La Société du Grand Paris participe au maintien de la biodiversité sur les territoires traversés par le Grand Paris Express. Dans le bois de Célie, à proximité de la future gare Noisy - Champs, elle veille sur les amphibiens et se montre attentive à leurs milieux naturels : les mares.

Rana dalmatina ou grenouille agile, espèce que l'on retrouve dans les mares recréées ou restaurées

Le saviez-vous ? L’Île-de-France abrite pas moins de cinq espèces de tritons. Des amphibiens pour qui la présence de mares est un enjeu vital. Or celles-ci ont tendance à se réduire du fait de l’artificialisation des sols. Alors, peut-on réaliser des travaux d’utilité publique tout en prenant soin de la faune et de la flore ? C’est l’ambition de la Société du Grand Paris, pilote du plus grand projet d’infrastructure en Europe.

Restaurer cinq mares et en creuser une nouvelle, pour compenser les deux qui étaient situées sur des emprises de chantier de la ligne 15 Sud : l’opération ne se résume pas à des compensations légales et ne relève pas de la seule arythmique. Il s’agit, en fait, d’une intervention délicate qui mobilise de nombreux experts de l’environnement pour que ces nouvelles mares remplissent parfaitement leur mission au service de la biodiversité.

Des mares en réseaux

Au commencement, il a fallu trouver un territoire où compenser l’impact environnemental des travaux de la gare Noisy - Champs. L’Agence des espaces verts de la Région d’Île-de-France a été contactée. Celle-ci a été créée par la loi en 1976  pour maintenir une « ceinture verte » autour de Paris. L’Agence détient et veille sur des massifs forestiers, des zones humides et des espaces agricoles. « On est très sollicité parce que nos sites sont situés en limite de zones urbanisées, là où se concentrent un grand nombre de compensations » explique Jean-François Antoine, responsable environnement. En effet, la compensation doit s’effectuer dans la proximité immédiate de la destruction.

L’Agence a proposé le bois de Célie, appartenant à la Forêt régionale du Maubué dont elle est propriétaire et gestionnaire pour le compte de la Région. « On y trouve tout un réseau de mares, poursuit l’expert. C’est plus intéressant d’en creuser une à côté d’autres existantes que d’en créer une ex nihilo. Les amphibiens peuvent se déplacer à quelques centaines de mètres, mais pas au-delà. Si une mare est isolée, le seul moyen de la peupler, ce sont les œufs qui s’accrochent aux pattes de canards. C’est donc très aléatoire. »

La raréfaction de ces milieux contribue d’ailleurs à isoler les espèces qui deviennent alors victimes d’un appauvrissement génétique. « Cet isolement représente aujourd’hui un des risques principaux pour la biodiversité », souligne l’expert en environnement Jean-François Antoine.

C’est ainsi que la Société du Grand Paris a réuni en 2017 toute une équipe d'écologues à Emerainville dans le bois de Célie, à quelques kilomètres de la nouvelle gare Noisy - Champs (Seine-et-Marne). La forêt abritait déjà quelques dizaines de plans d'eau, mais beaucoup souffrent de stress hydrique. Existait déjà tout un réseau de mares, certaines sont récentes, bien en eau, d’autres comblées par la matière organique, mais qui servent encore d’abri pour certaines espèces ou pour la flore. Cinq mares, presqu'à sec, ont été restaurées : elles ont été curées, débarrassées des multiples couches de sédiments qui s'y accumulaient d'années en années. Des équipes ont également débroussaillé les alentours afin de limiter les dépôts de feuilles pour l'avenir. Deux ans plus tard, les tritons crêtés, alpestres ou ponctués, les crapauds communs, les grenouilles agiles et rousses, de retour, pataugent dedans. La première obligation, la restauration, est donc remplie.

Arrivée des libellules

Reste à faire naître une nouvelle mare. Il ne s'agit pas seulement de creuser à la pelleteuse un trou de deux mètres de profondeur. Comme l'explique Aymeric Besse, de Biotope, un bureau d'étude de la faune et la flore, « les amphibiens se reproduisent généralement dans la mare qui les a vus naître. On doit donc compter sur l'audace de certains d'entre eux, pour sortir des sentiers battus... » Les écologues doivent conjuguer plusieurs éléments s'ils veulent que les amphibiens adoptent au plus vite ce nouvel espace. Tout d'abord, en déterminant le meilleur lieu. « On a creusé à proximité d'un étang », explique Aymeric Besse. Notre nouvelle mare, comme à la plage, se remplit progressivement grâce à l'eau souterraine. Si besoin, l'eau de pluie complètera l'eau venue du sol. Sous la terre végétale et le calcaire, l'argile retient l'eau. Lors de l’été très sec en 2019, jamais la mare ne s’est asséchée. Les tritons, qui ne supportent pas deux heures en dehors de l’humidité, ont apprécié.

L'anax imperator, une des plus grandes espèces de libellules d'Europe

Ensuite, on aménage des pentes douces pour y disposer de la terre végétale. De quoi y faire prospérer plantes hélophytes. Les libellules sont attirées par cette nouvelle végétation, incitant les amphibiens à s'y implanter à leur tour. « Les amphibiens sont la population cible, mais ça peut profiter à d’autres espèces, notamment les coléoptères, les odonates… » On a déjà identifié des pontes de libellules et de demoiselles. Encourageant alors que 80% des effectifs d’insectes ont diminué en Europe depuis les années 1980...  C’est tout un cycle qui est reconstitué, les insectes servant à nourrir les amphibiens mais aussi les oiseaux. Et quid d'y implanter des poissons ? « Non, surtout pas » : ils dévoreraient beaucoup de la biodiversité.

Deux ans plus tard, la nature a colonisé cette nouvelle mare. Tritons et crapauds y ont élu domicile. Le travail n’est pourtant pas encore achevé. Les trente prochaines années, un inspecteur viendra vérifier que ces amphibiens s’y plaisent. La Société du Grand Paris a en effet une obligation de résultats, assortie d'un suivi obligatoire pendant trois décennies. Des mesures correctives peuvent être prises, par exemple pour ôter les espèces exotiques, comme les voraces tortues de Floride. Au contraire, la quinzaine d’espèces d’odonates, les tritons palmés ou les salamandres tachetées qui constituent la richesse du bois de Célie seront bichonnées. Jusqu’en 2047.