Cet été, Enlarge Your Paris et la Société du Grand Paris marcheront main dans la main pour proposer de nouvelles balades urbaines le long du tracé du Grand Paris Express. Pour cette occasion, les deux fondateurs d’Enlarge Your Paris nous livrent leur regard sur le boom des randonnées urbaines dans la métropole. Un essor qui raconte la soif de mobilité et de découverte d’un territoire hors des sentiers battus. Suivez les guides… 

Pour penser la place du piéton dans le Grand Paris en général, et aux abords du nouveau métro en particulier, des promenades urbaines sont organisées du 19 au 30 août, sur le tracé du Grand Paris Express, pour penser la place des piétons dans le Grand Paris. Inscrivez-vous !

étape n°1 : 19 août à la gare du Parc des Expositions, Villepinte  
étape n°2 : 20 août au métro Carrefour-Pleyel, Saint-Denis
étape n°3 : 21 août à la gare de Suresnes Mont-Valerien
étape n°4 : 22 août à la gare de Versailles-Chantiers
étape n°5 : 23 août à la gare de Lozère, Palaiseau 
étape n°6 : 24 août à la gare du Pont de Rungis - Aéroport d'Orly
étape n°7 : 25 août à la station Villejuif – Louis Aragon
étape n°8 : 26 août à la gare Créteil-l'Échat
étape n°9 : 27 août à la gare Noisy-Champs (inscriptions à venir)
étape n°10 : 28 août à la gare de Chelles (inscriptions à venir)
étape n°11 : 29 août à la gare Sevran Beaudottes (inscriptions à venir)
étape n°12 : 30 août à la gare du Bourget (inscription à venir)

Ces Ateliers piétons du Grand Paris illustrent la place croissante de la marche et de la randonnée urbaine dans les déplacements, qu'ils soient liés aux loisirs ou au travail. Une belle victoire pour les pionniers d'Enlarge Your Paris, qui nous racontent ici leur périple, les embûches parfois rencontrées et les chemins de traverse.

Le Grand Paris Express, chemin faisant

Par une chaude matinée, plus de quatre-vingts randonneurs venus de toute l’Île-de-France se retrouvaient devant les palissades d’un chantier du Grand Paris Express, le long des quais du RER A à Noisy – Champs. Leur objectif ? Suivre le tracé de la ligne 15 Sud jusqu’à la gare de Saint Maur-des-Fossés, vingt kilomètres plus loin, où se trouvait un autre chantier de la Société du Grand Paris. En imaginant ce parcours, notre idée était que cette promenade urbaine permettrait de prendre la mesure du projet du Grand Paris Express, mais aussi de découvrir, ou redécouvrir, les territoires qui seront reliés par le métro. C’est ainsi qu’avec la première balade de ce Grand Paris Express piéton, les marcheurs faisaient connaissance avec :

  • le Cluster universitaire de Noisy – Champs,
  • les « camemberts » brutalistes de Noisy-le-Grand,
  • le fort de Villiers érigé en 1878 pour arrêter des Prussiens déjà passés par deux fois en soixante ans,
  • les rues ravissantes d’un vieux Saint-Maur immortalisées en son temps par Jacques Tati dans Mon Oncle.

 

Des paysages multiples

Ce même jour, alors que les kilomètres de bitume avalés sous un soleil presque caniculaire commençaient à se faire ressentir, par un heureux hasard les randonneurs ont croisé à Champigny une marchande de glaces ambulante, au bout de la bien nommée rue de La Plage, ancien haut lieu des baignades dans la Marne. Elle réalisait sans doute son chiffre d’affaires du jour... et permit à la troupe de se rafraîchir, tout en discourant de la vulnérabilité du piéton dans une métropole parsemée d’îlots de chaleur. C’est que tout n’était pas bucolique dans ce parcours.

Nous avons aussi traversé de très minérales zones d’activités commerciales et des départementales le long desquelles le piéton marche habituellement plutôt par nécessité... mais c’était le jeu : il était écrit que le tracé d’un projet de transports souterrain nous emmènerait là où il voulait, nous empêchant de privilégier les sites les plus beaux, les plus spectaculaires ou les plus emblématiques. Et en parcourant à pied l’équivalent de quatre gares de la future ligne 15 Sud, nous fîmes un voyage très concret dans un petit bout d’un territoire encore très abstrait : le Grand Paris.

Nous avons aussi découvert ce jour-là que le projet de métro dont depuis presque une décennie on lisait les enjeux et les aventures dans la presse, était en train de devenir réalité. Au détour des rues, des squares et des faubourgs de Noisy, de Villiers, de Champigny et de Saint-Maur, tous les 800 mètres exactement, se dressaient des palissades de chantier, et derrière elles des grues, des toupies et des bassins de décantation. Le tout formant un paysage industriel éphémère qui signalait qu’en dessous, ça creusait. Pour tous les randonneurs présents, il devenait évident qu’un compte-à-rebours était lancé, annonçant une révolution urbaine à l’ampleur encore difficilement perceptible.

Une richesse révélée

Des promenades urbaines le long du Grand Paris Express, il y en a eu depuis plusieurs dizaines, envoyant des centaines de randonneurs chevronnés ou de simples curieux le long des lignes 15, 16 et 18, ou rejoindre les fêtes de chantier « KM » de la Société du Grand Paris. Et c’est ainsi qu’au fil des kilomètres, s’est mis en place le Grand Paris Express piéton.

