Portrait de Nasser Mehiris, facilitateur clauses sociales

La barre des deux millions d’heures en insertion vient d'être franchie sur les chantiers du Grand Paris Express Afin de faciliter le recrutement des personnes éloignées de l’emploi sur les chantiers, la Société du Grand Paris s’appuie sur des facilitateurs des clauses sociales des collectivités concernées par le nouveau métro. L’un d’entre eux, Nasser Mehiris, référent territorial sur le tronçon Est des lignes 15 Sud et 16 à la Maison intercommunale de l’Insertion et de l’Emploi (M2IE), qui travaille en étroite collaboration avec la Communauté d’Agglomération Paris – Vallée de la Marne, nous parle de cette mission centrale.

Quel est le rôle du référent territorial dans le processus d’insertion des personnes éloignées de l’emploi sur les chantiers du Grand Paris Express ?

Le référent territorial sert d’interface entre la Société du Grand Paris, les entreprises de travaux, les structures d’insertion par l’activité économique (entreprises de travail temporaire d’insertion, ateliers et chantiers d’insertion, etc.), les prescripteurs (Pôle emploi, les missions locales…) et éventuellement d’autres partenaires comme la DIRECCTE (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi). Il est le garant de la répartition en quantité et en qualité des candidats en insertion ou des heures d’insertion. Il faut éviter, par exemple, qu’il y ait uniquement des agents d’entretien de base vie sur un territoire et que des assistantes administratives sur un autre. L’objectif est vraiment de répartir les candidats de façon équitable, ce qui n’est pas toujours simple car nous n’avons pas tous les mêmes quotas d’heures à attribuer.

Notre fonction première est donc de faire le lien entre les personnes éloignées de l’emploi et l’entreprise. Pour ce faire, nous prenons en compte les besoins des employeurs et nous présélectionnons les candidats éligibles en fonction de leur parcours, en valorisant des points particuliers de leur C.V. si besoin. Si les profils que nous avons à disposition ne correspondent pas aux offres d’emploi en cours, nous négocions auprès des entreprises pour voir s’il est possible de mettre en place une formation ou un système de tutorat pour les personnes en RQTH (reconnaissance de la qualité du travailleur handicapé). Notre travail doit aboutir à un engagement gagnant – gagnant : les entreprises recrutent de nouveaux collaborateurs qui répondent à leurs exigences en termes de savoir-faire et de savoir-être, les personnes en insertion rejoignent un environnement qui leur correspond et les motive. Elles sont ainsi plus assidues et fiables sur la durée.

Au fil des années, nous tentons de faire évoluer les mentalités des entreprises. Nous insistons par exemple sur la montée en compétences des candidats et l’ouverture de certains postes aux femmes. Les emplois en insertion proposés par NGE sur la ligne 16 et le groupement Colas Rail / Alstom sur la ligne 15 incluent aussi des fonctions support, comme assistant équipe projet ou des postes plus administratifs dans le secteur des ressources humaines. Aujourd’hui, l’insertion reste encore trop assimilée à ce qu’on appelle le « saupoudrage », à l’agent d’entretien que l’on embauche un mois par-ci, un mois par-là. Nous essayons donc de faire tomber certains préjugés en privilégiant notamment les parcours longs, qui sont justement majeurs sur les chantiers du Grand Paris Express, le volume d’heures consacrées à l’insertion étant conséquent et les postes plus qualifiés.

En quoi la démarche de la Société du Grand Paris est-elle spécifique ?

Outre les nombreux emplois qu’elle génère sur ses chantiers  - et qui représentent la moitié des offres que nous gérons aujourd’hui à la M2IE -, elle apporte un soutien financier à chaque établissement public territorial et aux communautés d’agglomération dans le cadre des conventions qu’elle a passées avec les territoires.

De manière plus générale, travailler sur le programme d’insertion de la Société du Grand Paris est aussi une expérience très enrichissante pour les facilitateurs clauses sociales. En effet, nous sommes tous amenés à collaborer ensemble quel que soit notre territoire d’appartenance. Une démarche partenariale faite d’échanges et d’échange de pratiques s’est progressivement mise en place entre nous. Le métier de référent territorial est assez technique. Il demande des connaissances juridiques et opérationnelles pointues. En ce qui me concerne, je suis un jeune facilitateur car je travaille sur cette clause d’insertion depuis deux ans seulement. Grâce à ce fonctionnement, je bénéficie de l’expertise des plus anciens. De la même manière, je vais prochainement faire part de mon expérience à une nouvelle venue dans l’établissement public territorial Paris Est Marne et Bois qui souhaite voir comment cela se passe sur nos lignes. À terme, cette entraide va permettre l’harmonisation des procédures d’insertion dans chaque territoire, puis, nous l’espérons, dans toute l’Île-de-France.

Plus de deux millions d’heures ont déjà été effectuées sur les chantiers du Grand Paris Express depuis le lancement des travaux. Que représente pour vous ce chiffre symbolique ?

Une grande fierté ! Changer la vie des gens donne du sens à notre travail. Nous leur permettons de sortir de la difficulté, d’être plus épanouis… Grâce à notre intervention, les entreprises réalisent qu’elles peuvent compter sur ce public en insertion, principalement composé de chômeurs longue durée, de jeunes de moins de 26 ans sans qualification, des allocataires du RSA ou encore de personnes en RQTH. Elles prennent finalement conscience que, grâce à l’insertion, elles peuvent trouver des salariés aussi motivés et compétents que ceux qu’elles recrutent via un circuit classique. Cela peut ensuite impacter, dans le bon sens, la gestion de leurs ressources humaines.

Personnellement, je garde toujours à l’esprit la féminisation de la clause, mais aussi la montée en compétences. En cela, évoluer dans le BTP est gratifiant pour nous comme pour les candidats car les chantiers favorisent les missions longues. La majorité des personnes dont je me suis occupé ont commencé en intérim d’insertion, puis ont signé un CDI de chantier. Dès le départ, je leur fais comprendre que l’aventure ne s’arrête pas une fois le chantier terminé. Quand les travailleurs sont opérationnels, tout l’intérêt pour les entreprises de travaux est de continuer avec eux sur d’autres opérations, quel que soit leur parcours. Les besoins de main d’œuvre sont constants dans ce secteur, ce qui offre de bonnes perspectives sur le long terme.

Nasser Mehiris, facilitateur clauses sociales