Des maraîchers en pleine campagne, des œuvres de Dubuffet aux carrefours, des centres industriels et hospitaliers majeurs, rivière enfouie… C’est cette diversité d’univers qu’on découvre au cours des balades urbaines organisées  par Enlarge your Paris, en coopération avec la Société du Grand Paris. Ces marches suivent le tracé de la future ligne 15 Sud du nouveau métro. On a testé le tronçon des Ardoines jusqu’à Arcueil-Cachan.

Dans quelques années, certains territoires d’Île-de-France seront méconnaissables. Une transformation rendue possible par le Grand Paris Express, moteur de ces mutations urbaines. En sous-sol, l’histoire s’est déjà accélérée : les gares en chantier sont entrées en phase de génie civil et un tunnelier creuse déjà, un deuxième entre en action fin août.

Et en surface, que se passe-t-il ? Le média en ligne Enlarge your Paris se propose d’explorer les territoires dont les souterrains sont traversés par le nouveau métro. Des balades urbaines suivant le tracé sont organisées pendant la période estivale. L’engouement est tel qu’elles affichent toutes complet. Heureusement, on a réussi à intégrer in extremis l’une d’elles : le tronçon allant des Ardoines à Arcueil-Cachan, sur la ligne 15 Sud.

Sur ces chemins, des passionnés d’urbanisme ou de la vie du rail côtoient des amateurs de randonnées insolites. Cynthia, community manager, fait partie de ces curieux. « Ici, je peux découvrir ces territoires en dehors de Paris qu’on connaît si mal. Finalement, nous les Parisiens, on ne sort pas assez ». Six heures de balades, qui sont aussi l’occasion d’échanges entre passionnés sur des sujets éclectiques allant de la longueur des escalators, à l’usage de bentonite ou à l’architecture lecorbusienne.

Vitry se colore

Gare Les Ardoines : c’est dans ce quartier à vocation industrielle de Vitry-sur-Seine, là où Rhône-Poulenc et Sanofi se sont implantés, que débute notre balade. Une gare du RER C dessert les lieux, mais uniquement sur l’axe nord-sud. « Le RER C avait, au départ, été conçu pour transporter des marchandises et non des voyageurs », rappelle Patrick Urbain, architecte érudit et guide de la balade. En marchant vers l’ouest, le territoire s’urbanise. Et il y a de l’histoire sous le béton. Des anciennes habitations à bas loyer (HBL) en briques des années 30, inspirées par l’Art déco, on saute aux habitations à loyer modéré (HLM) en béton armé de l’Après-Guerre.

Habitations à bas loyers (HBL)

Avant d’arpenter les coteaux du Parc des Lilas, un territoire naturel, vierge de toute construction. Pour une raison simple : le sous-sol, perforé de carrières souterraines de gypse, présente des risques d’effondrement. Jusqu'à rendre une partie du parc inaccessible aux visiteurs. Ce vaste îlot de verdure permet à des fermes maraîchères, à des horticulteurs ou aux éleveurs de chevaux de trait de subsister en plein milieu urbain.

Vergers sur le parc des Lilas

Après ce passage champêtre, cap sur le centre-ville de Vitry. Dans le paysage composé de barres d’immeubles gris, l’hôtel de ville dénote par son habillage de briques rouges, ses volumineux toits arrondis en zinc et son hall de gare.

Hôtel de ville de Vitry-sur-Seine

Cette ville populaire dévoile un visage résolument artistique : un grand nombre de bailleurs sociaux ont lancé un appel aux grapheurs pour qu’ils s’expriment sur les murs d’immeubles, désormais colorés. « Ici, les artistes sont libres de taguer ce qu’ils veulent », annonce non sans fierté un animateur local. Par ailleurs, des œuvres, dont une de Jean Dubuffet - s’il-vous-plaît !-, ornementent les ronds-points de la ville. Et surtout, Vitry s’est dotée en 2005 d’un musée d’art contemporain, le Mac Val, situé non loin des travaux de la future gare : Vitry Centre.

Graffiti à Vitry

Villejuif se connecte

Etape suivante : Villejuif - Louis Aragon, qui assure une correspondance avec la ligne 7 du métro. La gare, jouxtant un imposant parking aérien en béton, est enserrée dans un tissu urbain dense.

Devant le chantier de la gare Villejuif Louis Aragon

On grimpe ensuite jusqu’au Parc des Hautes Bruyères. Un vaste espace de verdure car, là-encore, les carrières - de sablons cette fois-ci - y ont freiné l’urbanisation. Ce territoire aujourd’hui enclavé est dédié à la santé, avec l’Institut de cancérologie Gustave-Roussy. La deuxième gare villejuifoise permettra sa desserte. « Gustave-Roussy sera ainsi plus accessible pour les personnels soignants ou bien les proches qui viennent voir des malades », note Patrick Urbain. Dans ce nœud de correspondance avec la ligne 14, 100 000 voyageurs sont attendus chaque jour. Nous sommes sur le point culminant du département du Val-de-Marne, ce qui explique que cette gare, dont les quais plongent à 48 mètres de profondeur, est la deuxième plus profonde du Grand Paris Express après Saint-Maur – Créteil. La gare Villejuif - Institut Gustave Roussy  rayonnera autour d’un tout nouveau quartier urbanisé dans sa périphérie.

Chantier de la gare Villejuif Institut Gustave Roussy

Arcueil et Cachan se mouillent

Passant sous l’autoroute du Soleil (l’A6), la balade nous mène dans une banlieue pavillonnaire composée de maisonnettes plus anciennes : Cachan.

Passage sous l'autoroute A6
Des hauteurs, les promeneurs profitent d’une vue imprenable sur le bassin parisien. En redescendant, on débouche sur la vallée de la Bièvre, du nom de la rivière aujourd’hui enterrée, autour de laquelle blanchisseuses et teinturiers s‘affairaient jadis .

 

On longe l’impressionnant double aqueduc Médicis, qui approvisionne en eau le jardin du Luxembourg et le parc Montsouris. On parvient en gare Arcueil - Cachan, en interconnexion avec le RER B : notre destination finale, mais aussi le point de départ de la balade suivante.

Au pied de l'aqueduc Médicis

Avec les 200 km de tracé du Grand Paris Express, la boucle n’a pas fini d’être bouclée : autant de balades immanquables en perspective.