Les data centers font pousser les idées et les salades

Mis à jour :
Installée en décembre 2016 à la Société du Grand Paris, la serre connectée récupère la chaleur des data centers @myfood.eu
Installée en décembre 2016 à la Société du Grand Paris, la serre connectée récupère la chaleur des data centers @myfood.eu

Depuis quelques jours, la Société du Grand Paris abrite un data center agricole. Dans la serre connectée, salades, blettes et choux poussent bien au chaud.

Salades et poissons rouges sous la serre connectée de la Société du Grand Paris ©SocieteduGrandParis

Salades et poissons rouges sous la serre connectée de la Société du Grand Paris ©SocieteduGrandParis

À première vue, rien d’étonnant, même en milieu urbain : une serre, somme toute modeste, avec quelques salades. Peu à peu, des indices éveillent la curiosité. Romaines, persils frisés, mâches et feuilles de chêne rouges ont pris racine dans des tours de culture. Hors-sol, celles-ci surplombent un bac où poissons rouges et carpes vivent leur vie. Intrigué, l’œil s’attarde. On remarque les capteurs. Ils permettent de mesurer l’acidité de l’eau, le niveau d’humidité et la chaleur… cet îlot maraîcher installé depuis le 5 décembre au siège de la Société du Grand Paris, à Saint-Denis (93), est en fait un concentré de technologies et d’innovations.

Innovation sous serre
Sur le papier, le principe est tout simple. Il s’agit de valoriser la chaleur générée par un data center afin d’alimenter une serre qui permettra de produire et de distribuer des produits agricoles dans la métropole. L’idée a germé dans le cadre  de l’opération Défi Jeunes Talents. « Comment intégrer les data centers en milieu urbain ? » avait questionné le maître d’ouvrage du nouveau métro.

Paul-Etienne Maitre, dans la serre connectée installée à la Société du Grand Paris ©SocieteduGrandParis

Paul-Etienne Maitre, dans la serre connectée installée à la Société du Grand Paris ©SocieteduGrandParis

Sous la houlette de la Société du Grand Paris et avec l’appui de plusieurs partenaires dont la start-up Myfood, un groupe de jeunes apprentis entrepreneurs (1) se relaie dans la serre miniature. Après cette première étape en Seine-Saint-Denis, le démonstrateur écolo devrait, en mars prochain, s’installer sur l’un des chantiers du Grand Paris Express.

Métro digital
Les enjeux ne sont pas minces et vont bien au-delà de ces quelque 22 m2 de cultures sous serre : le métro le plus digital au monde va irriguer tous les territoires qu’il traverse de fibre optique et de data centers. Le long du Grand Paris Express, une vingtaine de centres de stockage de données devrait voir le jour. Ils seraient de petites tailles, entre 300 et 800m2, loin des milliers de mètres carrés de certains data centers de la petite couronne (2).

Au service de l’alimentation locale
S’ils sont indispensables au développement économique, ces centres de stockage de données n’ont pas la réputation d’être particulièrement sobres : ils consomment à eux seuls 3% de l’électricité mondiale. Mais en produisant énormément de chaleur, ils pourraient devenir une source d’énergie à part entière ! Plusieurs initiatives voient ainsi le jour, pour chauffer des logements sociaux ou des piscines. En faisant pousser la production de fruits et légumes dans le Grand Paris, les data centers deviendraient un maillon essentiel de l’agriculture urbaine, permettant à chacun de se réapproprier son alimentation.  Un véritable acte citoyen à cultiver.

(1) Paul-Etienne Maitre (Licence pro métiers de l’électronique), Yannick Niankouri-Dufour (BTS informatique), François Conoir (2ème année DUT génie civil), Amine Ouarhou (Licence pro ASUR – réseaux et télécommunications)

(2) Les centres de stockage de données représentent 180.000 m2 en Île-de-France, faisant de la région l’une des plus denses concentrations de data centers en Europe.