Laurent Le Bon, président du musée national Picasso-Paris

Inscrite au cœur du projet du Grand Paris Express, l’ambition artistique et culturelle de la Société du Grand Paris se traduit, entre autres, par la création d’œuvres d’art pérennes dans ses 68 gares. Chargés de leur donner vie, des tandems artistes – architectes, supervisés par des personnalités engagées dans les domaines de l’art et de la culture. Parmi elles, Laurent Le Bon, président du musée national Picasso-Paris.

« L’exposition Kandinsky qui s’est tenue en 1984 au Centre Georges Pompidou a été mon premier choc artistique. J’avais 15 ans. Petit à petit, l’art est devenu une passion envahissante. » Président du musée national Picasso-Paris depuis six ans, Laurent Le Bon n’est pas un conservateur du patrimoine comme les autres. Impressionnant, riche et atypique, son parcours professionnel animé en dit long sur son envie constante de casser les codes : « De nombreux collègues passent toute leur vie dans un bureau à faire des recherches sur une période donnée, un artiste ou un médium en particulier. Je leur voue une grande admiration. Pour ma part, je fais l’exact inverse. Je butine, je vais de fleur en fleur. J’aime gambader, aller sur les chemins de traverse. » Des chemins de traverse qui le conduisent aujourd’hui à croiser le tracé du nouveau métro.

LA COMMANDE ARTISTIQUE, UN COMPLÉMENT D’ÂME POUR LE CHANTIER

Résumer son parcours à sa fonction de conservateur au Centre Georges Pompidou et à sa position de directeur du Centre Pompidou-Metz puis du Musée Picasso reviendrait à réduire l’œuvre de Pablo Picasso au cubisme. Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, de l’École du Louvre et de l’Institut National du Patrimoine, Laurent Le Bon a d’abord exercé à la Délégation aux arts plastiques du ministère de la Culture : « J’étais inspecteur de la création, un titre étrange, qui faisait un peu peur ! Bien entendu, je ne mettais pas de note aux créations… J’étais chargé de conserver un patrimoine important dans le cadre de la relance de plusieurs commandes publiques. »

Une fonction qu’il revisite aujourd’hui avec son implication dans le projet artistique du Grand Paris Express : « Le basculement d’une œuvre dans l’espace public est toujours un moment fascinant. Elle devient accessible à tous. Mais ce qui compte, c’est l’inscription dans la durée. Ces commandes artistiques constituent un complément d’âme pour ce gigantesque chantier. Il faut donc être vigilant et penser à 10, 20 ou 30 ans pour ne pas décevoir les passants et autres passionnés qui, j’espère, viendront voir cet ensemble d’œuvres unique au monde. »

UNE PHOTO DE LA CRÉATION CONTEMPORAINE

Conscient qu’il participe à la création de l’identité du Grand Paris Express, Laurent Le Bon pose un regard anticipateur sur les œuvres qui orneront les gares du nouveau métro : « Il y en aura fatalement qui plairont moins que d’autres. Certaines vont susciter l’enthousiasme, les plus originales seront sûrement à l’origine de nombreux débats… Une chose est sûre : elles constitueront un archipel, une constellation. Elles seront une photo de la création contemporaine à un instant T. Tous les acteurs impliqués veillent fondamentalement à ce qu’il y ait du plaisir pour tous et qu’un équilibre général au niveau des tendances esthétiques soit respecté. » Un équilibre dont il se doit d’être garant de par son expertise. 

Et quand on lui demande justement en quoi consiste le métier de conservateur du patrimoine, Laurent Le Bon répond simplement : « Nous sommes des passeurs au service de l’art et des artistes, à l’écoute de ce monde qui nous fait rêver. C’est un métier passion, une sorte de trait d’union entre les artistes et le public. » En tant que commissaire associé à la direction artistique et culturelle du Grand Paris Express, assurée par José-Manuel Gonçalvès, il fait aussi office de relai entre les acteurs investis dans le projet : « Le suivi des tandems artistes – architectes est un accompagnement au long cours. Il faut imaginer un bateau et un équipage, composé des maîtres d’œuvre, des architectes, des ingénieurs, des artistes… Lors des réunions, la mission des commissaires est de mettre du liant, de faire en sorte que des univers différents se comprennent mieux. »

TANDEMS ET EFFET MIROIR

Aujourd’hui commissionné par la direction artistique et culturelle du Grand Paris Express, Laurent Le Bon revêt un costume d’expert plus traditionnel en accompagnant le travail de deux tandems artistes – architectes : « Je collabore avec l’architecte Marc Barani sur deux projets. Le principe était, avant toute chose, d’écouter et de comprendre ce qu’il voulait faire, puis de l’associer à deux artistes, en l’occurrence Tatiana Trouvé pour la gare Bagneux et Stéphane Thidet pour le Centre d’exploitation de Vitry. C’est très amusant, car ce sont deux œuvres complètement différentes. Celle de Bagneux se trouve à l’intérieur de la gare et est réalisée par une femme, la seconde est à l’extérieur du bâtiment, conçue par un homme. Cet effet miroir me plaît beaucoup. » 

Travail d’architecture troglodyte, l’œuvre de Tatiana Trouvé donnera l’impression de pénétrer dans une immense caverne où la lumière du jour disparaît au fur et à mesure que l’on pénètre dans la gare. « Jeu entre le rêve et la réalité, cette réalisation aura quelque chose de fantasmé, comme si un vent de folie avait traversé la gare. Plus simple, l’installation de Stéphane Thidet sera plus poétique, mais beaucoup plus imposante. Comme le site est inaccessible au public, elle donnera assurément une force extérieure au bâtiment. La nuit, ce filament, éclairé par l’énergie récupérée des trains à l’arrêt, se verra de loin et questionnera le paysage dans son ensemble. L’année à venir sera principalement consacrée à la réflexion sur la conservation des matériaux dans l’espace public. Ceux-ci seront importants dans la mesure où le paysage minéral de Tatiana Trouvé pourra être traversé, expérimenté. Cela me rappelle d’ailleurs l’œuvre de Marcel Duchamp, Prière de toucher ». Un chef-d’œuvre pour Laurent Le Bon.

Retrouvez ici l'intégralité de notre « Grand Paris, grand portrait » consacré à Laurent Le Bon.

Laurent Le Bon, président du musée national Picasso-Paris