8 mars, huit femmes, huit parcours au service du Grand Paris Express

Mis à jour :
8 mars actu

En ce 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, la Société du Grand Paris donne la parole à huit femmes qui participent − dans l’architecture, le design, l’ingénierie et les travaux − au Grand Paris Express.

Déjà, plus de 4 000 personnes accompagnent le déploiement du Grand Paris Express et de ses chantiers sur le terrain. Parmi elles, des femmes ingénieures, architectes, cheffes de travaux, étudiantes… Rencontre avec huit d’entre elles.

Florence Coquand : « J’ai su trouver les clés. »

Florence Coquand, directrice-ajointe de projet à la Société du Grand Paris © Société du Grand Paris

Florence Coquand, directrice-ajointe de projet à la Société du Grand Paris © Société du Grand Paris

À 52 ans, Florence Coquand appartient à ce que beaucoup appellent le « cœur du réacteur » du Grand Paris Express. Directrice adjointe de projet pour les lignes 15 Ouest et 17 Nord, depuis janvier 2014 – soit 40 km d’infrastructure et 15 gares –, elle mesure au quotidien les enjeux stratégiques du nouveau métro. La voici sur ce chantier hors normes, elle qui a déjà à son actif une belle carrière dans les travaux publics. Diplômée de l’École spéciale des travaux publics, du bâtiment et de l’industrie (ESTP) et titulaire d’un master en financement de projet à l’École nationale des Ponts et Chaussées (ENPC)/Paris 10, cette ingénieure a, côté entreprises, participé à la construction des tunnels routiers et du métro du Caire, et à la concession de l’autoroute de Dakar, au Sénégal, avant de travailler en maîtrise d’ouvrage à Réseau ferré de France, Voies navigables de France, puis à la Société du Grand Paris. « Le métro, les tunnels, les grandes infrastructures… tout cela me va bien !, lance-t-elle. J’ai fait mes classes sur les chantiers et je m’épanouis dans cette profession. » Avec le recul, Florence Coquand estime que les métiers des travaux publics sont, « sans aucun doute, plus ouverts qu’il y a trente ans. J’ai su trouver les clés ! Au début de ma vie professionnelle, une femme devait se fondre sur un chantier. Bien sûr, au niveau des postes à très hautes responsabilités, cela reste encore très masculin… C’est l’ultime étape. » Aux jeunes femmes qui entrent dans cet univers professionnel, Florence Coquand délivre un message volontariste et quelques conseils : « Le meilleur moyen d’avancer, c’est de toujours être une force de propositions. Cela permet de construire son parcours et de bien vivre son métier. Mais, surtout, il ne faut pas se mettre des barrières. Je n’ai jamais hésité à accepter un poste, quitte à partir pour l’étranger ! »

 

Farrah Bouainouche, jeune talent au féminin

Farrah Bouainouche © Société du Grand Paris / Benjamin de Diesbach

Farrah Bouainouche © Société du Grand Paris / Benjamin de Diesbach

Farrah Bouainouche s’est toujours sentie à l’aise où qu’elle soit, « sûrement parce que j’ai un caractère très fort, et que n’ai aucun mal à m’affirmer ». En première année de master « marketing stratégique », elle fait partie des 17 jeunes talents recrutés en septembre pour développer un projet innovant aux côtés des experts de la Société du Grand Paris. « À la Fabrique du métro, à Saint-Ouen, nous travaillons dans une atmosphère tranquille, en petits groupes ou tous ensemble. Ce qui est agréable, c’est qu’une place égale est laissée à chacun d’entre nous, quel que soit son tempérament. » Retenue aux côtés de deux autres étudiants pour répondre au défi « services et commerces autour des chantiers », Farrah est fière de défendre chaque jour l’idée qu’ils ont imaginée ensemble. « Nous travaillons sur la création d’une palissade de chantier enrichie, intégrant des écrans, des bornes wi-fi et de chargement USB. Le prototype sera bientôt prêt et le concept plaît beaucoup. » Communication, comptabilité, prospection, marketing, design, logistique : le trio aux multiples compétences mène de front plusieurs missions et rencontre des acteurs issus d’univers très différents. « À deux filles et un garçon, nous formons une équipe très convaincante. Pourtant, au sein de la première promotion des jeunes talents, les garçons restent majoritaires. Mais je suis sûre que le prochain casting sera plus mixte ! »

