Cécile Villette, dirigeante d'Altaroad


Chaque semaine, et pendant tout l’été, la Société du Grand Paris donne la parole à un dirigeant de TPE et PME intervenant dans la conception ou la réalisation du Grand Paris Express. Aujourd'hui, interview de Cécile Villette, dirigeante et co-fondatrice d'Altaroad.

1 – POUVEZ-VOUS NOUS PRÉSENTER VOTRE SOCIÉTÉ ?

Altaroad, start up composée d’une quinzaine de personnes, est née en laboratoire, fin 2017. La technologie que nous exploitons vient de l’Ecole Polytechnique, du CNRS et de l’Université Gustave Eiffel. Bérengère Lebental, co-fondatrice d’Altaroad, est chercheuse au sein de ces trois structures. Elle a breveté un capteur à placer sur ou dans la route, qui mesure la façon dont elle se déforme au passage des véhicules.  Quand on installe tout un réseau de capteurs sur une zone, on arrive à déterminer précisément les véhicules qui passent, leur poids, leur trajectoire, l’empreinte de leurs pneus, ce qu’ils transportent…

Au départ, ce système avait pour vocation de rendre les villes plus durables. Nous partions du principe qu’en mesurant mieux, il était possible d’améliorer plusieurs paramètres, dont la gestion et la maintenance des routes, ainsi que les flux de poids lourds. En les chargeant mieux, on peut réduire leur nombre en circulation et, dans le même temps, optimiser les coûts d’essence. Puis la notion de traçabilité de leur contenu s’est rapidement imposée. Elle est devenue un enjeu majeur dans le BTP, et notamment pour la Société du Grand Paris.

2 – QUELLES SONT VOS MISSIONS POUR LA RÉALISATION DU GRAND PARIS EXPRESS ?

Ce sont justement la problématique de l’économie circulaire et la volonté de traçabilité du contenu des camions qui nous ont conduits à collaborer avec la Société du Grand Paris. Quand on sait d’où les véhicules partent et ce qu’ils transportent, on peut mieux quantifier ce qui sort des chantiers et quel pourcentage peut être valorisé derrière. Ces nouvelles normes ont imposé aux sites de travaux de peser les poids lourds chargés avant leur départ du chantier et de tracer toutes les terres dans un système informatique. Comme on parle ici de chantiers urbains, et donc contraints, les grands ponts à bascule ne sont que très peu adaptés, tout comme les systèmes de pesée directement embarqués dans les engins, qui ne sont ni pratiques, ni très fiables. Nos capteurs ont l’avantage de s’installer partout, rapidement et ils enregistrent les données aussi bien à l’entrée qu’à la sortie des chantiers.

Nous avons actuellement plusieurs contrats en cours avec la Société du Grand Paris. Ils concernent la ligne 15 Sud, principalement des ouvrages annexes situés à Champigny-sur-Marne, Noisy-le-Grand et Villiers-sur-Marne. Des demandes sont déjà en cours pour une intervention sur davantage de sites. Le fait de travailler sur le chantier du Grand Paris Express, très visible, de par sa taille, sur le plan national, mais aussi européen, nous a aidés à décrocher des contrats avec d’autres entreprises. En matière de traçabilité, la Société du Grand Paris a imposé de nouveaux standards dans l’industrie du BTP. Ses chantiers sont devenus un cas d’école et notre compétence est aujourd’hui de plus en plus recherchée dans les appels d’offre, même pour de petits ouvrages. Face à ce constat, nous avons d’ailleurs recruté des commerciaux avec des profils orientés BTP. Cela nous permet de bien nous positionner dans ce secteur en France, mais aussi en Europe, où les déchets sortis par le BTP représentent environ 850 millions de tonnes par an.

3 – COMMENT AVEZ-VOUS TRAVERSÉ LES TROIS DERNIERS MOIS ?

Le dispositif de chômage partiel mis en place par le gouvernement a été le bienvenu car tous les chantiers sur lesquels nous travaillions se sont arrêtés pendant le confinement. Quand ils ont redémarré, nous avons d’emblée été impliqués pour prendre part au process de dématérialisation des flux, puisque notre solution permet aussi de réduire les échanges physiques. Nous avons alors développé des fonctionnalités additionnelles permettant de réduire davantage le contact. Quand l’activité a repris, nous avons également constaté une accélération des demandes de la part de nos partenaires. Il y a deux explications à cela : d’une part, ils commencent à voir les nombreux bénéfices de notre système. D’autre part, la volonté de digitalisation et de dématérialisation des données a été renforcée par cette crise sanitaire.

4 – COMMENT ABORDEZ-VOUS LES PROCHAINS MOIS ?

Nous sommes activement en train de répondre à toutes les demandes que nous avons reçues ces derniers mois. En parallèle, nous revoyons notre organisation de manière à moins dépendre de certains partenaires et fournisseurs qui ont ralenti notre production pendant le confinement. Cela nous permettra d’être moins bloqués en cas de deuxième vague.

5 – UN MESSAGE QUI VOUS TIENT À CŒUR ET QUE VOUS AIMERIEZ PARTAGER AVEC TOUTES LES TPE ET PME QUI TRAVAILLENT ACTUELLEMENT SUR LE CHANTIER DU NOUVEAU MÉTRO ?

Comme le disait Nelson Mandela : « Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends ». Nous sommes plutôt dans le même état d’esprit. Pour les start up, et pour les PME de manière générale, tout l’enjeu est de passer par des phases d’apprentissage très rapides pour s’améliorer et s’adapter aux besoins des clients.

Cécile Villette, dirigeante et co-fondatrice d'Altaroad