Avec une idée simple, rendre compte de la révolution à venir que constituent ces lignes de métro de banlieue à banlieue. Et aussi découvrir les richesses culturelles d’une métropole émergente. Fin 2015, l’Apur publiait dans l’étude Le Grand Paris Express et lieux culturels, la très précieuse carte des 270 lieux culturels dans les quartiers de gare du Grand Paris Express. Une liste en partie devenue familière aux marcheurs du Grand Paris Express piéton à qui plus de cinquante lieux ont ouvert leurs portes.

La richesse culturelle du Grand Paris, ce sont ses habitants qui en parlent le mieux.

Chemin faisant, nous avons pu...

  • parcourir les rues de Cachan, Arcueil et Bagneux avec les fondateurs du Plus Petit Cirque du Monde,
  • échanger sur les hauteurs de Chelles avec une néo maraîchère qui racontait son installation à deux pas du chantier d’un ouvrage du Grand Paris Express,
  • sortir du Potager du Roi par la grille réservée aux princes, en compagnie d’étudiants de l’École de Paysage de Versailles,
  • traverser le Parc Georges Valbon de La Courneuve avec les Bergers urbains et une cinquantaine de leurs brebis,
  • déambuler sur la dalle du centre de Vitry avec des street-artistes qui en ont fait leur atelier à ciel ouvert…
     

Avec chacun, nous discutions de leur vision de la culture et du Grand Paris, de leurs attentes en termes de travail, de logement et de transports pour leurs territoires, et parfois de la gêne des chantiers ou de la crainte de la gentrification.

Un récit partagé

Avant que ne roule la première rame du Grand Paris Express, des promenades urbaines sur son tracé en faisaient, à leur petite échelle, un révélateur de territoires et le fil d’un récit partagé. Ces explorations ont fini par créer un bouche-à-oreille, affichant parfois plus de cent inscrits par balade, et attirant des journalistes français, italiens, allemands, nord-américains… dans des territoires parfois mal connus, pour ne pas dire mal vus.

Une association de jeunes de Sevran prépare une balade pour la saison 2021 afin de présenter le territoire aux marcheurs. Des élèves d’une école d’architecture de l’Est ont passé trois matinées à dessiner des chantiers de gares entre Vitry et Chelles, découvrant l’ampleur d’un projet qui, in fine, est celui de leur génération... Ces promenades ont également suscité l’intérêt du très réputé Laboratoire du Cresson de l’École d’architecture de Grenoble, et de chercheurs de l’École d’urbanisme de Lyon. C’est que la marche, accessible, ouverte à tous, est un formidable outil de médiation culturelle, mais aussi d’observation des mutations urbaines.

La marchabilité du Grand Paris

En octobre 2019, lors d’une conférence sur les « Piétons du Grand Paris Express » organisée à la maison de l’Architecture en Île-de-France à Paris, des associations de promenades urbaines, des experts de la ville, un grand reporter, un romancier et un philosophe adeptes de la marche urbaine, sont venus témoigner de leur vision du Grand Paris, et de la place que les piétons pourraient y gagner, à côté de et peut-être grâce au futur métro.

Parce qu’il y a encore de la marge ; marcher en banlieue s’apparente parfois à de la « flânerie négative » pour reprendre les termes d’urbanistes qui ont expliqué dans L’Atlas du Grand Paris, publié par l’Apur en 2013, combien être piéton dans certains territoires était pénible. Nous nous en sommes bien rendu compte : les aéroports, les voies ferrées, les autoroutes et les grandes zones industrielles, toutes ces infrastructures métropolitaines indispensables, sont aussi des « fractures urbaines » qui coupent le passage aux marcheurs du quotidien, singulièrement dans les quartiers populaires.

Même les fleuves semblent converger vers Paris et ferment le passage aux Grands Parisiens – il y a en moyenne un pont tous les 3 km sur la Seine en dehors de Paris, contre un tous les 300 m en intra-muros. Pourtant, lors de nos explorations, nous trouvions toujours à nous faufiler par des voies, des routes, des passerelles, des chemins, et arrivions à rester fidèles au tracé du Grand Paris Express. Passant tour à tour d’une friche industrielle à un cœur villageois, d’une zone d’activité commerciale géante à une forêt domaniale, d'un échangeur routier à un parc urbain d’une taille insoupçonnée, nous composions au rythme de nos avancées des sortes de travellings urbains aussi variés qu’inattendus, et chaque jour traversions des paysages remarquables. Nous marchions ainsi « des propriétés de Lucifer aux Belvédères du Grand Paris », pour reprendre la belle expression de la directrice de l’Apur, Dominique Alba. 

La force du piéton

Enfin, lors de ces promenades urbaines dans des territoires très marqués par les flux automobiles, les conducteurs étaient parfois surpris de voir passer, si ce n’est de laisser passer, des dizaines de randonneurs, dans les clous bien sûr, même lorsqu’ils étaient à demi effacés par l’usure et le manque d’entretien.

Ces explorations collectives permettront-elles de valoriser des parcours piétonniers déjà existants mais peu connus ou peu pratiqués, entre les 68 futures gares ; voire d’en imaginer de nouveaux ? Comment l’arrivée du Grand Paris Express renforcera-t-elle les déplacements piétons du quotidien, mais aussi les pratiques des randonneurs augmentés de leur passe Navigo ?

Dans le référentiel les Places du Grand Paris, il est notamment question de « construire ou rétablir des itinéraires piétons de grande échelle » (principe 11). C’est aussi à cela que nous nous sommes pris à rêver, établissant au fil de nos progressions, un diagnostic de la marchabilité des territoires. En 2020, le projet du Grand Paris Express se trouve à mi-chemin. Les piétons du Grand Paris Express, eux, n’en sont pas au quart de la moitié de leurs explorations dans les territoires du métro du Grand Paris.

Par Vianney Delourme et Renaud Charles, fondateurs d’Enlarge Your Paris