 

Benedetta Tagliabue, l’architecte qui tisse des liens

Benedetta Tagliabue, architecte © Vicens Giménez

Benedetta Tagliabue, architecte © Vicens Giménez.

Benedetta Tagliabue, Milanaise installée à Barcelone, rentre tout juste de Londres, où elle était invitée pour introduire le Women in Architecture Award, organisé par The Architectural Review et qui récompense chaque année des architectes femmes pour l’excellence de leurs réalisations . « Le rôle des architectes est, avant tout, de créer des lieux dans lesquels les gens se sentent bien », rappelle l’architecte, qui conçoit, avec Elena Nedelcu et Bordas+Peiro Architecte Ingénieur, la gare Clichy – Montfermeil du Grand Paris Express. « Et en ce sens, les femmes sont tout aussi capables que les hommes. À travers l’Histoire, et partout dans le monde, les femmes ont joué un rôle structurant pour les sociétés. Elles ont toujours dû s’adapter et créer, au sein d’un milieu étranger, de nouveaux liens pour unir les personnes. Cet héritage, nous pouvons le transporter aujourd’hui dans l’espace public. » Pour le nouveau métro, elle a imaginé une gare colorée, proche de ses usagers et des habitants du quartier, dont l’extérieur compte autant que l’intérieur, pour donner naissance à « un nouveau lieu de vie, beau, attirant, propice aux rencontres et à la communication ». La toiture de la gare, pensée comme un grand vêtement, rassurant et joyeux, « semblera faite de tissu, il en émanera quelque chose d’originel, et de très féminin ».

 

Marianne Sénéchal, une femme sur le pont

Marianne Sénéchal, d'Egis Rail © DR

Marianne Sénéchal, directrice de projet pour la maîtrise d’œuvre des infrastructures de la Ligne 15 Est chez Egis Rail © DR

Ingénieure des travaux publics au sein d’Egis Rail depuis 2008, Marianne Sénéchal est passionnée par les ponts : ceux de l’autoroute A71, qui ont accompagné son début de carrière, mais aussi un viaduc sur le contournement nord d’Angers, des ponts en Inde, en Afrique, à Hong Kong… Après quatre ans à travailler sur Éole, la voici désormais plongée dans l’univers de la Ligne 15 Est, une ligne… 100 % souterraine. La Ligne 15 Est dessert 12 communes de deux départements (Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne), avec 12 gares, de Saint-Denis Pleyel à Champigny Centre, qui seront reliées en 25 minutes. Le lancement du génie civil débutera sur le tronçon Saint-Denis Pleyel – Rosny Bois-Perrier en 2019, pour une mise en service en 2025. Le reste de la ligne, de Rosny Bois-Perrier à Champigny Centre, sera opérationnel en 2030. Directrice de projet pour la maîtrise d’œuvre infrastructures, Marianne Sénéchal souligne le caractère particulier de la 15 Est, dont chaque gare sera connectée au réseau de transport existant. « Le traitement des interfaces est un enjeu majeur de cette ligne », insiste-t-elle. Pour relever ce défi, 120 personnes sont mobilisées dans les équipes du groupement Koruseo mené par Egis. L’une des caractéristiques de ce groupement est sa dimension internationale, avec des Danois, des Italiens, des Espagnols, des Britanniques… « Dans nos locaux de Montreuil, on parle toutes les langues. » Mais Marianne Sénéchal remarque aussi que, dans cette équipe, « les femmes représentent le tiers des effectifs ». Certes, on est encore loin de la parité, mais c’est toujours mieux que les 10 % de femmes au sein de sa promotion à l’ESTP. « De plus en plus de femmes ont des parcours très intéressants dans ces métiers. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de difficultés, mais ça bouge. » Et parce qu’il reste des citadelles à conquérir et des ponts à bâtir, Marianne Sénéchal participe activement à l’association « ESTP au féminin » qui, tous les deux ans, décerne un trophée à plusieurs femmes d’exception. La prochaine édition est programmée le 27 mars.

