Il y a quelques semaines, à Aubervilliers, le chantier du puits Agnès a ouvert ses portes à un camion grue électrique. Une première destinée à limiter l’impact environnemental des travaux et à améliorer les conditions de travail des compagnons.

Le camion devant les locaux de la Société du Grand Paris
Le camion devant les locaux de la Société du Grand Paris

Cette révolution ne s’entend pas. Et pour cause : les véhicules électriques sont silencieux. C’est en janvier 2021 que le premier camion électrique du groupe Eiffage a débarqué sur les chantiers du Grand Paris Express. Ce camion grue plateau, qui sert à des travaux de démolition, est un pionnier. Pas seulement chez Eiffage ou à la Société du Grand Paris, puisqu’il s’agit d’un des sept premiers camions électriques d’Europe et du premier dans le domaine du BTP, les six autres étant dédiés à la distribution en ville ou aux ordures ménagères.

Si le recours à  l’électrique se justifie par des raisons environnementales,  il ne va pas de soi. Il est en effet plus onéreux et comporte des contraintes logistiques, autant de freins à son déploiement. L’acquisition de ce premier camion résulte donc d’un choix : celui du volontarisme.  Partout où elle le peut, la Société du Grand Paris pousse en faveur des énergies alternatives, qui ne dégagent pas de CO2. Ainsi, dès que c’est possible, elle a recours au train ou au fluvial pour le transport des déblais. Mais le transport par camion restant indispensable, il faut encourager les  entreprises titulaires des marchés de construction  à trouver des solutions. « On a réfléchi aux camions à gaz, aux biocarburants…, annonce Alain Bertoni, directeur du service Matériel d’Eiffage Génie Civil. Puis, les constructeurs ont commencé à sortir les premiers camions électriques. On y a vu une occasion ! ». En lien avec le constructeur Volvo, le camion 100 % électrique, qui ne dégage aucun CO2, est construit en Normandie.  « On l’a confié à l’un de nos meilleurs chauffeurs enginistes, Daniel, qui en prend grand soin », narre Anthony Pawelko. Après deux mois d’utilisation, l’engin est rutilant.

Se remettre en question

Outre l’absence de CO2, l’autre avantage est sa discrétion. « Niveau bruit, c’est imbattable », assure William Delaunay, conducteur de travaux au puits Agnès, un chantier de la ligne 15 Est situé entre la gare du RER B La Plaine Stade-de-France et le canal de Saint-Denis. Il est à ce point silencieux que, lorsqu’il recule, le Cri du lynx, un avertisseur sonore, retentit pour éviter tout incident. Tandis que les béquilles se déploient et que la grue effectue ses manipulations, seules les pompes hydrauliques dégagent un léger bruit, beaucoup plus faible que celui d’un camion classique. « C’est beaucoup plus confortable pour nous et on s’entend entre compagnons quand on se parle. Le soir, on est moins fatigués. »

L’absence de gaz d’échappement représente un autre atout. « Ce type de véhicule peut être intéressant pour les parties de chantier effectuées en tunnel ou sous des dalles de puits où, actuellement, il faut ventiler pour que l’air reste sain pour les compagnons qui y travaillent », note William Delaunay.

Alors évidemment, ce camion électrique n’est pas exempt de contraintes. La limitation de son autonomie à 160 kilomètres est un paramètre qui doit être pris en compte dans ses cheminements. Mais la contrainte ne stimule-t-elle pas la créativité et les questionnements ? « Ce camion nous permet de revoir notre méthode de travail, note Alain Bertoni. On améliore le circuit du camion ».

De taille encore modeste (14 tonnes à vide), l’engin déplace des matériaux moyennement volumineux (12 tonnes de charge utile). Mais il ouvre une voie. Celle d’une révolution silencieuse et moins émettrice de gaz à effet de serre. A suivre…

 

Le camion au puits Agnès
Le camion au puits Agnès