« Le Grand Paris Express doit être un projet commun à la Société du Grand Paris et aux élus locaux »

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Progression des travaux, retombées socio-économiques, concertation, démarches d’innovation et de création : dans cet entretien, Philippe Yvin, le président du directoire de la Société du Grand Paris, nous dit tout sur les avancées du Grand Paris Express et présente les engagements de la Société du Grand Paris.

Quelles sont les priorités budgétaires du Grand Paris Express en 2016 ?

Philippe Yvin : Le financement de tous les avant-projets, des premiers travaux préparatoires, d’un certain nombre d’acquisitions foncières. Toutes les lignes ont leur feuille de route. Le Grand Paris Express est un projet global qui ne fonctionne pas par à-coups. La Société du Grand Paris s’engage aussi fortement dans le cadre du plan de mobilisation pour les transports. Nous intervenons sur le prolongement de la ligne 14 au nord, dont nous assurons plus de 50 % du financement, le prolongement d’EOLE à l’ouest à hauteur de 1,5 milliard d’euros, la modernisation des RER et la prolongation de la ligne 11 entre Mairie des Lilas et Rosny sous-Bois. En 2017, nous aurons épuisé la trésorerie disponible et nous recourrons à l’emprunt sur les enveloppes que nous avons négociées avec la Caisse des Dépôts et la Banque européenne d’investissement. Nous ferons aussi appel aux marchés. Dans cette perspective, nous avons lancé une campagne de notation de la Société du Grand Paris.


L’avancement du projet est-il conforme au calendrier fixé ?

P. Y. : Oui. Le calendrier global donne l’impression d’un projet au long cours mais il avance vite. La conception et la réalisation des lignes vont se faire en parallèle et non pas successivement, ligne par ligne. Dans quelques mois, tous les tronçons seront en étude d’avant-projet ou en phase de production. De plus, le financement du Grand Paris Express est global et sécurisé, il n’est pas suspendu à des négociations annuelles, ce qui conforte sa réalisation.


La Société du Grand Paris sera-t-elle au rendez-vous des grands événements internationaux que la capitale pourrait accueillir en 2024 et 2025 ?

P. Y. : Le plus important à court terme est d’assurer le démarrage des travaux de génie civil. Cette phase amont est capitale. Nous continuons parallèlement de chercher des solutions innovantes pour optimiser la gestion des chantiers. C’est le cas sur la ligne 16 pour améliorer le travail des tunneliers et permettre d’acheminer davantage de matériel. Et sur la ligne­15 Sud où nous avons ajouté trois tunneliers ­: au total, dix tunneliers travailleront sur les 33 kilomètres de la ligne.


Avez-vous le sentiment que les Franciliens s’approprient ce projet ?

P. Y. : Pas encore car il n’est pas sorti de terre. La phase d’études est avant tout perçue par les acteurs institutionnels. Peu de gens savent qu’au-delà des 200­ salariés que comptera la Société du Grand Paris fin 2016, 1 500 personnes travaillent dans les bureaux d’études, d’architecte, d’ingénierie pour concevoir le Grand Paris Express. Plus de 800 millions d’euros d’ingénierie sont engagés ! Le grand public a vu quelques travaux préparatoires. Quand les gros travaux de génie civil démarreront, alors les futurs usagers auront une vraie perception des choses.


Et que les contentieux surgiront ?

P. Y. : Des comités de suivi des travaux seront mis en place avec les associations de riverains, qui nous feront des recommandations à l’instar de ce qui se pratique sur la ligne 15 Sud pour les travaux préparatoires. Là où il y a des bâtis vulnérables, nous proposons aux habitants de procéder à un diagnostic préalable qui permettra de gérer au mieux d’éventuels dommages. Nous avons aussi recruté un médiateur qui est chargé d’enregistrer les plaintes des usagers en privilégiant un traitement à l’amiable, mais aussi de nous faire des propositions pour compenser les nuisances générées par les travaux et prévenir les conflits.


Quel bilan faites-vous du travail de concertation avec les élus locaux ?

P. Y. : Le Grand Paris Express doit être un projet commun à la Société du Grand Paris et aux élus locaux. Les maires le portent au niveau local. Il y a une concertation approfondie sur l’implantation des gares et des ouvrages annexes, sur l’aménagement des quartiers de gare pour l’intermodalité, la circulation pendant les travaux, la vie du commerce local, etc. Les sujets sont multiples en amont et pendant la vie du chantier. Parallèlement, les maires ont bien compris que les 68 gares étaient un facteur essentiel d’attractivité. L’enjeu consiste à bien cadrer les ambitions en matière de projets urbains.


