Au cœur des préoccupations de la Société du Grand Paris, l’accessibilité des futures gares et des trains du Grand Paris Express fait l’objet d’un protocole de concertation avec des associations représentatives de tous les types de handicap. Un nouvel atelier de travail, le vingtième, consacré au matériel roulant et aux distributeurs de titres de transport, s’est tenu le 15 octobre à la Fabrique du métro.

Les représentants des associations s'apprêtent à visiter la future rame des lignes 15, 16 et 17 du Grand Paris Express.

Ils l’ont découverte en 3D en janvier 2019, ils peuvent maintenant s’y installer. Ce 15 octobre 2020, une quinzaine de représentants d’associations  de personnes en situation de handicap sont de nouveau rassemblés à la Fabrique du métro pour une mise en situation réelle à l’intérieur de la maquette grandeur nature de la future rame des lignes 15, 16 et 17 du Grand Paris Express.

L’accessibilité pour tous grâce à une démarche collégiale

Cette séance de travail s’inscrit dans le dialogue permanent entamé en 2014 par la Société du Grand Paris avec plusieurs structures représentatives de tous les publics en situation de handicap. Parmi elles : APF France Handicap (anciennement Association des paralysés de France), AFM-Téléthon, CFPSAA (Confédération française pour la promotion sociale des aveugles et amblyopes) et Unanimes (Union des associations nationales pour l'inclusion des malentendants et des sourds).

Une démarche globale visant à « concevoir collégialement un ensemble qui fonctionne pour tous », comme le rappelle Laurent Colin, responsable du pôle Fonctionnalités et programme de la Société du Grand Paris, aux participants de cet atelier d’accessibilité, auquel participent également la CORERPA (Coordination régionale des retraités et personnes âgées d’Île-de-France), la FNATH (Association des accidentés de la vie), mais aussi la DMA, Délégation Ministérielle à l’Accessibilité.

Innovation en matière de distributeurs automatiques de titres de transport

Un représentant d'APF France Handicap devant le distributeur automatique de titres de transport
Avant de prendre place à bord du Grand Paris Express, les participants découvrent les maquettes à échelle 1 d’un distributeur automatique de titres de transport et d’une borne de rechargement pour les cartes d’abonnement. Des équipements qui, eux aussi, méritent une attention particulière tant leur usage, au quotidien, peut compliquer la vie s’ils ne sont pas bien conçus. « Il s’agit du premier distributeur automatique de billets dont la partie inférieure n’est pas plate, mais présente un décaissé » précise Laurent Colin. « Aujourd’hui, ce type d’appareil n’existe pas, puisque toutes les bornes actuellement en service possèdent une façade droite. » Grâce à ce retrait de 30 cm sous leur pupitre, ces distributeurs permettront aux personnes en fauteuil roulant d’appréhender cet équipement non plus en position de biais, mais de face, plus naturelle et ergonomique.

 

« Avec ce distributeur, nous avons respecté deux contraintes à la fois », poursuit Christophe Ruckebusch, chef de projet design à la Société du Grand Paris. « Ce décaissement de 30 cm est associé à une saillie du pupitre de 15 cm par rapport à la façade architecturale, conforme à la fois à la réglementation pour l’accessibilité en fauteuil roulant et  pour la détection à la canne. Par ailleurs, comme vous nous l’aviez suggéré lors de notre précédente rencontre, nous avons incliné le clavier du Pinpad sur le guichet du point d’accueil pour faciliter le paiement en carte de crédit.» Nicolas Mérille, l’un des représentants d’APF France Handicap, en profite alors pour évoquer l’idée de placer une petite barrette de maintien de la carte d’abonnement sous l’emplacement destiné à sa recharge. Une demande déjà prise en compte par la Société du Grand Paris, mais, pour l’instant, non installée sur cette maquette amenée à évoluer, tant au niveau de l’affichage des informations visuelles ou écrites que de l’éclairage. La consultation pour l’achat de ces appareils auprès d’industriels spécialisés est actuellement en cours. Une fois le marché attribué, les prototypes fournis par le fabricant retenu seront présentés aux associations lors d’un futur atelier. Le logiciel qui sera mis en place pour la recharge et l’achat de titres de transport sera lui aussi soumis à des tests d’utilisation préalables.

