Christophe Deboffe, fondateur de Neo-Eco

Chaque semaine, et pendant tout l’été, la Société du Grand Paris donne la parole à un dirigeant de TPE et PME intervenant dans la conception ou la réalisation du Grand Paris Express. Aujourd'hui, interview de Christophe Deboffe, fondateur de Neo-Eco, une start-up implantée à Hallennes-lez-Haubourdin, dans le Nord.

1 – POUVEZ-VOUS NOUS PRÉSENTER VOTRE SOCIÉTÉ ?

J’ai commencé ma carrière d’ingénieur de manière très classique en plasturgie dans l’automobile et le convoyage de bouteilles plastiques dans l’alimentaire. On crée souvent par révolte… et j’avais une révolte ! Plutôt que de transporter du plastique, je voulais le recycler. Les déchets n’existent pas vraiment, il n’y a que des matières usagées. C’est sur ce principe qu’a été fondé Neo-Eco en 2008. Nous avons commencé par élaborer des processus de tris de déchets d’origine industrielle ou minérale : des sédiments, de la terre, du plastique, du bois, etc. On nous demandait de trier des choses, mais je me suis aperçu qu’il y avait peu de caractérisations précises des matériaux alors que celles-ci rendent les processus industriels bien plus efficaces.

A l’époque en France, peu de stratégies de tri poussées étaient déployées. La base de plastique triée partait presque toujours en Chine. Dans ce contexte pourquoi ne pas développer des écoproduits locaux ? Il y a 12 ans c’était assez novateur, même le terme « économie circulaire » n’existait pas ! Nous avons donc développé les premiers écoproduits, en particulier avec Castorama, pour réinjecter des matières usagées dans des produits de tous les jours en substitution de matières premières d’origine extractive. Nous avons travaillé avec des instances telles que les DREAL pour permettre à nos produits de sortir du statut de déchets et les normer pour les usages visés.

Notre mission est de donner une nouvelle vie aux matières usagées. Nous avons développé plus de 300 écoproduits et écomatériaux depuis la naissance de notre entreprise. La Société du Grand Paris et son département innovation nous ont fait confiance pour étendre cette approche spécifiquement à la gestion des déblais.

Neo-Eco grandit et recrute régulièrement. L’équipe partage un engagement environnemental fort. Pragmatique elle ne perd pas de vue que l’économie circulaire se doit de proposer des modèles économiques plus performants que les pratiques actuelles si elle veut avoir une chance de les faire évoluer. C’est par exemple le cas pour la Société du Grand Paris, valoriser les déblais coûte moins cher que de les mettre en centre de stockage.

Nous avons choisi un mode de développement prévoyant la création régulière de startups pour travailler sur de nouvelles opportunités de valorisations. Neo-Eco se concentre sur le développement de nouvelles solutions d’économie circulaire. Lorsqu’une solution innovante présente une opportunité suffisamment grande, nous cherchons un porteur de projet que nous accompagnons techniquement, administrativement et financièrement pour la déployer. A ce jour nous en sommes à la 14ème entité créée et plus de 200 emplois générés. Nous sommes fortement impliqués dans la vie du Réseau Entreprendre Nord pour aider des entrepreneurs à émerger dans une économie collaborative.

2 – QUELLES SONT VOS MISSIONS POUR LA RÉALISATION DU GRAND PARIS EXPRESS ?

Nous construisons une filière de valorisation des déblais pour les transformer en écomatériaux. Nous avons établi une caractérisation très précise des 11 grandes typologies de terres et sols traversés par le nouveau métro. Tels cailloux ne pourraient-ils pas servir à faire du béton, par exemple ? Nous préparons les matériaux excavés afin qu’ils puissent intégrer les recettes d’écomatériaux et surtout nous les réinsérons dans différents chantiers de la Société du Grand Paris qui montre l’exemple en réutilisant ses propres déblais pour construire le Grand Paris Express. Des collectivités commencent à privilégier l’utilisation de ces matériaux alternatifs pour les réinsérer et profitent de l’arrivée du métro pour réaliser de nouveaux aménagements. Et nous facilitons l’ensemble des démarches : caractérisation, reformulation, mise à disposition des maîtrises d’ouvrage, aides aux maîtrises d’œuvre à rédiger les cahiers des charges. Nous décloisonnons et nous facilitons la communication entre les structures. En aidant à modifier le cahier des charges, nous contribuons à former la boucle d’économie circulaire. Tout le monde est présent, nous facilitons l’utilisation des matériaux alternatifs par les acteurs de la chaîne de construction. Nous l’utilisons dans les routes, les grands aménagements et dans l’industrie. Nous sommes en train de développer 80 écoproduits qui sont à disposition de l’ensemble des donneurs d’ordre dans les prochaines années.

3 – COMMENT AVEZ-VOUS TRAVERSÉ LES DERNIERS MOIS ?

Plutôt bien car nous sommes une équipe déjà habituée à fonctionner de manière autonome. Nous étions déjà complètement digitalisés, certains d’entre nous  n’ont même pas de bureaux ! Nous les avons bien vécus aussi parce que beaucoup de monde s’est intéressé à l’économie circulaire avec cette crise. Nous sommes aujourd’hui en forte croissance.

4 – COMMENT ABORDEZ-VOUS LES PROCHAINS MOIS ?

La crise actuelle est un électrochoc. On a compris que le monde d’après devra être plus local et circulaire. D’ailleurs, la Société du Grand Paris a anticipé ce monde d’après, l’approche de valorisation innovante des déblais du Grand Paris Express fera référence et contribuera à changer les pratiques en rayonnant sur d’autres grands projets d’aménagement du territoire. Nous développons des solutions innovantes de valorisation depuis la création et nous prévoyons une forte accélération de notre déploiement dans les prochaines années.

5 – UN MESSAGE QUI VOUS TIENT À CŒUR ET QUE VOUS AIMERIEZ PARTAGER AVEC TOUTES LES TPE ET PME QUI TRAVAILLENT ACTUELLEMENT SUR LE CHANTIER DU NOUVEAU MÉTRO ?

Merci à la Société du Grand Paris d’avoir fait confiance à des PME ! Certains auraient pu croire que c’était un mastodonte difficile à faire bouger. Au contraire cela a été très facile de travailler ensemble, on y retrouve la même agilité que dans une PME. Je ne peux qu’encourager les PME à candidater, avec leurs compétences, pour travailler avec elle. Disposer de la référence « Société du Grand Paris » apporte une forte crédibilité. D’ailleurs, nous espérons nous développer à l’international par la suite...

Christophe Deboffe, fondateur de Neo-Eco