Onze jours d’affilée, 800 marcheurs ont sillonné la surface du nouveau métro au cours d’un « Tour Piéton du Grand Paris ». Avec un fil rouge : améliorer la place du piéton. Nous avons suivi l’une de ces balades urbaines, dans une boucle de la Marne, aux abords de la ligne 15 Sud.

Balade urbaine Marne

 « On dirait une colonie de vacances d’adultes », s’étonne une petite fille devant la longue file de marcheurs dans les rues de Saint-Maur. Si l’ambiance bon enfant rappelle la sortie scolaire, cette récréation est en réalité l’une des onze marches organisées, autour du tracé du nouveau métro, par Enlarge Your Paris en partenariat avec la Société du Grand Paris. Le parcours prévu ce 27 août commence à Maisons-Alfort, suit les sinuassions de la Marne pour s’achever en gare de Créteil l'Échat (ligne 15 Sud).
 

Balade urbaine A4
Après avoir traversé l’ancien domaine des Condé dont subsistent les écuries, les 87 marcheurs du jour bordent le chantier de l’ouvrage de service Abbaye, avant de cheminer au bord de l’eau. Longer la Marne est une source d’étonnement, avec son spectaculaire enjambement par l’A4 et l’A86, des viaducs autoroutiers issus de l’ère triomphale de la voiture. Mais la Marne est surtout une source d’émerveillement avec sa nature et ses guinguettes disposées le long du rivage. Portés au XIXème siècle par l’essor du sport et la vogue du plein air, ces établissements ont sombré dans la somnolence avant de connaître récemment un regain d’intérêt. Le long du parcours, l’eau claire fendue par les avironneurs invite à une baignade, qui reste interdite. Avec l’amélioration de sa qualité, on devrait cependant crawler et batifoler à nouveau dans la Marne en 2024. L’itinérance fait ensuite escale au Musée de la Résistance nationale de Champigny-sur-Marne, installé en bord de Marne depuis février 2021. La marche aboutit à Créteil où les marcheurs se délectent du cadre verdoyant de l’île Sainte-Catherine, réputée pour être la Venise de la Marne.

De la niche au phénomène

Balade urbaine bucolique
Parmi les marcheurs, certains n’en sont pas à leur première balade organisée par le média grand-parisien. Venus de l’autre bout de la métropole, un couple en a déjà trois au compteur. « Nous sommes là pour sortir du métro, boulot, dodo, explique Véronique. Trop souvent, nous prenons les transports sans oser pousser au-delà. À Maisons-Alfort, je n’aurais jamais deviné que la Marne se cachait juste dernière des immeubles, presque à la sortie du métro. » Ce couple est à l’image de ces nouveaux arpenteurs du Grand Paris. « Il y a quelques années, les premières balades urbaines rassemblaient surtout des personnes travaillant dans l’urbanisme ou l’architecture, récapitule Vianney Delourme. C’était alors de la niche, mais c’est devenu un vrai phénomène. Lorsque nous avons ouvert les inscriptions cet été, nous avons reçu 1000 demandes en 24h ! Il a fallu refuser beaucoup de monde… ».

Balade urbaine ethnobotaniste
Ce plaisir de marcher fait bon ménage avec la soif de connaissances. La traversée est ainsi ponctuée par les interventions d’experts variés. Au fil des exposés se dessinent de manière plus nette les conséquences de l’arrivée du nouveau métro : un centre désengorgé tandis que des villes, aujourd’hui sans lien, deviendront voisines. « Si vous aimez l’art contemporain, vous alliez à Beaubourg hier, vous irez aussi au musée MAC VAL demain », s’enthousiasme Vianney Delourme. Dans ce cadre bucolique faisant la part belle à la nature, une ethnobotaniste, Valentine Diguet, transmet son savoir sur les plantes rencontrées au quotidien. La plupart du temps, nous passons devant elles sans nous en soucier, négligeant leurs fruits comestibles et ignorant leurs vertus médicinales.

Réinsérer la marche dans la ville

Balade urbaine Frédéric Gros
Frédéric Gros, auteur de "Marcher, une philosophie"
Du 19 au 29 août, ce sont 200 kilomètres qui ont été réalisés à pied aux abords du tracé du Grand Paris Express. Rassemblant quelque 800 participants, cette série de balades urbaines interroge sur la place du piéton dans la ville. L’intervenant Frédéric Gros, auteur de Marcher, une philosophie, vante les bienfaits de cette activité qui nous ouvre à l’altérité et à de nouveaux espaces. « Mais ce qui frappe, quand on regarde les espaces industriels ou les grands centres commerciaux, pointe-t-il, c’est que la ville moderne n’a pas été pensée pour la marche. La monotonie abonde et le simple fonctionnalisme ne fait pas une ville. On devrait pouvoir rêver ». Alors que les avenues parisiennes sont parées d’arbres ornementaux propices à la flânerie, la banlieue n’a quant à elle pas été organisée pour y déambuler. Ces balades urbaines permettent de s’approprier ces territoires et de valoriser leur attrait. Une attraction, selon Frédéric Gros, qui grandit selon leur végétalisation et le soin apporté à leur esthétique.

Balade urbaine Grand Paris piéton
Justement, le circuit de marche avait été mûrement étudié par Enlarge Your Paris pour que le cheminement soit agréable et démontrer que marcher dans le Grand Paris peut être source de plaisir. Outre se divertir, les marcheurs ont également été mis à contribution pour travailler sur la place du piéton. À l’aide de gommettes de couleurs, ils ont évalué le parcours pour suggérer des améliorations. L’opération, menée en lien avec l’Apur (Atelier parisien d’urbanisme), vise à remettre le piéton au cœur du Grand Paris. Et à prendre appui sur le nouveau métro et les aménagements urbains qu’il va générer pour redonner une vraie place à la marche dans une ville repensée.