Accessibilité au bord de la rame : de la 3D à la réalité

Personne en fauteuil roulant dans l'espace mixte de la future rame des lignes 15, 16 et 17 du Grand Paris Express
Après un passage au distributeur, direction la rame de métro qui sera en service sur les lignes 15, 16 et 17 du Grand Paris Express. Lors de la visite virtuelle en janvier 2019, les représentants des associations, alors équipés de lunettes 3D, avaient fait plusieurs suggestions pour améliorer le confort des publics en situation de handicap. Examinée sous toutes les coutures, la rame suscite aujourd'hui de vives réactions. « J’aime beaucoup les deux petites loupiotes situées en bas de chaque porte » note une personne de l’assistance. « La barre de préhension centrale cache un peu le panneau d’affichage dynamique » juge une autre. Le moindre détail est passé au peigne fin et les points d’amélioration sont scrupuleusement notés par les experts de la Société du Grand Paris.
 

« Elle est bien, la barre ! » s’exclame Julia Tabath, administratrice de l’AFM-Téléthon, à propos de la barre de préhension horizontale située dans l’espace mixte. « Par contre, nous avions demandé une petite paroi de séparation entre le dernier siège prioritaire et l’espace mixte pour ne pas se gêner mutuellement » relève-t-elle. Julia trouve naturellement sa place dans cette zone réservée aux personnes à mobilité réduite. « En terme de confort, l’idéal est d’être perpendiculaire à la route. Cet emplacement est donc parfait pour un fauteuil roulant muni d’un frein. » Dans la rame, elle peut croiser sans problème sa collègue Fatima, chargée de mission santé et citoyenneté, qui se déplace elle aussi en fauteuil.


Question(s) d’anticipation

« En tant que seniors, nous pensons déjà au jour où nous perdrons en autonomie » indique Claude Masclet, l’un des représentants de la CORERPA, association francilienne que la Société du Grand Paris a intégrée dès la signature du protocole de concertation. « Nous allons vers la dépendance et tous les problèmes rencontrés au quotidien par les personnes à mobilité réduite nous intéressent. L’assise et la montée dans les rames sont des points qui nous concernent directement. » Dans le but d’améliorer la mobilité des retraités et des personnes âgées dans le futur métro, Claude compte bien être présent aux sessions d’échange qui concerneront plus précisément l’accessibilité aux quais.

En marge de cette mise en situation, une discussion sur les ascenseurs qui seront mis en service dans les gares du Grand Paris Express est justement entamée. Leur principe de fonctionnement étant encore perfectible, Laurent Colin propose une réflexion sur des ascenseurs autonomes de type « navettes ». Programmables en fonction des flux du matin et du soir, ils ne nécessiteraient aucune action physique et faciliteraient l’usage de tous. L’occasion pour Nicolas Mérille d’APF France Handicap de se renseigner sur le modèle de porte qui sera mis en place dans les gares, « des portes automatiques partout » précise Christophe Ruckebusch, « sauf celles des cafés et des restaurants qui donnent directement sur l’extérieur de la gare. Celles-ci doivent obligatoirement être battantes, selon les normes en vigueur. » Ces échanges et pistes d’amélioration servent l’ambition d’une accessibilité pour tous. Aujourd’hui, on estime que 12% de la population francilienne est en situation de handicap vis-à-vis de la mobilité et que quatre Franciliens sur dix sont, à un jour donné, en situation de mobilité réduite (personnes en situation de handicap, déplacements avec un enfant en bas âge, femmes enceintes, problème temporaire de santé, transport de bagage ou d’objet lourd/encombrant).

Les représentants des différentes associations découvrent les distributeurs automatiques de titres de transport