Vincent Lamour, président fondateur de Cementys


Chaque semaine, et pendant tout l’été, la Société du Grand Paris donne la parole à un dirigeant de TPE et PME intervenant dans la conception ou la réalisation du Grand Paris Express. Aujourd'hui, interview de Vincent Lamour, président fondateur de Cementys.

1 – Pouvez-vous nous présenter votre société ?

Notre activité couvre des champs d’intervention assez variés et implique plusieurs métiers : topographes, ingénieurs génie civil, géotechniciens, instrumentistes spécialistes en métrologie, data managers… Le data management est justement une expertise que nous avons développée quand nous avons commencé à travailler pour la Société du Grand Paris. Nous en faisions déjà avant, mais à très petite échelle. Le métier de data manager n’existait pas à proprement parler dans notre organisation. Face à la quantité de données à suivre et à traiter, nous avions besoin de personnes entièrement dédiées à ce sujet. Nous avons remporté un premier contrat sur la ligne 15 Sud en 2017. Cela nous a permis de montrer notre savoir-faire et d’accéder rapidement à d’autres marchés pour la même ligne, mais aussi pour la ligne 16 et le tronçon Sud de la ligne 14. Nous sommes alors passés de 30 à 130 collaborateurs en l’espace de trois ans.

2 – Quelles sont vos missions pour la réalisation du Grand Paris Express ?

Nous sommes chargés de la surveillance de certains chantiers de la ligne 15 Sud, notamment ceux des gares Pont de Sèvres et Issy RER, et de nombreux ouvrages de service situés à Champigny-sur-Marne, Villiers-sur-Marne et Noisy-le-Grand. Nous intervenons également sur l’intégralité des chantiers de la ligne 16 et sur ceux des gares Chevilly Trois  Communes, M.I.N. Porte de Thiais et Pont de Rungis situées sur le prolongement de la ligne 14.

Notre rôle est d’installer des capteurs sur les zones de chantiers et les bâtiments avoisinants afin de vérifier les mouvements de sol, les vibrations et les émissions sonores lors du passage des tunneliers ou de l’excavation des gares et puits de ventilation. Nous assurons aussi les forages qui servent à placer les capteurs autour des tunneliers. Jusqu’à maintenant, nous avons réalisé 20 km de forage, ce qui représente une grande quantité de capteurs géotechniques. Sur la totalité des chantiers du Grand Paris Express que nous gérons, nous en avons déjà installé plus de 20 000. Ils mobilisent aujourd’hui 20 personnes qui traitent les données en temps réel et s’assurent que les seuils ne soient pas dépassés. Ces seuils permettent à la fois d’aider les entreprises à piloter leurs méthodes de travaux et de limiter une potentielle responsabilité en cas de mouvement supérieur au seuil toléré. Certains capteurs vont ensuite rester en place et servir pendant l’exploitation pour surveiller les tunnels pendant une cinquantaine d’années.

Notre service de Recherche et Développement collabore aussi avec l’Unité Infrastructures et Méthodes Constructives de la Société du Grand Paris. Nous réfléchissons ensemble à des projets innovants destinés à mettre en place une auscultation plus intelligente, sans maintenance et moins onéreuse. Par ailleurs, nous essayons de créer des outils encore plus performants pour mesurer ce qui se passe autour des chantiers et qui pourront, à l’avenir, servir à plus grande échelle ou sur d’autres projets de tunnels urbains dans le Monde.

3 – Comment avez-vous traversé les trois derniers mois ?

Parmi nos multiples projets, le Grand Paris Express est celui qui a redémarré le plus vite. L’arrêt des chantiers a impacté notre activité pendant seulement six semaines. En toile de fond, nous avons en plus continué à surveiller les nombreux capteurs déjà installés sur sites. Cela représente une veille continue qui mobilise la moitié de nos effectifs. Tous nos outils sont digitaux et le télétravail ne pose aucun problème. Nous avons réalloué les ressources pour l’autre moitié de notre personnel. Nos jeunes ingénieurs ont par exemple bénéficié d’une formation interne puisque notre spécialité couvre beaucoup de métiers. Certaines équipes ont aussi prêté main forte à notre service Recherche et Développement, qui représente 20% de notre chiffre d’affaire. Nous avons ainsi développé et breveté davantage de systèmes de monitoring.

4 – Comment abordez-vous les prochains mois ?

Notre activité d’auscultation a repris à 100% depuis le mois de juin. Nous fonctionnons comme si de rien n’était, en respectant naturellement les nouvelles consignes imposées par la Covid-19. Dans nos locaux, nous avons mis du plexiglas entre les bureaux, nous portons des masques et privilégions encore le télétravail. Paradoxalement, nous avons signé des très beaux contrats à l’étranger pendant cette crise sanitaire. Nous avons notamment un nouveau projet de cuve de Gaz Naturel Liquéfié en Thaïlande et un pipeline au Nigeria. Globalement, les décisions sur les investissements en infrastructures ont été accélérées et cela nous a profité. Au final, la perte d’activité partielle que nous avons constatée de la fin du mois de mars à la fin du mois de mai va être compensée par ces gains. Nous observons donc une croissance de l’ordre de 30% pour 2020.

5 – Une devise qui vous tient à cœur et que vous souhaiteriez partager avec toutes les TPE et PME qui travaillent actuellement sur le chantier du nouveau métro ?

« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait ». Nous nous retrouvons bien dans cette citation de Mark Twain. Nous aimons relever des défis et le Grand Paris Express en était définitivement un au départ. Petite PME francilienne, nous avons osé répondre à un contrat cadre de plusieurs millions d’euros ! Nous avions vraiment l’impression que c’était trop gros pour nous à l’époque. Ce premier contrat nous a alors permis de structurer notre équipe et nos méthodes pour participer sereinement à ce chantier du siècle. Pour travailler sur un tel projet, qui représente un challenge technique et des marchés gigantesques, il ne faut pas avoir peur ! 

Vincent Lamour, président fondateur de Cementys