Le Grand Paris Express va façonner l’identité de la métropole. Avec le nouveau métro, la région Capitale connaîtra sa troisième révolution urbaine, après les travaux colossaux engagés dans Paris intra-muros au XIXe siècle et les villes nouvelles portées par Paul Delouvrier dans les années 1960. Au Pavillon de l’Arsenal, à Paris, une exposition riche et méthodique permet de saisir l’ampleur de la transformation de Paris conduite par Georges Eugène Haussmann, préfet de la Seine de 1853 à 1870.

Paris ne s’est pas fait en un jour. Mais le visage de la capitale a été modelé en moins de vingt ans, sous l’autorité de Georges Eugène Haussmann, préfet de son état. À l’époque, le propos est simple : il faut faciliter la circulation des troupes dans Paris. De grands boulevards sont tracés. Des règles sont édictées, appliquées, dupliquées. Elles vont définir les limites de la ville et son identité. À tel point que, aujourd'hui encore, lorsqu'un film est tourné dans la capitale, il suffit de quelques secondes pour raconter Paris. "Un garde-corps fait Paris", résume Franck Boutté, l’un des deux commissaires(1) de l’exposition "Paris Haussmann : modèle de ville" qui se tient au Pavillon de l’Arsenal, jusqu'au 4 juin.

Un modèle urbain pérenne

S'appuyant sur l’émergence du paysage haussmannien, l’exposition revisite ce modèle qui a perduré et a, finalement, permis une bonne acceptation de la ville par ses habitants... malgré une densité qui reste l’une des plus élevées au monde, comparable à celle de Shanghai ou Bombay. On l’aura compris : ce n’est pas une promenade historique qui nous est proposée ici, mais une démonstration implacable, une grille de lecture argumentée. Au premier étage du Pavillon de l'Arsenal, la mise en scène en îlots rappelle la structuration du Paris haussmannien : de salle en salle, le visiteur évolue dans un univers de données. L’exercice peut sembler aride au premier coup d’œil. Il se révèle passionnant et éclairant. Car les commissaires ont mené l’enquête, ils ont réussi à percer les mystères de Paris en identifiant, par exemple, le nombre d'intersections au kilomètre carré, un exercice qui met en évidence des indicateurs de "marchabilité". À coups d’algorithmes et de données vectorielles, le maillage haussmannien apparaît au grand jour, sous toutes ses facettes, dans toute son efficacité.

Des règles strictes

La démonstration passe aussi par la comparaison. Les auteurs ont ainsi scruté le coefficient d’emprise au sol du bâti ou, encore, la part de voirie accessible à moins de 400 mètres à pied, de Paris à Manille en passant par Londres, Tokyo, Naples ou New York. De même, pour faire émerger les caractéristiques intrinsèques du Paris de la fin du XIXe siècle, pas moins de 3 385 îlots de la capitale sont étudiés sous toutes leurs façades, puis classifiés. En quelques secondes, on mesure la mitoyenneté très élevée du bâti. Autre exercice, conduit non plus à l’échelle de l’îlot, mais de l’immeuble "de rapport", symbole de l’arrivée du logement collectif dans la capitale. Les règles strictes édictées par le préfet Haussmann sont détaillées, faisant émerger un rapport plein/vide de la façade autour de 50 % ; des règles mettant aussi en lumière le rôle stratégique de l’entresol, qui définit un socle urbain modulable, capable d’accueillir, au fil des années, différents usages.

Mystères et clarté de Paris

Après deux heures de visite, on sort du Pavillon de l’Arsenal un peu étourdi par tant de chiffres et de graphiques. Puis, l’œil s’attarde le long du boulevard Morland. Et apparaît alors une lecture aisée du paysage urbain et architectural, comme si nous avions enfin percé les mystères de Paris et que nous étions détenteurs de nouvelles clés pour comprendre la ville, sa complexité… sa clarté. (1) Les deux commissaires scientifiques de l’exposition sont Franck Boutté et Umberto Napolitano. (2) Une exposition à découvrir jusqu’au 4 juin 2017.