Lieu de passage et de retrouvailles, zone bombardée, terrain d’expérimentations aéronautiques, lieu de tournages… L’aéroport du Sud parisien a, depuis sa création il y a un siècle, épousé des vocations multiples. Pour ses 100 ans, Orly fait peau neuve. Une mue à laquelle participe le Grand Paris Express.

« Je m´en vais l´dimanche à Orly.
Sur l´aéroport, on voit s´envoler
Des avions pour tous les pays.
Pour l´après-midi... J´ai de quoi rêver » chantait Gilbert Bécaud, dans « Dimanche à Orly ».

Parmi les 100 visages d’Orly, l’aéroport a aussi été un lieu de promenade pour les familles endimanchées. Nous étions alors dans les années 1960 et les visiteurs, plus nombreux qu’à Versailles ou à la Tour Eiffel, venaient admirer le plus grand aéroport d’Europe continentale. Pas seulement pour y accueillir les stars de l’époque, à leur descente d’avion. Cette vitrine ultra-moderne incarnait, avec le Concorde et le paquebot Le France, une des fiertés nationales.

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Les visiteurs de l'aéroport, dans les années 1960

La vitrine de la France

C'est ici, sur ce site champêtre à proximité de Paris, que les premières machines volantes y ont effectué leurs essais. Avec l’arrivée de la Grande Guerre, aux pionniers de l’aviation succèdent bientôt les militaires. Et il y a 100 ans, les Américains construisent les premiers hangars sur ce plateau facilement accessible et repérable : leurs avions de chasse se servaient d’Orly comme base aérienne pour survoler Verdun.  C’est de là que l’on date officiellement la naissance de l’aéroport. Dans l’Entre-Deux-Guerres, des activités touristiques se développent et le site devient aussi un espace de décollage pour les dirigeables. La vocation militaire d’Orly reprend le dessus en 1940 : Antoine de Saint-Exupéry y décolle pour  effectuer un vol de reconnaissance jusqu’à Arras, vol qui l’inspirera à rédiger le récit Pilote de guerre.  Sous l’Occupation, les Allemands y construisent les premières pistes en dur. Site stratégique, l’aéroport est ciblé par l’aviation alliée.

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Hangars dans les années 1920

Dans l’Après-Guerre, l’aviation commerciale entame son essor irrésistible et ininterrompue jusqu’à maintenant. En 1952, Orly atteint un million de passagers, soit le double de l’aéroport du Bourget, dont le développement est freiné par son environnement urbanisé. Air France déplace ses activités du Bourget à Orly. L’aéroport historique du nord de Paris perd en volume de passagers mais récupère, en contrepartie, le salon international de l’aéronautique et les meetings aériens.

Pour faire face à la hausse de fréquentation, l’aérogare sud est construite, sous la direction de l’architecte  Henri Vicariot, et inaugurée par le Général de Gaulle le 21 févier 1961, après trois ans et demi de travaux. Par la monumentalité des espaces (le grand hall du premier étage notamment), l’audace du choix des matériaux (verre émaillé, acier inoxydable), la modernité des équipements (bagages sur tapis-roulants) et la luminosité (rendue possible par les murs-rideaux), le bâtiment symbolise alors la quintessence de la modernité. Jacques Tati se sert de ce cadre futuriste pour y tourner son film PlayTime en 1967. La seconde aérogare, signée du même architecte, est construite en 1971 : c’est aujourd’hui Orly Ouest.

 

Ces glorieuses années 1960-70 d’Orly sont également endeuillées. En 1962, le Boeing 707 F-BHSM d’Air France à destination de New York  s’écrase durant le décollage : avec 130 morts, il s’agissait de l’accident d’avion le plus meurtrier d’alors. Le terrorisme frappe également. En janvier 1975, Carlos et ses acolytes tirent des roquettes sur un avion de la compagnie israélienne EI AI, avant de revenir six jours plus tard attaquer l’aéroport, prendre deux personnes en otages et obtenir un avion pour Bagdad. Ces drames et d’autres encore marquent les esprits et le « Dimanche à Orly » passe de mode.

En revanche, la fréquentation des voyageurs, elle, ne tarit pas, ce qui rend la desserte de l’aéroport d’autant plus stratégique. Conformément aux usages du moment, elle s’appuie sur le « tout voiture ». Dans les années 1980, avec plus de 16 000 places de stationnement, l’aéroport d’Orly constitue le plus grand parking de France. Mais à partir de 1991, il est possible d’y accéder sans voiture grâce à la liaison Orlyval, reliant l’aéroport à la station RER d’Antony.

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L'immense parking d'Orly

La mue en cours

Plus enclavé et moins prestigieux qu’à ses origines, Orly se fait détrôner en nombre de voyageurs par Roissy Charles-de-Gaulle dans les années 1990. Récemment, l’aéroport s’est lancé dans un plan de rénovation de grande ampleur, renouant ainsi avec ses ambitions originelles. Le contexte est porteur : le trafic aérien dans les aéroports parisiens a plus que doublé entre 1995 et 2015 et il n’y a aucune raison qu’il tarisse dans les années à venir. Et pour cause : à Orly, on a enregistré une hausse de 13% du nombre de passagers ces cinq dernières années.

La première condition de la mue est la métamorphose de  l’aéroport lui-même. On ne distinguera bientôt plus « Orly Sud » de « Orly Ouest » : dès 2019, les deux aérogares seront reliées par un bâtiment de jonction, aujourd’hui en construction, vaste de 80 000 m² au sol. Cet espace accueillera le public dans un hall haut de 10 mètres. Rassemblant l’aéroport en un seul tenant, cette construction améliorera la qualité de service des passagers en correspondance qui pourront cheminer à l’intérieur du bâtiment.

La mue d’Orly passe également par la construction d’une gare du Grand Paris Express, à proximité du bâtiment de jonction. Les travaux préparatoires sont en cours et on libère l’espace  en surface avant de creuser. Reliée au tramway T7, à l’aéroport, à la gare routière, aux futures lignes 14 et 18, cette gare constituera un nœud de connexions essentiel dans le Grand Paris. Désormais, la gare de Lyon sera accessible en 23 minutes en 2024 et le Plateau de Saclay en 18 minutes en 2027 ; Orly sera définitivement désenclavé.

Anticipant un meilleur raccordement au Grand Paris, l’aéroport développe un éco-quartier à vocation d’affaires, Cœur d’Orly, à six minutes à pied du terminal Sud. On ne passe certes plus ses dimanches à Orly, mais demain, on y sera de plus en plus nombreux à y travailler tous les jours de la semaine.

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Perspective de la future gare Aéroport d'Orly du Grand Paris Express