Sur la ligne 17, les travaux préparatoires précédant la construction de la future gare ont nécessité le déplacement de la statue mettant à l’honneur le régiment de chasse Normandie-Niémen. Le temps d’une migration, Le Bourget Aéroport a fait un bond dans son histoire épique.

Mémorial Normandie-Niémen

« Les Français ne le savent pas, mais il n’y a pas un écolier russe qui ne connaisse ce régiment. » L’administrateur de l’association Mémorial Normandie-Niemen, Bertrand de La Salle, raconte avec fougue l’épopée à laquelle a participé son père, pilote de chasse. « De Gaulle voulait que la France Libre soit présente sur tous les fronts », rappelle-t-il. En octobre 1942 arrivent 14 pilotes français de chasse. La bataille de Stalingrad n’était pas encore gagnée et l’issue de la guerre restait très incertaine. « Il faut imaginer des batailles aérienne géantes, dont on n’a plus idée, avec 5000 avions dans le ciel », raconte l’administrateur. D’autres pilotes français rejoignent le régiment. En tout, une petite centaine sont partis combattre sur ce front germano-russe. Numériquement, c’est négligeable. Mais leur courage interpelle les dirigeants soviétiques. Ce régiment s’intitulait initialement « Normandie », avant que Joseph Staline n’accole à l'unité le nom de « Niémen » après sa participation aux batailles du fleuve Niémen. C’est cette poignée d’hommes qui « a contribué à faire basculer la France, vaincue en 1940, dans le camp des vainqueurs en 1945 », estime notre passionné. 

Deux cents écoles en Russie en portent encore le nom : « Normandie-Niémen ». La notoriété de ce régiment du côté russe est d’autant plus remarquable que c’est l’URSS qui a payé le plus lourd tribut en termes de vies humaines au cours de la Seconde Guerre mondiale. Mais si les Russes ont été si touchés par cette intervention française, c’est parce que ces pilotes étaient les seuls étrangers à leurs côtés à se battre sur le terrible front de l’Est. Tous volontaires, certains ont même menti sur leur nombre d’heures de vol pour pourvoir participer à l’aventure.

Les héros soulevés par les compagnons

Par un étonnant détour de l’histoire, cette association mémorielle est présente sur l’emprise du chantier de la future gare Le Bourget Aéroport. Dans le cadre des travaux préparatoires du nouveau métro, les compagnons doivent changer l’emplacement de tous les monuments présents sur l’emprise du chantier. En juillet 2018, c’étaient les lettres géantes annonçant le Musée de l’air et de l’espace qui étaient déplacées une à une. C’est au tour de la statue du Normandie-Niemen de connaître la même migration. Lundi 21 janvier 2019, les héritiers des combattants  assistaient au déplacement de la statue de commémoration en l’honneur du régiment. Jean Tulasne, premier commandant de Normandie-Niemen, y est représenté, aux côtés d’un mécanicien français, l’un de ceux qui avaient accompagné les pilotes.

Mémorial Normandie-Niémen

Ce monument avait été inauguré en 2006 par Jacques Chirac et Vladimir Poutine. Un emplacement symbolique : les pilotes qui ont survécu à la guerre à l’Est ont atterri à l’aéroport du Bourget où ils ont été accueillis comme des héros. La statue a été réalisée par le sculpteur Vladimir Sourovtsev, accouru de Moscou pour assister à l’évènement. Que pense-t-il de cette opération ? Il en est ravi. « Cette place est beaucoup plus intéressante car elle se situe juste devant l’entrée principale du musée », constate-t-il. « Mon travail sera plus en vue. » Une représentation de l’ambassade de la Russie est sur place. Le temps d’une matinée, le nouveau métro, se trouvait ainsi à la confluence de l’amitié franco-russe. Et les combattants d’hier, tout en bronze, étaient soulevés avec précaution par les compagnons d’aujourd’hui. Plus que jamais, Le Bourget Aéroport est une gare au carrefour de l’histoire.

Mémorial Normandie-Niémen