Les Journées européennes du patrimoine représentent l’occasion de se pencher sur les sites remarquables traversés par le Grand Paris Express. À Sèvres, un ouvrage annexe est construit sur l’Île de Monsieur, un site classé. Comment rendre compatibles des travaux avec un lieu d’exception ? On les fond, autant que possible, dans le décor.   

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Le chantier de l'ouvrage annexe sur l'Île de Monsieur, à Sèvres

Du haut du pont de Sèvres, un promeneur un peu littéral qui chercherait une île sur la Seine ferait fausse route : l’Île de Monsieur n’est plus une île depuis plus d’un siècle et une route départementale très fréquentée trace encore le bras de Seine Est, désormais comblé. Ce coin de verdure représente un improbable espace bucolique situé dans un nœud routier stratégique pour les automobilistes du Sud-Ouest parisien. Un soin tout particulier a été apporté pour transformer le site en ourlet végétal, comme une transition douce entre  la forêt de Saint-Cloud et la Seine. L’Île de Monsieur est plus qu’arborée : elle est champêtre. Rien n’a été laissé au hasard, de la couleur du mobilier jusqu’au parking dont les pavés sont reliés avec des joints… enherbés ! Le tramway traversant le site est noyé dans la végétation. Avec sa base nautique, ses pêcheurs et ses promenades, le site est voué aux activités liées au fleuve, faisant du lieu une peinture impressionniste.

Et c’est ici, non loin de la future gare Pont de Sèvres, qu’est construit un ouvrage annexe pour le nouveau métro, indispensable tant pour les travaux que pour l’exploitation. La Société du Grand Paris en a mutualisé les fonctions : ce sera un puits d’entrée (pour la ligne 15 Sud) et de sortie (pour la 15 Ouest) de tunneliers, et un puits de sécurité lorsque ces lignes seront en fonctionnement. Les ouvrages de ce type sont échelonnés tous les 800 mètres le long du tracé pour ventiler les tunnels du métro.

Paysages et histoire entrelacés

Si ce puits émerge sur un site classé, c’est que la géographie a contraint ce choix. Ce terrain était le seul disponible sur cette langue de terre étroite, coincée entre La Seine et les coteaux du parc national de Saint-Cloud. Cet espace présentait aussi l’intérêt, faute de riverains aux alentours, de ne pas perturber un voisinage. La Société du Grand Paris a effectué une demande d’autorisation spéciale pour circonstancier les travaux à ce site en envisageant des mesures spécifiques.

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Les palissades entourant le chantier sont en bois
Les palissades entourant le chantier sont en bois
Ayant obtenu l’autorisation, les travaux en cours épousent au maximum le  caractère paysager et historique du site. Parmi l’ensemble des chantiers du nouveau métro, celui de ce puits ne ressemble à aucun autre. L’observateur attentif remarquera la préservation de la végétation environnante, les installations d’éléments de petite taille, la présence de couleurs se fondant dans le paysage - vert olive, gris anthracite ou orange -, ou encore les palissades en bois. « Les efforts consentis pour affecter le moins possible le lieu atteignent un niveau rarement atteint sur des chantiers en France », insiste-t-on à la Société du Grand Paris. Pour cette démarche, elle a fait appel à l’expertise de Biotope, un bureau d’étude spécialisé dans la protection de la faune et la flore.

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Espaces de stockage repeints en vert olive

 

Monsieur peut donc reposer tranquillement. Car l’ombre de Philippe d’Orléans, le frère de Louis XIV, plane sur ce rivage. C’est lui qui a transformé cette île de pêcheurs en une scène présentant de somptueuses fêtes nautiques, au pied de son Domaine de Saint-Cloud surplombant la vallée. Cette vallée qui s’est vue menacée à partir du XIXème par l’industrialisation galopante qui a recouvert les bords de Seine des environs de Boulogne-Billancourt. Bien avant d’être des friches prisées par les hipsters, usines et entrepôts industriels représentaient une menace paysagère majeure. L’État, inquiet de la prolifération des baraquements, de la ferraille et de la fumée qui recouvraient l’île, a classé le site en 1942. L’Inspecteur général des sites l’exigeait en 1945 : « il est indispensable d’évacuer au plus tôt les effroyables hangars de Renault et les lamentables dépôts de charbon de Cendraco. »

Toute dédiée à la nature, l’Île de Monsieur retrouve même sa vocation initiale avec les travaux du Grand Paris Express, à savoir sa relation étroite, unique, avec la Seine. Cette voie fluviale permet d’acheminer des matériaux et d’évacuer les déblais, diminuant d’autant les perturbations générées par les camions dans ce secteur géographique francilien où les routes sont déjà saturées. De quoi faire du fleuve et de son île princière une voie royale dans l’histoire du nouveau métro.