La Fabrique du métro ouvrira ses portes au public le 15 septembre 2018 après-midi. Située au cœur d’un quartier en plein renouvellement urbain, dans le parc d’activité Valad de Saint-Ouen, elle permettra d’expérimenter et d’exposer les installations du nouveau métro. Une scénographie soignée mise en place par Giovanna Comana permet au public de passer des entrailles de la Terre et des métiers du souterrain au parvis d’une gare du Grand Paris Express. Rencontre.

Giovanna Comana donne les dernières instructions aux ouvriers et artisans qui s’affairent. Cela fait deux ans que la jeune femme officie en tant que scénographe du lieu. Ses précédentes expériences dans l’urbanité, la muséologie et l’espace semblaient la prédestiner à travailler un jour à la Fabrique du métro.

À sa sortie de l’École Politecnico di Milano, la toute jeune architecte s’est d’abord intéressée aux projets urbains. Quittant l’Italie pour la France, elle y découvre un nouveau territoire à explorer : la muséologie. Elle fait ses premières armes au Mac Val, le musée d’art contemporain de Vitry-sur-Seine. Une ville qui accueillera deux futures gares du Grand Paris Express. Giovanna poursuit dans cette voie muséale dans le cadre d’expositions au Grand Palais.

La Fabrique du métro, bien plus qu’un musée

Quand elle évoque son métier, Giovanna délimite humblement son territoire : « je ne joue pas le rôle de commissaire d’exposition à qui revient systématiquement le dernier mot ». Giovanna est scénographe, c’est-à-dire qu’elle facilite la médiation entre le visiteur et les œuvres. En clair, lorsqu’un visiteur se rend à une exposition, elle crée toute une ambiance pour contribuer à lui rendre les tableaux, les sculptures ou les maquettes accessibles.

Les expositions d’art se révèlent des cadres idoines pour explorer la notion d’espace et de tester les atmosphères dans lesquelles le visiteur déambule. Et cela tient parfois à bien peu de choses. Le simple sens par lequel on entre dans la salle d’exposition peut s’avérer déterminant. « Pour l’exposition Hooper, le tableau The house by the Railroad rendait très différemment selon qu’on le découvrait par la gauche ou par la droite, explique Giovanna. Du fait d’une très légère inclinaison, avec les points de fuite des rails au premier plan, il pouvait être complètement écrasé ». Pour faire dialoguer les œuvres entre elles, on tient compte de la couleur, de la lumière ou des matériaux. Mais dans ce travail de composition, Giovanna dispose d’une marge de manœuvre limitée. « On dispose de plus de marge de manœuvre à la Fabrique du métro que lorsqu’on expose un Picasso… », s'amuse la scénographe.

Pour autant, la Fabrique du métro n’est pas un musée. Elle présente une double balance avec deux publics distincts. Elle est certes un lieu de présentation destiné à un large public, les usagers de demain, dont des écoliers. Espace pédagogique, elle permet de faire comprendre l’évolution de nos transports et de nos villes et les réflexions ayant mené à la naissance du Grand Paris Express. Mais elle accueille aussi un public d’initiés, des maîtres d’œuvres ou des architectes qui interagiront avec le projet, l’utiliseront comme un laboratoire d’expérimentations pour le futur.

La lumière pour fil rouge

Une problématique demeure : comment présenter au public un projet en cours ? En mutant. La Fabrique du métro est une sorte de mécano géant, une boîte destinée à évoluer en permanence. Tout ce qui est présenté ici l'est à titre provisoire. Y sont exposés les matériaux, ainsi que les maquettes design et informations voyageurs. Une bibliothèque présentera les ressources numériques relatives au projet. Enfin, une salle immersive permet de se plonger en 3D dans les maquettes BIM des futures gares du Grand Paris Express. « Ça présente l’avenir mais on va progressivement assister à une bascule car la Fabrique aura aussi, demain, une fonction mémorielle », se projette Giovanna.

On a doté ce lieu d’une identité physique en lui conférant une ambiance de gare. Il s’agit de raconter le Grand Paris Express, composé de tunnels profondément enfouis sous terre et de gares très lumineuses : c’est ainsi que la lumière s’est vite imposée comme le fil rouge de la Fabrique du métro. Le parcours commence ainsi par les souterrains du métro, rappelant que 90% du Grand Paris Express sera réalisé sous terre. Puis le public remonte vers la lumière et les territoires environnants. « Les visiteurs redécouvrent ainsi de nouveaux territoires, aujourd’hui enclavés, qui deviennent de nouvelles centralités, reliée à Paris », décrypte Giovanna.

Une fois la « boîte » livrée, Giovanna ne va pas quitter le projet. Elle va assurer un suivi pour l’adapter. Avec une étape très importante : l’arrivée des maquettes. C’est ainsi que Patrick Jouin et Ruedi Baur expérimentent les mobiliers de gares et le système d’Information Voyageur à la Fabrique. L’actualité du nouveau métro se passe donc aussi dans ces nouveaux locaux. Et on n’a pas fini de la raconter.