Sur la ligne 15 Ouest, la démolition d’une barre d’immeuble débutera au premier trimestre 2021 dans le quartier des Agnettes. Mais d’ores et déjà, le béton est étudié de près pour envisager son recyclage.

Prélèvement de béton aux Agnettes
Prélèvement de béton aux Agnettes

Immeuble des Agnettes
Désormais mise à nu, seule subsiste l’ossature de cette grande barre d’immeuble des années 1980, sur la commune de Gennevilliers  aux 11-21 rue des Agnettes. Le mobilier, les portes, la plomberie, tout a été évacué. Cet immeuble sera déconstruit au cours du premier trimestre 2021. En attendant la construction de la future gare Les Agnettes sur la ligne 15 Ouest, l’amas de gravats attendu ici fait l’objet de toutes les attentions. Il a en effet beaucoup plus de valeur qu’on ne le soupçonnerait…

Échantillonnage de béton

En déambulant dans l’immeuble, le mur a été gratté en plusieurs endroits. Des dizaines de kilos de granulats de béton ont été collectés et emportés dans une camionnette. Direction : un laboratoire d’analyses, Géos, spécialisé dans les matériaux issus du BTP. Ce prélèvement du béton représente la première étape d’un cercle vertueux.

 

 

 

Recyclage du béton
La Société du Grand Paris cherche à donner une seconde vie au béton. Reste à déterminer si celui-ci est d’une qualité suffisante pour être recyclé. « On a prélevé un échantillon représentatif du béton présent dans l’immeuble, rapporte Robin Cres, chef de projet à Neo-Eco. Certains morceaux contiennent du plâtre et même du papier-peint… Et ils proviennent de différents étages ». Lors de la construction de l’immeuble, les concepteurs n’ont pas forcément utilisé le même béton partout. Souvent dans les sous-sols, le béton n’est pas de la meilleure qualité. D’ailleurs, Robin Cres s’inquiète de la teinte noirâtre sur le sol de la cave. Serait-il issu de sable pollué ? Des analyses sont déclenchées.

 

Recyclage du béton
Quelques semaines plus tard, le laboratoire  rend ses premières conclusions. Ce béton, même de couleur sombre, s’avère finalement de bonne qualité. Les laborantins ont évalué les granulats sur une série de critères : sa masse, sa résistance à l’eau, son comportement dans le concasseur ou encore la présence de sulfates. Ce dernier aspect nécessite une grande vigilance puisque, au contact de l’eau, ils peuvent faire gonfler le ciment et le fragiliser. Ces sulfates se retrouvent dans les plâtres. Or, les murs  en sont recouverts dans les étages. « Dans les destructions, on mène la guerre aux plâtres, on demande aux déconstructeurs de curer les murs pour le diminuer, relate Robin Cres. Mais curer est un travail pénible qui a aussi un coût. Donc s’il y trop de plâtre,  ça devient rédhibitoire… ». Pour l’immeuble des Agnettes, le bilan des analyses sorties de laboratoire est encourageant. « Il y a ici une alerte sur la présence de plâtre et de tapisserie, mais le béton étant de très bonne qualité, on peut pousser le déconstructeur à intensifier le curage pour aller chercher sa valeur maximale », récapitule Robin Cres.  99% du béton des Agnettes s’avère recyclable soit dans d’autres constructions soit dans des travaux de voiries.

Cercle vertueux en cours de construction

L’étape suivante consistera à identifier des débouchés pour recycler une telle quantité de béton, estimée entre 8 000 et 10 800 tonnes. La loi autorise son emploi jusqu’à 30% dans du béton prêt à l’emploi, utilisable pour les dalles et structures. La balle est désormais du côté des maîtres d’ouvrage. Ce sont eux qui peuvent intégrer à leurs cahiers des charges une obligation d’utiliser ce béton recyclé. De manière mécanique, les promoteurs suivront, puis les bétonniers. Voilà comment s’enclencherait le cercle vertueux permettant au marché du granulat recyclé d’émerger.

La Société du Grand Paris pèse de tout son poids pour inciter les autres acteurs de la profession du bâtiment à amorcer le virage vers le recyclage du béton. Construire la ville de demain à partir de celle d’hier, voilà l’avenir qui pourrait ainsi s’esquisser.