 

Selma Mouloud : « Ils savent à qui ils ont affaire. »

Selma Mouloud, responsable achats à la Société du Grand Paris © Société du Grand Paris

Selma Mouloud, responsable achats à la Société du Grand Paris © Société du Grand Paris

« Le génie civil, c’est un univers très… masculin. Lorsque je participe à une négociation, j’ai souvent des hommes face à moi. Tous ont un niveau de responsabilité important dans les majors de l’industrie française. Mais ils me connaissent, ils savent à qui ils ont affaire ! » À la Société du Grand Paris, Selma Mouloud est responsable achats pour les infrastructures et les sites de maintenance. Diplômée d’une école de commerce, elle a choisi la spécialité « achats » avant de débuter sa vie professionnelle comme apprentie chez EDF. Elle s’oriente ensuite vers le conseil, secteur où elle travaille pour plusieurs sociétés, RATP, Bouygues Télécom ou Systra. En août 2012, elle entre à la Société du Grand Paris. L’entreprise publique qui doit construire le Grand Paris Express n’a que deux ans d’existence. « Nous étions une centaine. Année après année, j’ai vu l’entreprise se développer, s’affirmer. Et, pour moi, concrètement, la dimension du travail a changé. » Aujourd’hui, Selma Mouloud voit les marchés de travaux se succéder sur la Ligne 15 Sud. En février 2017, la Société du Grand Paris a ainsi annoncé l’attribution de deux marchés de génie civil, pour un total de 1,7 milliard d’euros. « Après, je pars sur la Ligne 18. Les dossiers de consultation des entreprises seront lancés avant l’été. » Pas le temps de se reposer. Le nouveau métro n’attend pas !

 

Lala Plez, au contact des riverains

Lala Plez © Société du Grand Paris / Gérard Rollando

Lala Plez © Société du Grand Paris / Gérard Rollando

Quotidiennement au contact des équipes qui travaillent sur les chantiers, des riverains et des commerçants, Lala Plez participe aussi à de nombreuses réunions de suivi du Grand Paris Express. « Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les femmes ingénieures y sont bien représentées. » Agent de médiation de proximité pour la Société du Grand Paris depuis deux ans, Lala Plez a d’abord été rattachée aux territoires de la Ligne 15 Sud, avant de devenir, fin 2016, « référente médiation » sur la Ligne 16. Parmi les 12 agents de proximité déployés aujourd’hui, cinq sont des femmes. « Quels que soient les quartiers que nous couvrons, situés en centre-ville ou excentrés, favorisés ou non, tout s’est toujours bien passé pour chacune d’entre nous. » Homme ou femme, les agents de proximité sont recrutés pour leurs compétences relationnelles : « Ils doivent, avant tout, aimer aller de l’avant, dialoguer, expliquer et, surtout, se sentir à l’aise avec tous », estime Lala Plez. Vous pourrez la rencontrer autour des chantiers du Grand Paris Express de Clichy – Montfermeil et Chelles.

