Samuel Citron, directeur de l'Agence Pôle emploi de Saint-Ouen

En septembre 2018, on recensait 4000 salariés  sur les chantiers du Grand Paris Express. Avec le lancement des travaux de génie civil sur la ligne 16, les opportunités d’emploi vont se multiplier  en Seine-Saint-Denis. Dans cette perspective, nous avons posé trois questions à Samuel Citron, directeur de l’agence Pôle emploi de Saint-Ouen, que nous avons rencontré lors d’un « jobdating » sur le chantier de l’ouvrage Finot, situé à quelques mètres de la future gare Saint-Denis Pleyel.

En septembre, plus de 600 personnes travaillent déjà sur les chantiers de la ligne 16, en Seine-Saint-Denis. Comment Pôle emploi répond-il aux besoins de recrutement pour les travaux du nouveau métro ?

L’agence de Saint-Ouen est la clé d’entrée pour les offres d’emploi proposées par Eiffage Génie Civil, qui pilote le groupement d’entreprises pour le lot 1 de la ligne 16. Nous sommes  en charge de leur diffusion et de leur sourcing sur le territoire de Plaine Commune, où nous travaillons également avec des partenaires sur l’ensemble des opportunités liées au Grand Paris, mais aussi au secteur du BTP. Nous nous appuyons également sur les ressources des autres agences Pôle emploi du département, notamment celle d’Aulnay-sous-Bois, tête de pont pour le territoire de Paris Terres d’Envol. Il existe beaucoup de dispositifs d’accompagnement des jeunes sur le territoire de Seine-Saint-Denis, mais chaque structure fonctionne en silo. Cela crée un effet « millefeuille » qui, au final, rend  l’accès à l’emploi plus ardu. Notre action est donc de simplifier et de raccourcir les circuits afin que les bénéficiaires potentiels puissent y accéder plus facilement.

Les chantiers sont-ils des supports efficaces pour appuyer votre action ?

Beaucoup d’habitants passent encore devant les chantiers sans savoir ce qui s’y passe. Parmi eux, il y a probablement des personnes en recherche d’emploi qui pourrait être intéressées par l’opportunité de rejoindre le secteur du BTP. C’est tout l’intérêt des jobdatings auxquels nous participons. Les séquano-dionysiens font partie des salariés les plus mobiles d’Île-de-France. 85% travaillent en dehors de leur département, principalement à Paris et dans les Hauts-de-Seine. Il y a très clairement un vivier de compétences pour les entreprises qui souhaitent offrir des carrières, d’où l’importance des réunions de sensibilisation que nous organisons en présence d’Eiffage et des maisons de l’emploi de Plaine Commune, centrées sur les opportunités du moment.

Par rapport aux autres domaines d’activité, quelles sont les spécificités du secteur du BTP ?

Nous avons très peu de chefs de chantier ou de conducteurs de tunnelier dans nos portefeuilles.  Pour trouver de la main d’œuvre, nous devons nous intéresser davantage aux compétences et au développement de parcours. Nous regardons si les candidats ont des expériences transférables. Cela demande d’établir un diagnostic, mais aussi de bâtir un échange. Il n’y a pas de public-type pour les postes à pourvoir dans le BTP : la formation et l’adaptation jouent alors un rôle clé. Le chantier du Grand Paris Express apporte indéniablement beaucoup d’opportunités d’emplois dans un secteur en perte de vitesse, mais ce besoin de main-d’œuvre accentue paradoxalement la tension. Il y a des dizaines de postes disponibles, ce qui signifie que les gens devraient être en emploi. Il faut donc travailler avec eux sur du long terme et les sensibiliser aux différents métiers qui pourraient leur être accessibles.  Valoriser ces métiers, qui sont par exemple avantageux sur le plan financier, mais physiquement très exigeants, est aussi très important. L’enjeu, pour les entreprises, ce n’est pas seulement de recruter, mais de fidéliser les salariés. Cela suppose aussi d’adapter progressivement les postes de travail.

Samuel Citron, directeur de l'agence Pôle emploi de Saint-Ouen