La Société du Grand Paris a noué un partenariat avec Capital Filles, une association qui propose d’accompagner les lycéennes dans leurs choix d’orientation. Il s’agit de combattre les stéréotypes liés aux métiers et d’encourager les jeunes filles à ne pas céder au phénomène d’autocensure.

La marraine, Laurence Guillon, et sa filleule, Imane

Aux débuts de sa vie professionnelle, Laurence Guillon était souvent la seule femme autour de la table. C’était il y a une vingtaine d’année et les femmes n’étaient pas légion dans les métiers du bâtiment. Elle est aujourd’hui cheffe de mission des gares et de la ville à la Société du Grand Paris, et a récemment tourné la page de dix années d’engagement politique et citoyen sur sa ville. « Je voulais poursuivre dans quelque chose de concret, qui ait du sens et qui me permet de me sentir utile », souligne-t-elle. Elle a découvert le partenariat, passé en 2020, entre la Société du Grand Paris et Capital Filles. Cette association accompagne les jeunes filles des quartiers de politique de la ville (et des zones rurales) dans leur orientation professionnelle. Une ambition qui résonne à la Société du Grand Paris, qui encourage dès lors ses collaborateurs à s’y engager. L’ensemble de cette démarche s’inscrit dans la lutte contre les discriminations sociales et territoriales, un axe au cœur de la loi du 3 juin 2010 qui fonde le Grand Paris.

Débrider ses envies


Aujourd’hui encore, beaucoup de jeunes filles s’autocensurent. À l’heure des choix d’orientation, un passage essentiel et délicat, des adolescentes manquent parfois de confiance, de modèles féminins dans leur entourage, de réseaux ou, simplement, de conseils avisés. « Nous sommes nombreuses à la Société du Grand Paris, raconte Laurence Guillon. Nous montrons aux jeunes filles qu’être une femme n’empêche pas de rejoindre un grand projet d’aménagement, dans un secteur qui est plutôt perçu comme un milieu d’hommes. Au cours de ma présentation dans un lycée, je leur ai dit  "n’ayez pas peur, nous avons notre place, nous sommes des femmes  et on y arrive ! " »

Lancé à la rentrée 2020, le partenariat entre la Société du Grand Paris et Capital Filles mobilise déjà une quarantaine de collaborateurs, marraines et délégués, au sein de la maîtrise d’ouvrage du nouveau métro. Peu avant la Journée internationale des droits des femmes du 8 mars, Laurence Guillon rencontre enfin sa filleule, Imane, une élève de Terminale qui vit à Aulnay-sous-Bois. Cela faisait deux mois que la pandémie les maintenait à distance l’une de l’autre. En face-à-face, elles poursuivent le fil de leurs conversations qu’elles avaient entamées par messages et coups de fil réguliers. Laurence Guillon lui montre les chantiers du nouveau métro sur lesquels elle travaille : la preuve que les femmes y ont toute leur place. Toutes deux parlent lettres de motivation et confiance en soi. La professionnelle prodigue des conseils à la lycéenne pour éclairer ses choix. Elle ne doit brider ni ses envies ni son ambition. 

Quand le lycée d’Imane, partenaire de Capital Filles, a proposé aux élèves d’intégrer le dispositif, la jeune fille s’est tout de suite portée volontaire. Dans la dernière ligne droite avant les études supérieures, elle dispose désormais d’une marraine investie, qui s’ajuste précisément à son profil.  Elle a découvert que cette marraine travaille sur le Grand Paris Express et qu’elle-même vit à côté d’une future gare, Aulnay, sur la ligne 16. La problématique du nouveau métro, ça lui parle, elle qui a effectué un stage à la SNCF. « Je pense qu’on nous a mises ensemble car Laurence a fait des études d’architecture, raconte Imane. Et moi, j’aimerais beaucoup devenir architecte ou travailler dans le design ». La jeune fille aime le dessin et les enfants, elle aimerait passer son Bafa… Elle déborde de questions sur son orientation et s’interroge déjà sur la formulation de ses lettres de motivation. « J’ai des parents qui m’aident, mais ils ne s’y connaissent pas bien… Et Laurence, sans aucun jugement, m’apporte des conseils parfaitement objectifs ». Laurence Guillon lui conseille ainsi de laisser sa timidité au placard. « Ma lettre doit montrer que je suis déterminée et que j’ai vraiment envie d’intégrer l’école », affirme Imane. 

Un duo qui roule

Laurence Guillon, dont la fille est récemment passée par là, est parfaitement au fait de la procédure de Parcours Sup et des astuces qui aideront Imane à faire ses choix. « Je lui conseille de s’inscrire aux salons d’orientation virtuels, aux journées portes ouvertes virtuelles, relate la marraine. Je veillerai aux vœux qu’elle va formuler : il faut être sûr que cela corresponde réellement aux souhaits d’Imane ». Et qu’elle ne s’interdise pas certains chemins sous l’influence des stéréotypes. C’est la première fois que Laurence Guillon est marraine et elle est ravie du premier duo qu’elle forme avec sa filleule. « Cela fonctionne bien entre nous, elle est réceptive à mes conseils et je suis attentive à ses questions. » Elle suivra Imane jusqu’à ce qu’elle soit sur les rails des études supérieures. « Si elle obtient la formation dont elle rêvait, je me dirai que j’aurai été une petite brique dans son parcours. Je suis une autre brique, à côté de ses parents et ses professeurs. » Enthousiaste à l’idée d’accompagner Imane jusqu’au bout, Laurence Guillon se dit déjà prête à réitérer son engagement auprès d’une autre lycéenne l’an prochain.

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