et d’investir sur des recrutements. À l’époque, nous étions seulement 15. La plupart des métiers qui constituent Segat aujourd’hui n’existaient pas.

Mais si ce chantier a été un énorme levier de croissance pour nous, c’est parce que nous avons aussi fait preuve d’agilité et de réactivité, tout en conservant un haut niveau de qualité dans la durée. Ce sont des atouts qui, à mon sens, ont induit confiance et respect coté client, et qui nous ont permis de saisir pleinement des opportunités liées au projet. Segat est prêt à répondre aux besoins de ses clients et affronter les conséquences des grandes mutations, des modes de déplacement, de la numérisation, du e-commerce, du télétravail/coworking, de la société décarbonée...

Benjamin Pélissié, président de Segat