Les gares du Grand Paris Express n’ont pas encore de toit, mais nous en connaissons déjà le sol. Il a été élaboré en prenant en compte une multitude de critères que nous passons au crible.

Sol des gares

Du sol au plafond, rien ne sera laissé au hasard dans les gares du Grand Paris Express. Toutes différentes, elles comprendront des éléments identitaires communs. C’est grâce au mobilier, à l’information voyageurs ou au sol que les usagers auront conscience d’être transportés sur un seul réseau. Des millions de personnes déambuleront chaque année sur des dalles, identiques dans les 68 gares. Mais se douteront-elles l’intense réflexion qui a accouché du sol qu’elles fouleront ? Celui-ci est déjà visible à la Fabrique du métro et nous sommes partis le tester, en compagnie de Didier Bourgeois, responsable d’études matériaux à la Société du Grand Paris. Histoire de vérifier que le sol réponde à tous les critères.

1er critère : une neutralité architecturale

Le sol, commun à toutes les gares, devait être neutre de manière à se fondre dans n’importe quel ensemble architectural. « Bien souvent, les architectes poussaient en faveur de solutions de sols clairs et sans joints, de type sols coulés » relate Didier Bourgeois. Mais cela contrevenait au cahier des charges architectural de la Société du Grand Paris qui imposait un sol en dalles. Pour faire converger ces deux exigences contradictoires, le choix s’est porté sur des dalles de grand format (37,5 x 75cm), avec de minces joints à la teinte assortie. Les voyageurs auront ainsi l’impression de fouler un tapis minéral continu. Une solution qui s’insère aisément dans toutes les configurations architecturales possibles.

2ème critère : une uniformité dans les 68 gares

Comment garantir un même aspect visuel pour le sol de toutes les gares du réseau dont la construction va s’étaler sur 15 ans ? Il a fallu écarter les pierres naturelles, trop dépendantes des aléas d’exploitation des carrières. Le choix s’est finalement porté sur un sol en dalles de grès cérame de forte épaisseur (18 à 20mm). Il s’inspire des solutions traditionnelles minérales, avec la garantie que leur aspect et leur performance resteront constants. Après mise en concurrence préalable, deux sociétés les fabriquant ont été retenues, si bien que l’une peut suppléer l’autre en cas de défaillance.

Et si les deux fermaient ? « La solution choisie de dalles de grés cérame présente l’avantage d’une possible reproduction industrielle. C’est comme un gâteau avec une recette de cuisine : même si les entreprises devaient disparaître, la Société du Grand Paris s’est assurée d’avoir un libre usage de la recette », image Didier Bourgeois.

3ème critère : une pérennité d’au moins 20 ans

Ce sol a vocation à durer de 20 à 30 ans. Plusieurs familles de matériaux de sol ont été explorées, et notamment des sols en dalles de béton. Mais  celles-ci se sont avérées trop épaisses, trop poreuses et finalement trop fragiles.

Les matériaux de sol doivent être d’une qualité telle que leur teinte et leur aspect resteront constants. De sorte que les sols de la gare Versailles Chantiers, pourtant installés 10 ans après ceux de Saint-Denis Pleyel, gardent une couleur identique. Là encore, la solution « grés cérame » répondait à cette exigence.

4ème critère : une résistance maximale

Nul doute que les sols de gares seront soumis à une sollicitation maximale. D’abord piétinés par les millions de voyageurs, tirant parfois des valises à roulettes. Ensuite écrasés par des auto-laveuses ou des nacelles de maintenance pour changer des luminaires à 15 mètres de haut... « Bref, même le sol le plus résistant qui soit ne nous convenait pas », résume Didier Bourgeois.

Disposer d’un bon revêtement de sol ne suffit pas. La colle et les sous-couches sont tout aussi déterminantes pour la résistance des sols. Grâce à l’appui technique du CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment), et du bureau de contrôle APAVE, une solution complète a été identifiée qui intègre les dalles, la colle et les joints.

Et pour s’assurer de sa résistance maximale, ce sol a fait l’objet d’essais intensifs, subissant des chocs lourds (chute répétée d’une boule en acier) et des roulages lourds (huit heures de roulement d’un chariot qui rebondit à chaque rotation).

5ème critère : le cheminement pour les personnes aveugles et malvoyantes
 

Sol des gares
Le sol n’est pas qu’une teinte, il dessine aussi un langage, déchiffrable par les personnes déficientes visuellement. En suivant les reliefs du sol (nervures en bosse pour les bandes de guidage, en creux pour les zones de localisation, ou les plots des bandes d’éveil de vigilance), elles sont informées à l’approche des escaliers et escalators, elles savent où exactement se positionner sur les quais devant les portes de la rame et elles peuvent cheminer devant la billetterie et les ascenseurs.

 


 6ème critère : un entretien facile

Par leur porosité, certaines pierres (sols béton par exemple)  absorbent les liquides et les taches. Imprégnant la dalle, ces salissures ne sont plus nettoyables. Avec une porosité inférieure à 0,5%, le grès cérame est quasiment étanche. L’encrassement, et donc l’entretien, est ainsi réduit à un niveau minimum. Le coca, le café qui tombent dessus disparaissent après lavage, sans laisser la moindre trace. À ne pas tester pour autant...

7ème critère : une teinte claire, réfléchissant la lumière

Lors de la mise en concurrence des industriels, trois formats, trois teintes et de deux glissances étaient identifiés… Ce qui conduisait à pas moins de 18 combinaisons possibles. On a finalement opté pour une teinte et un format uniques.

Pour des quais lumineux, il fallait une teinte la plus claire possible. Mais un sol très clair étant plus salissant, c’est finalement un sol « moyennement clair » qui a été retenu avec une teinte unique mouchetée clair, restituant l’équivalent d’un RAL 7045. De même, les joints sont minces et clairs : avec le temps, ils fonceront et rejoindront la teinte des dalles. « En comparaison, en termes de niveau de clarté et de tonalité, on se rapproche d’un sol coulé en béton poli ou d’une pierre de type marbre de Carrare », explique Didier Bourgeois.

… Un bonus pour les passionnés : Entre les deux sociétés productrices des dalles, l’une en Italie, l’autre en Espagne, on perçoit une infime différence de teinte et de texture. Les dalles venant d’Italie sont plus granuleuses et plus bleues, celles venant d’Espagne sont un tantinet plus lisses et plus grises. Seuls les yeux très exercés pourront déterminer leur lieu de production. Les vôtres, peut-être ?