 

Frédérique Mai, passionnée par le béton

Frédérique Mai © Société du Grand Paris / Gérard Rollando

Frédérique Mai © Société du Grand Paris / Gérard Rollando

« Des femmes à mon poste, c’est loin d’être courant, constate Frédérique Mai, directrice de travaux sur le chantier de la gare Noisy – Champs du Grand Paris Express. Je suis même la seule femme à occuper une fonction opérationnelle dans la branche travaux publics de mon entreprise. » Diplômée, il y a dix ans, de l’Institut national des sciences appliquées (Insa), l’ingénieure se souvient : « Dans ma promotion, nous étions dix femmes, sur soixante-huit étudiants. Et sur ces dix, nous ne sommes que deux à avoir choisi la branche des travaux publics, les huit autres s’étant orientées vers la conception. » Frédérique Mai est une « passionnée du béton » et reste, depuis son premier stage ouvrier, fascinée par l’univers des grands travaux. Celle dont la carrière a commencé sur le site de la plus grande station d’épuration d’Europe est aujourd’hui très fière de construire un bout du métro du Grand Paris. « Le monde des travaux publics est loin d’être un milieu macho, tient à préciser Frédérique Mai. Bien au contraire, j’ai toujours été traitée avec beaucoup de respect et de considération. » D’ailleurs, les ouvriers et les compagnons qu’elle encadre lui disent souvent à quel point ils apprécient travailler avec des femmes, « car elles apportent du calme et de la diplomatie sur le chantier ». Avec la direction des ressources humaines de son entreprise, Léon Grosse, Frédérique Mai s’investit pour promouvoir les femmes dans les métiers des travaux publics : « Je suis toujours ravie de participer à des salons ou d’intervenir auprès des publics, qu’ils soient étudiant ou professionnel. J’espère que je susciterai quelques vocations ! » Lorsqu’elle recrute ses stagiaires, la directrice de travaux s’entoure, à compétences égales, de préférence de jeunes femmes. « Oui, je pratique la discrimination positive, et je l’assume à cent pour cent ! »

 

Marie-Christiane Casala, l’archéologie prend le métro

Marie-Christiane Casala, directrice interrégionale de l'INRAP © DR

Marie-Christiane Casala, directrice interrégionale de l’INRAP © DR

Si le Grand Paris Express écrit l’avenir de la métropole, le nouveau métro est, dès aujourd’hui, un formidable révélateur de l’histoire des territoires qu’il va desservir. Une histoire parfois bien enfouie, que les équipes d’archéologues d’Île-de-France révèlent au grand jour. Depuis 2014, la Société du Grand Paris et l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) travaillent main dans la main pour conduire des opérations d’archéologie préventive. Après les chantiers de fouille de Vitry-sur-Seine, celui de Chelles vient de commencer. « Nous devons nous inscrire dans le calendrier très strict des travaux du Grand Paris Express », insiste Marie-Christiane Casala, la directrice interrégionale de l’Inrap Centre Île-de-France. Même si elle croise encore d’irréductibles misogynes, plutôt moins dans le domaine de l’aménagement que dans certains secteurs culturels, elle apprécie que ce soit,avant tout, aux compétences des femmes et des hommes de l’Institut que les porteurs des grands projets fassent appel. Elle regarde le Grand Paris Express comme « un formidable accélérateur pour collecter des données à l’échelle du territoire francilien et pour tracer des perspectives de recherchesCe travail scientifique fournira de précieux enseignements sur les occupations humaines, les modes de vie, les déplacements… » annonce-t-elle. Mais, à terme, il permettra au public de mieux faire connaître le patrimoine de la métropole dans le cadre du projet culturel de la Société du Grand Paris. Diplômée de Sciences Po en 1983, Marie-Christiane Casala a justement commencé sa carrière administrative au ministère de la Culture. Directrice adjointe des affaires culturelles à Lille, puis à Toulouse, elle fait un passage par le ministère de l’Agriculture, où elle se consacre à l’organisation de la surveillance biologique du territoire. Elle porte, aux niveaux français et européen, le plan « Ecophyto 2018 » qui vise à réduire la dépendance des exploitations agricoles aux pesticides. De 2010 à 2014, Marie-Christiane Casala est secrétaire générale de l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao), avant de rejoindre l’archéologie préventive… et le chantier du Grand Paris Express.