La Société du Grand Paris est très attendue sur le champ de l’emploi et de l’insertion. Comment répondrez-vous à ces enjeux ?

P. Y. : Les chantiers du Grand Paris Express généreront un besoin de 10 000 à 15 000 emplois annuels, qui ne seront pas forcément des créations. Avec l’Académie du Grand Paris, nous voulons créer une plateforme de formation pour les besoins du chantier, en lien avec la Fédération nationale des travaux publics, la Fédération française du bâtiment et la région Île-de-France. Au-delà, nous voudrions faire acquérir aux personnes intéressées des compétences liées aux enjeux de développement économique autour des gares, qui pourraient ainsi être recrutées par les entreprises qui s’implanteront. Nous avons parallèlement fixé une clause de 5% d’heures d’insertion dans les marchés de travaux publics. Nous allons nous organiser avec les territoires concernés pour mettre en relation les entreprises et les jeunes qui sont les usagers de demain.


La jeunesse est donc une dimension essentielle de ce projet ?

P. Y. : Absolument, et la pédagogie est essentielle. Nous allons mettre en place les « classes du Grand Paris » pour les collégiens et les lycéens, des modules pédagogiques à la disposition des enseignants. Des visites de chantier seront organisées. Nous voulons aussi associer les jeunes créateurs à travers la dimension innovation du projet ­: nous les accueillerons à la Fabrique du métro (1) pour accompagner leurs projets. Nous voulons aussi ouvrir le Grand Paris Express aux jeunes talents qui ont une idée, par exemple de création d’un service dans une gare.


Vous rappelez régulièrement que le Grand Paris Express est un grand projet pour l’Île-de-France mais aussi pour la France. Pourquoi ?

P. Y. : L’Île-de-France produit 32% de la richesse nationale mais n’en consomme que 22%. Donc 10% de la croissance est redistribuée. Le Grand Paris Express créera de la richesse supplémentaire dont les autres régions bénéficieront. Parallèlement, le métro du Grand Paris n’a pas d’équivalent dans le monde hormis en Arabie saoudite et en Chine. Il sera donc une vitrine du savoir-faire des entreprises dans la conception et la réalisation d’un métro en zone urbaine dense. Il renforcera l’attractivité de la région et de la métropole, cette dernière devenant inclusive puisque le métro du Grand Paris désenclavera les quartiers.


Comment l’innovation se décline-t-elle concrètement ?

P. Y. : C’est le fil rouge du Grand Paris Express, de la conception du métro à sa réalisation en passant par la création de services. Innovation technique ­: conception des gares et tunnels assistée par ordinateur, surveillance par satellite des mouvements de terrain, matériaux économes, installation de la fibre à très haut débit… Innovation en matière environnementale avec une conception et une gestion des chantiers exemplaires ­: la « ville en chantier du XXIe siècle » écoute les habitants, prend en compte les besoins des commerçants et des entreprises en soutenant leurs activités, lutte contre les nuisances des chantiers.


À l’occasion de la COP 21, la Société du Grand Paris a publié ses sept engagements environnementaux. En quoi le Grand Paris Express sera-t-il exemplaire dans ce domaine ?

P. Y. : « Prévenir, réduire, compenser » est notre principe pour prévenir les atteintes à l’environnement. La compensation consiste par exemple à planter des arbres dans le cadre d’une convention avec l’Office national des forêts et l’Agence des espaces verts d’Île-de-France. Un comité d’évaluation contrôlera le respect de nos engagements, notamment en matière environnementale. La gestion exemplaire des déblais est un engagement fort ­: elle se fera selon le principe « caractériser, transporter en mode alternatif, valoriser », par le développement de leur traçabilité, le transport par voie fluviale et le recyclage à hauteur de 70% du volume produit.


Vous souhaitez affirmer la dimension culturelle du Grand Paris Express. Quelle sera-t-elle ?

P. Y. : Nous voudrions aller au-delà de l’animation des chantiers et de la commande artistique. Notre projet culturel doit valoriser les ressources, la mémoire et le patrimoine des territoires traversés par le métro. Nous voulons associer les 270 acteurs culturels recensés autour des 68 gares du Grand Paris et mettre en valeur leurs projets. La Cité de la céramique sera par exemple associée à la création de la gare de Sèvres. Une Villa Médicis sera créée à Clichy–Montfermeil pour soutenir la création.


1. La Société du Grand Paris se dote d’un lieu nouveau à partir de début 2017, La Fabrique du métro, à Saint-Ouen, lieu de partage, d’expérimentation et d’innovation sur le projet.

Cette interview est tirée du rapport d’activité 2015.
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