Carlos Moreno : « On ne pourra jamais lutter contre les inégalités sans désenclaver les territoires »

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© Société du Grand Paris / Leticia Pontual
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Fluidifier la circulation des personnes serait la première arme pour combattre les inégalités. C’est que ce nous explique Carlos Moreno, universitaire scientifique franco-colombien, spécialiste des questions liées à la ville intelligente. Il convoque notamment l’exemple de la ville de Medellín.

Pour quelles raisons faites-vous de la mobilité une des conditions pour homogénéiser économiquement un territoire ?

Les agglomérations traversent une crise du fait des inégalités qui les caractérisent. Elles concentrent les richesses – songez que l’agglomération parisienne est, à elle seule, plus riche que la Suède – mais abritent aussi des poches de pauvreté. On ne pourra jamais lutter contre cette pauvreté et les inégalités sans désenclaver les territoires.

J’attire votre attention sur l’exemple d’une ville colombienne, Medellín, qui a été refaçonnée grâce à la mobilité. Les quartiers périphériques de la ville, déshérités, se situaient à 1h30 du centre-ville. Les habitants de ces quartiers n’éprouvaient aucun sentiment d’appartenance à la cité, ils commettaient des incivilités dans le centre-ville puisqu’ils ne le considéraient pas comme le leur. Puis, on y a construit le métro-câble, raccourcissant considérablement les temps de trajet, qui ont été réduit à 20 minutes. Ce rapprochement a bouleversé les équilibres au sein de la ville. On a assisté à un phénomène d’inclusion : un sentiment d’appartenance à une même agglomération s’est développé et la délinquance a baissé. C’est logique car les habitants des quartiers périphériques se sentaient désormais partout chez eux.

Et concrètement, quelles seront les retombées du Grand Paris Express sur les territoires enclavés ?

Le nouveau métro a une incidence psychologique et économique sur les territoires enclavés. Il suscite non seulement un sentiment d’appartenance, les reliant mieux au reste du Grand Paris,  mais il offre surtout à ses habitants un accès à des bassins d’emplois qui leur étaient auparavant inaccessibles.

Prenez la future ligne 15, reliant la gare de Roissy à Marne-La-Vallée. Elle traverse la ville de Clichy, tristement célèbre pour les émeutes y ont éclaté en 2005. Beaucoup des habitants de cette ville n’ont pas vraiment le sentiment d’appartenir à l’agglomération parisienne : ils appartiennent avant tout à leur quartier.  Le processus d’inclusion, amorcé avec la construction de la ligne 4 de tramway, s’accélèrera avec l’arrivée du Grand Paris Express. Selon une étude APUR, datant de 2015, en une demi-heure de transport, le territoire, élargi de 32,8%, verra son potentiel d’emplois exploser de 996%. Plus qu’aucune autre, la gare Clichy – Montfermeil désenclavera son territoire.