Les fouilles archéologiques menées à l’emplacement de la future gare Chelles s’achèvent. Un chantier riche en découvertes sur la fin du néolithique et l’âge du Bronze (entre -2 000 et -1 600 avant JC).

Chantier de fouilles de Chelles
Chantier de fouilles de Chelles

Le Grand Paris Express nous projette dans le futur. Mais le nouveau métro peut être aussi une étonnante machine à remonter le temps. Les riverains de la prochaine gare Chelles, sur la ligne 16, aperçoivent des tranchées derrière les palissades. Se doutent-ils que des archéologues y explorent une période de 4000 ans d’âge ? Ce chantier, qui s’achève en novembre, met un terme à un cumul de dix mois de fouilles, entamées dès 2017 et menées par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap).

Un livre ouvert

Fouilles archéologiques
Cette phase découle de la loi sur l’archéologie préventive, pilotée par la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles). Autoroutes, voies de chemins de fer, grandes infrastructures : tous les grands chantiers doivent faire l’objet d’un diagnostic archéologique. En systématisant ces diagnostics préventifs, cette loi a permis d’accélérer la connaissance du passé.

Tout débute en amont des travaux de génie civil. Sur l’emprise du chantier de la gare, des tranchées d’au moins deux mètres de profondeur sont creusés tous les vingt mètres. On vérifie que le sous-sol, bientôt retourné par les travaux de construction, ne recèle pas de vestiges d’intérêt archéologique. Selon le résultat, c’est le ministère de la Culture qui tranche sur l’opportunité de lancer des fouilles.  C’est ainsi que le diagnostic mené à Chelles s’est avéré concluant.

Paul Brunet, archéologue spécialiste de la fin du Néolithique, a dirigé le chantier de fouilles. « On lit comme dans un livre ouvert », s’émerveille-t-il devant un plan de coupe offrant aux yeux une succession de couches. Chacune a sa couleur et correspond à une ère. Sur deux mètres de profondeur se succèdent la période moderne, le Moyen Âge, le bronze  ancien et la période des chasseurs-cueilleurs. L’Antiquité a disparu, probablement emportée par une crue, la Marne étant toute proche. La couche qui intéresse les archéologues, le bronze ancien, se repère à sa couleur foncée. Rien de très étonnant.  « Elle est sombre parce que pleine de résidus de végétation et d’activité humaine », relève Paul Brunet. Sur une frise chronologique, nous nous situons entre -2000 et -1600. À deux mètres de profondeur, 160 générations nous contemplent.

Un chantier de rêve

Fouilles archéologiques
Pas moins de 30 000 objets ont été retrouvés. Des os de gibier, des vertèbres de poisson, du mobilier pour moudre le blé, des outils en silex ou en os (poinçons, aguilles et leur chas), des bouts de hache pour abattre les arbres… Les archéologues ont également mis au jour trois sépultures dont deux datant de l'âge du bronze. Leurs squelettes ont été retrouvés la tête vers le levant, les pieds vers le couchant. Des morceaux de céramique ont aussi été déterrés : il faudra reconstituer les vases en assemblant les tessons. Encore plus fiables que le carbone 14, la céramique représente le meilleur moyen de dater précisément. En effet, « les modes changeaient de génération en génération », précise Paul Brunet. À l’époque, déjà !

À quoi ressemblaient ces habitants vivant dans les marais de la Marne ? Ils ne nous auraient pas semblé si exotiques. Comme nous, ils mangeaient de la viande (dont beaucoup de gibier), des céréales et des fruits (mais pas les mêmes que nous). Ils commerçaient aussi puisque des silex retrouvés proviennent de Bretagne et le cuivre viendrait peut-être des Alpes. Par ailleurs, certaines maisons ressemblent à d’autres bâties vers le Massif Central. Ces habitants étaient donc connectés avec ceux d’autres régions.

À l’issue des fouilles, Paul Brunet n’est vraiment pas déçu du résultat. « Ce chantier, c’était du rêve ! Il va nous caler dans une période assez méconnue. » Ces vestiges retrouvés là où se dressera la future gare Chelles sont d’une grande rareté : ils représentent les trois quarts de l’ensemble des objets de cette période en Île-de-France. Précieusement consignés, ils seront ensuite lavés et examinés pendant des années. Certains rejoindront peut-être des collections de musées. Au cours de colloques croisant les expertises, ils seront comparés avec d’autres, retrouvés ailleurs.  C’est ainsi qu’avance l’archéologie et la connaissance de nos aïeux.

En attendant, l’aventure se poursuit à Chelles. Après l’archéologie, le génie civil. Courant 2021, les grues et les camions-toupies remplaceront les pinceaux et les truelles. Ainsi va l’histoire !