Le 7 juin, les Ateliers Médicis inaugurent leur premier lieu éphémère à Clichy – Montfermeil. Une nouvelle étape dans la mutation urbaine à laquelle participe le Grand Paris Express. Interview de l’auteur de BD Julien Revenu, qui connaît bien le lieu.

Clichy – Montfermeil poursuit sa mue. Sur le chantier du nouveau métro, les équipes finalisent le remblaiement du terrain où se dressait il y a quelques mois encore la tour Utrillo. Dans quelques mois, les travaux de génie civil débuteront, marquant une étape décisive de la construction de la gare et de la transformation de ce territoire de Seine-Saint-Denis, qui compte sur l’arrivée de la ligne 16 pour trouver toute sa place au sein de la métropole.

 

Julien Revenu est l’un des témoins de cette mutation. Durant dix mois, cet illustrateur a été pensionnaire des Ateliers Médicis, qui, le 7 juin, inaugurent son premier bâtiment éphémère. La « banlieue », le « 9.3 », il les connaît bien. Jusqu’à ses vingt ans, il a vécu à Livry-Gargan. Il a réalisé une bande dessinée intitulée Barres et Pavillons où il retrace avec humour les mutations urbaines. Cela faisait 15 ans qu’il n’était pas retourné sur place.

Quinze ans après, quel regard portez-vous sur Clichy – Montfermeil et sa rénovation en cours ?

Je me méfie des opérations de rénovation. Parfois, on change l’emballage de la pauvreté, en faisant des plus petites barres en faisant croire que les problèmes sont réglés. Mais, en revenant à Clichy-Montfermeil, j’ai eu l’impression que changer l’image du quartier participait au changement de l’image que les gens avaient d’eux-mêmes. Ne plus avoir le sentiment d’un quartier où tout est moche et dégradé a un impact positif sur l’estime de soi.


Un changement que vous retrouvez aussi dans les transports ?

Différentes populations, qui ne se mélangent pas dans la vie, se retrouvent ensemble à emprunter les mêmes moyens de transports. Ce sont donc des lieux qui méritent d’être bien pensés, car ils appartiennent à la fois à tout le monde et à personne. Cela n’a pas toujours été le cas. Les transports en commun sont des lieux possibles de violence en banlieue. Les délinquants rackettent rarement leurs voisins de palier… Personnellement, j’en avais gardé un mauvais souvenir.  Tout n’est pas forcément réglé, mais, aujourd’hui, les rames de RER, les gares que j’avais connues, ont disparu ou ont été rénovées. Les nouvelles rames du RER B sont belles. Et il y a le nouveau métro qui arrive…

L’insuffisance des transports est aujourd’hui, selon vous, le principal problème dans les banlieues ?

C’est le problème numéro 1, et c’est d’ailleurs le fil rouge de ma réflexion sur la banlieue. S’ils sont défaillants ou insuffisants, on se retrouve avec l’enclavement de certains quartiers et la sectorisation de certaines villes. On a, d’un côté, d’immenses quartiers pauvres, et, de l’autre, d’immenses quartiers riches. La vérité, c’est que les gens veulent vivre à côté de ceux qui leur ressemblent, qui ont les mêmes centres d’intérêt. Donc il faut trouver un moyen de fragmenter un peu plus les poches d’entre soi et mieux répartir si on veut faire baisser les tensions. L’exemple de certaines métropoles de province le démontre bien : en désenclavant certains quartiers difficiles, on favorise le vivre-ensemble dans l’ensemble de la métropole.

Comment percevez-vous l’arrivée du Grand Paris Express ?

L’idée du Grand Paris Express, avec des lignes en rocade permettant d’aller de banlieue à banlieue, est très belle. Avant, ça n’existait pas : il fallait forcément passer par Paris. Quand vous étiez du 93 et que vous sortiez avec une fille du 91, c’est comme si elle vivait en Bourgogne !

Par ailleurs, il faut aussi réfléchir à une échelle plus petite, plus humaine. Aujourd’hui, dans des quartiers comme ceux de Clichy, l’échelle de la communauté dure le temps de l’adolescence. Mais pas après. Faute de travail sur place, il n’y a rien pour les faire vivre économiquement, ce qui fait que la ville se vide la journée, quand tout le monde part travailler à Paris. Idéalement, il faudrait que les gens puissent avoir à la fois leurs amis, leur famille mais aussi leur travail au cœur de leur ville. Sinon, c’est le règne de l’anonymat, un phénomène qui fait des ravages dans les grandes métropoles.

Comment les Ateliers Médicis s’insèrent-ils dans le panorama de Clichy – Montfermeil ?

La banlieue reste trop souvent triste. Quand les enfants et les adolescents sont à l’école et que les adultes travaillent loin, la ville semble un peu dépeuplée. Il n’y a pas grand-chose à y faire, pas beaucoup de lieux de socialisation. Ce n’est pas comme le centre-ville d’une ville moyenne en province. Il ne se passe pas grand-chose  en semaine. Vous venez dans le centre-ville d’une ville de la même taille en province, il y a des gens partout, ça fourgonne, y a des gens en terrasse, ça fait des achats, etc. En banlieue, on n’assiste pas beaucoup à de telles scènes quotidiennes.
C’est dans ce contexte que les Ateliers Médicis peuvent beaucoup apporter à Clichy-Montfermeil. Et j’aimerais aussi que Clichy-Montfermeil apporte aux Ateliers. Il y a une très belle fusion à opérer entre ces deux univers qui restent encore un peu éloignés. Le rapprochement a déjà commencé car dans la deuxième session d’artistes et de chercheurs associés, il y a déjà des productions de l’ordre de l’hybridation pour plaire aux habitants de Clichy et à ceux de Paris. Mais ça prend du temps.

Julien Revenu - auteur de bande dessinée