Demain, Aéroport d’Orly sera le nom d’une future gare du Grand Paris Express, dotant la plateforme aéroportuaire d’une vie souterraine intense. Pourtant, Orly possède déjà d’étonnantes galeries, un lieu que les initiés dénomment « sous-marin ». Abandonné pendant des décennies, il avait été délaissé au point d’en oublier la raison de sa construction. Un mystère qui agitait l’imagination des passionnés. Nous vous révélons ici la vocation initiale du lieu. 

L'une des deux galeries souterraines de l'aéroport d'Orly

Quel chantier ! C’est ce que vous vous êtes peut-être dit si vous avez récemment pris l’avion en partance d’Orly. Un immense bâtiment de jonction, qui sera inauguré le 18 avril 2019, relie désormais les terminaux Ouest et Sud. L’aéroport français, deuxième par sa taille, n'est plus que d’un seul tenant. De même,  les voyageurs peuvent difficilement manquer l’emprise du chantier de la future gare qui sera intégrée à l’aéroport. Celle-ci reliera l’aéroport au reste du Grand Paris, via deux lignes, la 14 (en 2024) et la 18 (en 2027 jusque CEA Saint-Aubin et en 2030 jusque Versailles Chantiers). 

Loin de cette mue saisissante, il existe un lieu resté en sommeil, figé.  Un vaste espace souterrain dort dans les sous-sols d’Orly Sud, sous les pistes.

Pour y accéder, il faut arpenter de longs couloirs qui s’étirent sur des centaines de mètres, longer des salles regorgeant de câbles et des sas fermés à double tour.

On pénètre alors dans deux longues galeries parallèles. Bétonnées et largement désertes, elles semblent attendre depuis des décennies de connaître leur fonction. Le lieu a récemment été reconverti en centre de stockage. Un passionné d’Orly pourrait y reconnaître du mobilier des années 2000 entreposé, ainsi que des céramiques d’origine qui décoraient les terrasses. Mais gare au visiteur qui s’aventurerait dans ce lieu pour y faire de l’urbex (exploration urbaine) car il s’agit, comme n’importe quelle zone aéroportuaire, d’un site ultra protégé dans lequel qu’il est formellement interdit de pénétrer.

L’énigme résolue

« Sous-marin » : c’est le nom de code que l’on donne en interne à ce mystérieux souterrain. Creusé en 1957, en même temps que les fondations de l’aéroport d’Orly, on avait perdu l’histoire du lieu et son affectation d’origine. Chacun y allait de son hypothèse. La plus largement admise en faisait un embryon de tunnel SNCF. « Au vu de sa taille, explique Michel Ricaud, directeur adjoint des projets Paris-Orly, j’ai longtemps pensé que ça correspondait à des galeries pour des trains. Même si, étonnamment, ces galeries partent vers le sud alors que Paris est situé au nord ».  Ce scénario reposait sur les velléités initiales de connecter l’aéroport au réseau de transports ferroviaires. De manière logique, on supposait que ce souterrain était un vestige de ce projet. « Les infrastructures aéroportuaires coûtaient déjà si chers que les concepteurs d’Orly ont dû choisir entre une desserte en train ou en voiture », décrypte Paul Damm, conservateur du patrimoine à la Région Île-de-France.   Mais dans le monde de l’après-guerre, le train restait associé à la révolution industrielle centrée sur le charbon. Un retour au XIXème siècle, en somme. Le nouveau monde se construisait autour de l’automobile. Ce projet ferroviaire a donc finalement avorté au profit du tout-voiture. Jusqu’à la création de l’Orlyval… avant que le Grand Paris Express rebatte à nouveau les cartes !

Un avenir dans les airs et sous terre

En réalité, la réponse à l’énigme sommeillait dans les archives de l’aéroport. 15 kilomètres de rayonnages qui racontent notamment l’aventure de sa construction. Un lieu qu’arpente souvent Paul Damm, qui écrit un livre sur l’histoire et le patrimoine de l’aéroport. Récemment, il a mis la main sur des plans qui légendaient ce lieu : « Galeries souterraines de passagers ».  C’est ainsi que l’énigme a été résolue : ces galeries étaient dédiées à des passagers qui seraient arrivés d’un éventuel terminal secondaire dont on projetait la construction en face d'Orly-Sud, de l’autre côté des aires de stationnement des avions.

Aire de stationnement des avions avec les deux rangées d’avions, l’une devant le terminal Sud, et l’autre en face, là où un terminal secondaire aurait pu être construit ultérieurement (photo du début des années 1960)

Mais pourquoi deux couloirs ?  L’un aurait été dédié aux passagers des vols internationaux, dans une zone sous douane (en zone duty free), et un autre aux passagers des vols nationaux. Ce souterrain résulte d’une mesure conservatoire, comme il en existe bien souvent dans le monde des travaux publics. On anticipe une éventuelle évolution de l’ouvrage dans les 10-20 ans suivant sa construction. Mais ces mesures conservatoires peuvent rester lettre morte car, entre-temps, la situation des finances change la donne, les usages évoluent ou la technologie chamboule les projets des pères fondateurs.

Lors des travaux de l'aéroport, on peut voir, au premier plan, les deux galeries creusées

Pendant la réhabilitation d’Orly dans les années 2000, pour accueillir les petits avions, il a été question de réaliser ce terminal secondaire, projeté dans les années 1960, que ces galeries auraient pu desservir. Un projet inabouti mais d’autres plans seront forcément montés à l’avenir. Car une chose est désormais certaine : avec la construction des lignes 14 et 18 du Grand Paris Express, l’avenir d’Orly n’est pas uniquement dans les airs ; il est aussi souterrain.