Volontariste, la Société du Grand Paris réserve une part des retombées des chantiers aux PME. Parmi les franciliennes se trouve la société Urban Environnement, qui est aussi une entreprise d’insertion. Elle a ainsi formé des personnes éloignées de l’emploi le long des futures lignes de métro.

La PME Urban Environnement sur le chantier d'Arcueil - Cachan
La PME Urban Environnement sur le chantier d'Arcueil - Cachan

L’insertion est un immense chantier. Et si le secteur de la construction représentait une solution pour répondre à ce défi ? D’un côté, on compte 70 000 emplois non pourvus en Île-de-France, en particulier dans le bâtiment. De l’autre côté, de nombreuses personnes se trouvent aux marges de la société, trop éloignées du marché du travail. Sans formation, maîtrisant parfois mal la langue française, elles ont besoin d’une main qui les guidera jusqu’à l’emploi. Cette main, Urban Environnement l’a tendue à Nadeem, réfugié politique venu du Pakistan, et qui n’avait dans ses bagages que quelques rudiments de français. Comme souvent, cela a commencé par le coup de téléphone d’une assistante sociale qui cherchait du travail pour le jeune homme. Aujourd’hui, Nadeem nous raconte comment les chantiers lui ont offert l’opportunité de s’insérer dans la vie professionnelle. Et de croiser la route du Grand Paris Express.

Formation sur le tas

Spécialisée dans la peinture et la rénovation du mobilier urbain, Urban Environnement est une entreprise presque comme une autre… A une différence près : outre ses 24 salariés, elle compte huit personnes en insertion, recrutées sans qualification. Certaines sont des travailleurs handicapés. D’autres sortent de prison, une sortie justement permise grâce à ce contrat signé chez Urban Environnement. « Pour recruter, la seule chose que je juge, c’est la motivation et l’envie de travailler en extérieur », prévient Julien Rouillier, directeur de la société. Cela fait 25 ans qu’il dirige des entreprises qui ajoutent à son bilan économique une finalité sociale.

L’objectif de réinsérer des salariés est formellement inscrit dans les statuts, la PME dispose d’ailleurs de l’agrément « entreprise d’insertion » délivré par la préfecture de Région. Urban Environnement compte même un salarié entièrement dédié à leur suivi social. Il les épaule pour obtenir des aides au logement ou monter des dossiers de surendettement. Il les aide même à rechercher un emploi en sortie de parcours après Urban Environnement. « On a un taux de sortie de 90 %, c’est-à-dire que la plupart de gens en insertion qui passent par chez nous retrouvent un emploi de salarié classique », se félicite Julien Rouillier.

Nadeem formé notamment sur les chantiers du Grand Paris Express.
Nadeem formé sur les chantiers du Grand Paris Express.

Nouvel arrivant sur le sol français, Nadeem s’est formé. Pendant deux ans, il a appris un métier, acquis des compétences et assimilé des codes propres à son secteur d’activité. Nadeem a pu compter sur la bienveillance de son instructeur, le peintre en bâtiment Jésus, aguerri à former les personnes en réinsertion. Il a accompagné une bonne dizaine de personnes qui ont ensuite été recrutées comme salariés classiques ou qui ont volé de leurs propres ailes sur les chantiers en peinture ou en électricité. « Les gens en insertion ont souvent des difficultés dans la vie quotidienne, donc on essaie de ne pas trop les brusquer », confie Jésus. Cela requiert de solides qualités de pédagogue. « Ce sont souvent des étrangers donc il faut répéter plusieurs fois : le plus dur est d’être très patient, sourit le formateur. J’essaie de l’être, même si ce n’est pas facile. Plus jeune, je pouvais m’énerver. Maintenant, j’arrive à un âge proche de la retraite, je suis plus posé, plus calme ». Jésus forme sur le tas. Il inculque aux nouvelles recrues le port systématique des EPI et les sensibilise au travail délicat sur les nacelles, à proximité des câbles électriques. « Quand un travailleur maîtrise les règles de sécurité sur un chantier, c’est un énorme atout pour son recrutement par une entreprise, assure Julien Rouillier. On est sévère sur la sécurité, on ne transige pas là-dessus ».

Jésus a vu Nadeem s’adapter et progresser. Son élève a sillonné l’Île-de-France, enchaînant des missions pour la RATP et le Grand Paris Express. Sur le chantier de la future gare Arcueil – Cachan, il a posé les palissades et des panneaux de travaux, il a effectué de la peinture de blocs béton pour les harmoniser avec les couleurs de la Société du Grand Paris. « Ici, c’est le troisième chantier du Grand Paris que j’ai fait. D’ailleurs, je passe régulièrement en RER sur cette gare-ci. Maintenant, je peux faire la peinture, l’éclairage, et même les décorations de Noël », déclare le jeune homme.

« Ce que l’on est, c’est aussi important que ce qu’on fait »

Pour l’entreprise, cette vocation sociale en faveur de l’insertion peut représenter un atout lors des appels d’offre. Elle crée d’emblée une affinité naturelle avec les maîtres d’ouvrage qui se sentent liés par la même cause. C’est ainsi que la trajectoire de cette PME a rencontré celle de la Société du Grand Paris qui veut que les travaux du nouveau métro bénéficient à la fois aux PME et à l’insertion. Les entreprises qui travaillent pour la Société du Grand Paris doivent s’engager à réserver au moins 10% des heures travaillées aux publics éloignés de l’emploi et au moins 20 % aux PME. C’est de cette manière que Urban Environnement, en sous-traitance du groupement CAP (Vinci et Spie Batignolles), a participé aux travaux de la gare Arcueil - Cachan. « Sans notre statut, on aurait peut-être eu plus difficilement accès à ce marché de la Société du Grand Paris, suppose Julien Rouillier. Ce que l’on est, c’est aussi important que ce qu’on fait ».

Cette expérience acquise sur les chantiers du nouveau métro, Urban Environnement l’a mise au service de la rénovation des abribus pour JC Decaux, des abri conteneurs à ordures pour les HLM, des ombrières dans les écoles ou du mobilier urbain de petite taille. « Grâce au démarrage avec la Société du Grand Paris, on s’est spécialisé là-dessus, on a carrément monté un département et on a 7-8 postes dont 4 en réinsertion », se réjouit le directeur.

Nadeem, lui, vient de décrocher un CDI chez Urban Environnement. « Il a fait un super parcours, je suis très content de lui, j’espère qu’ils vont rapidement le faire passer chef », lui souhaite Jésus. Il pourra alors former quelqu’un d’autre… A son tour.

Nadeem et son formateur Jésus
Nadeem et son formateur Jésus